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LIBRAIRIE ALAIN BRIEUX
48, rue Jacob . 75006 PARIS
Tél. 260.21.98
Inv. No.^â&3 19 %:■
Case No
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^
L'ONANISME,
DISSERTATION
SUR
LES MALADIES
PRODUITES
PAR LA MASTURBATION.
Par M. TISSOT , Docteur en Médecine,
de la Société Royale de Londres y de
V Académie Médico-Phyfique de Bajle y &
de la Société Economique de Berne.
.QUATRIEME ÉDITION
Conjidérallement augmentée.
•s.,»— . . .-■■'',.. s . ' — a»
Propuis extinûum viverc criminibus. Gall.
A LAUSANNE,
Chez Marc Chapuis^et Compagnie,
M. DCC. L X I X.
< /s'il î
v_ 0\j
Sf
/70
J
PREFACE.
e sentis les défauts de 1 ori-
ginal latin de ce petit Ouvrage
en le compofant ; j'en fis mes ex-
cufes , ôc j'indiquai mes raifons
de juftîfication dans la Préface.
Ces défauts me frappèrent enco-
re plus vivement après Timpref-
fion ; & je les ai trouvés intolé-
rables , en examinant une tra-
dudion françoife qu'on défiroit
que jerevifle.
Outre beaucoup d'obferva-
tions nouvelles à ajouter , il fal-
loir remédier à des fautes d'or-
dre confidérables , & donner
une jufte étendue à des articles
qui n'étoient que des premiers
linéaments , prefque incapables
de faire faifir ce que j'avois vou-
lu dire.
Tant decorre&ions rendoient
l'ouvrage a peu près neuf, &
aij
iv P R E F A C E.
beaucoup plus long. La difficul-
té d'exécuter cette entreprife ea
langue vivante , & tous les défa-
gréments qu'elle entraînoit ne
m'échappèrent pas. Il n'y avoit
qu'un motif auffi puifîant que
celui de l'utilité , dont cette en-
treprife y bien exécutée ( c'eft
fans doute dire mieux que je ne
l'ai fait ) pouvoit être à l'huma-
nité , qui pût me décider ; <3c
c'eft en effet le feul qui m'ait dé-
cidé. Il eft trifte de s'occuper des
crimes de fes femblables ; leur
confédération afflige & humilie ;
mais il eft doux defpérer qu'où
contribuera a diminuer leur fré-
quence , & a adoucir les miferes
qui en font les fuites.
Ce qui a rendu ce travail beau-
coup plus pénible qu'il ne l'eût
été fi j'euîle écrit en latin , c'eft
1 embarras d'exprimer des ima-
ges dont les termes & les expref-
ïions font déclarées indécentes
P R É F AC E. v
par Tuf âge. Il m'en auroit infi-
niment coûté s'il eût fallu me
difpenfer de cette attention ; &
cette difpofîtion , dont j'ofe me
glorifier, m'a rendu le travail
moins coûteux qu'il ne l'auroit
été fî malheureufement elle m'eût
manqué; cependant je l'ai enco-
re trouvé hériffé de difficultés.
J'ofe afîurer que je n'ai négligé
aucune précaution pour donner
k cet ouvrage toute la bienféan-
ce dans les termes dont il étoit
fufceptible. Il y a des écueils in-
séparables de la matière ; com-
ment les éviter? Falloit-il fe tai-
re fur des objets aufli impor-
tants ? Non fans doute. Les Au-
teurs facrés , les Pères de TEgli-
fe , qui prefque tous écrivoient
en langues vivantes , les Au-
teurs Eccléfiaftiques , n'ont pas
cru devoir garder le lilence fur
les crimes obfcenes , parce qu'on
ne pouvoit pas les défigner fans
aiij
vj P R ÉFACE.
mots. J'ai cru devoir fuivre leur
exemple ; & j'oferai dire avec
Saint Auguftin > Si ce que j'ai
écrit fcandalife quelque perfbnne
impudique , qu'elle accufe plutôt
fa turpitude y que les paroles dont
j'ai été obligé de me Jervir pour
expliquer ma penféefur la généra-
tion des hommes. J'efpere que le
lecteur pudique & Jage me pardon-
nera aifément les exprefjlpns que
j'ai été obligé d'employer. J'ajou-
terai ^ à ce que dit ce faine hom-
me, que j'efpere mériter la re-
connoifîance & l'approbation
des gens vertueux & éclairés 5
qui connoiffent la turpitude de
l'Univers , & qui loueront > fi-
non mes fuccès , au moins mon
entreprife.
Je n'ai pas touché , non plus
que dans la première édition ,
la partie morale ; & cela par la
raiibn d'Horace.
•Quod Medicorum eft
Promittunt Medici.
PRÉ FACE. vij
Je me fuis propofé d'écrire des
maladies produites par la maf-
turbation, & non point du crime
de la mafturbation ; neft-ce pas
d'ailleurs aflezen prouver le cri-
me , que de démontrer qu'elle
eft un a£te de fuïcide. Quand on
connoît les hommes , on fe per-
suade aifément qu'il eft plus aifé
de les détourner du vice par la
crainte d'un mal préfent , que
par des raifonnements fondés fur
des principes dont on n'a pas
allez de foin de leur inculquer
toute la vérité. Je me fuis appli-
qué ce qu'un homme y dont no-
tre fiecle fe glorifiera chez la pof-
térité la plus reculée , fait dire à
un Religieux: On nous fait entre-
prendre de prouver V utilité de la
prière à un homme qui ne croit pas
ai Dieu ; la nécejjîté du jeûne à un
autre qui a nié toute fa vie l'im-
mortalité de Famé. Uentreprife
tjl laborieufe , & les rieurs ne font
a iv
v'iij P RÉ FA CE.
pas pour nous (i). Marphurius
doutoit de tout, Scanardk lui
donna des coups de bâton } &
il crut.
Ces Zoïles de la fociété & de
la littérature > qui ne font rien ,
& qui blâment tout ce qu'on
faitj oferont dire que cet ouvra-
ge eft plus propre à répandre le
vice qu'à l'arrêter , & qu'il le fe-
ra connoître à ceux qui l'igno-
rent. Je ne leur répondrai point ;
on s'avilit en leur répondant.
Mais il eft des âmes foibles ,
quoique vertueufes , fur iefquel-
les ces difcours pourraient faire
impreffion ; je leur dois cette ré-
flexion générale ; c'eft que mon
livre eft à cet égard-là dans le
cas de tous les livres de morale :
il faut les interdire tous , fi c'eft
multiplier un vice que d'en mon-
trer les dangers. Les Livres
Saints , ceux des Pères , ceux
des Cafuiftes doivent tous être
(i) Lettres Perfan. 49.
PRÉ F A CE. ix
prohibés avant le mien. Quelle
eft d'ailleurs la jeune perfonne
qui s'avifera de lire un ouvrage
lur une matière de Médecine
dont elle ignore le nom ? Il eft
à fouhaiter qu'il devienne fami-
lier aux perfonnes appellées à
diriger l'éducation ; il leurfer-
vira h démêler de bonne heure
cette déteftable habitude > & les
mettra à même de prendre les
précautions qu'elles jugeront
néceffaires pour en prévenir les
fuites.
Ceux qui n'entendent pas le
latin trouveront peut-être qivil
y a trop de vers en cette langue ;
je leur répondrai qu il n'y en a
point qui ne foitlié à la matière ,
puifqu'il n'y en a aucun qui ne
m'ait été ra pelle parla chaîne des
idées. J'ai cependant fait en forte
par-tout qu'on pûtles fauter fans
interrompre le fil du difcours.
Ceux qui les entendent m'en fçau-
ront gré : le voyageur au milieu
* PRÉFACE.
des bruyères eft réjoui par la
beauté d'une verdure. Enfin fi
c'eft un tort , il eft léger ; & dans
un ouvrage auffi ingrat^ on peut
permettre ce délaffement à l'Au-
teur, S'il n'y en a pas de françois,
ce qui auroit été plus naturel >
c'eft peut-être la faute des Poètes
plutôt que la mienne.
Cet ouvrage au refte n'a rien
de commun avec YOnania An-
glois , quelefujet; & à deux pa-
ges & demi près que j'en ai ti-
rées , cette rapfodie ne m'a four-
ni aucun fecours. Ceux qui li-
ront les deux ouvrages fentiront ,
j efpere, la différence totale qu'il
y a de l'un à l'autre : ceux qui ne
liront que celui-ci auroient pu
être trompés par le rapport des
titres y & portés à fuppofer quel-
que refïemblance entre les deux
livres ; heureufement il n'y en a
aucune.
Les additions ausmiententcet-
te nouvelle édition , prefque d'un
P R Ê FA C E. xj
tiers y &c je fouhaite qu'elles foient
accueillies favorablement par les
perfonnes qui font en état d'en
juger. L'on me fera peut-être, ,
deux objections ; Tune, que j'ai
ajouté un grand nombre d'obier-
varions & d'autorités qui ne font
prefque que des répétitions de
cellçs qui fe trouvoient déjà dans
la première ; l'autre , que dans
quelques endroits je fuis trop for-
ti de mon titre , & que j'ai envi-
fagé le danger des plaifirs de l'a-
mour fous un point de vue géné-
ral. Je réponds à la première ,
que dans une matière comme
celle-ci , où l'on doit moins ef-
pérer de convaincre par des rai?
ions , que d'effrayer par des
exemples y l'on ne peut pas trop
en accumuler. Je réponds a la fé-
conde ,i°. que quand deux ma-
tières font étroitement liées ,
plus on veut en ifoler une , &
moins bien on la traite ; 2°. que
j'ai été bien aife de rendre cet ou-
xij P R Ê FA CE.
vrage d'une utilité plus générale.
Quelqu'un m'a dit que c'eft cet-
te le&ure qui a fait horreur à un
Profefleur illuftre. Je ne puis pas
le croire ; mais fi le fait eft vrai ,
je le prie de vouloir bien lire cet-
te Préface , fur laquelle il n'a voit
fans doute pas jette les yeux.
En écrivant fur l'Inoculation
je me fuis propofé de propager
la méthode la plus propre à arrê-
ter les ravages d'une maladie
meurtrière , & j'ai la fatisfa&ion
d'avoir opéré au moins quelque
bien : en compofant cet ouvra-
ge , j'ai efpéré d'arrêter les pro-
grès d'une corruption plus rava-
geante peut-être que la petite vé-
role; & d'autant plus à craindre,
que , travaillant dans les ombres
du myftere, elle mine fourde-
ment, fans même que ceux qui
fontfes vi&imesfe doutent de fa
malignité. Il étoit important de
la faire connoître ; & j'ai actuel-
lement plufieurs rations pour
P il ÈFAC E. xiij
croire que j'ai eu le bonheur
d'être utile , que les yeux de la
jeunefïè fe déiîillent , & qu'elle
apprendra peu à peu a connoitre
le danger en même temps que le
mal : ce feroit un des plus fûrs
moyens de prévenir cette déca-
dence dont on fe plaint dans la
nature humaine , & peut-être
de lui rendre , dans quelques gé-
nérations , la force qu'avoient
nos aïeux , & que nous ne con-
noiïîbns plus qu'hiftoriquement ,
ou par les monuments qui nous
en relient. Mais pour parvenir à
ce butileflàfouhaiter que MM.
les Médecins veuillent bien faire
quelqu attention à cette caufe
trop négligée jufques à préfent ;
j'en ai vu, depuis la dernière édi-
tion de cet ouvrage,qui croy oient
que j'en avois exagéré les dan-
gers , & m'afîuroient qu'ils n'a-
voient jamais vu de maladies oc-
casionnées par cette caufe ; je
puis les afTurer ? à mon tour , que
::iv PRÉFACE.
le mal eft plus grand encore que
je ne l'ai peint, qu'il eft extrême-
mentfréquent, & qu'ils ont trai-
té très-fouvent des malades de ce
genre, mais fans le foupçonner,
parce que cette caufe , prefqu'o-
mife par le plus grand nombre
des auteurs, nefe préfentoit pas
à leur efprit. Aujourd'hui les
coupables que la refîemblance de
leurs maux avec ceux que je dé-
cris dans cet ouvrage , force à
s'en avouer la caufe , font les
premiers à l'indiquer, & bien-
tôt tous les Médecins pourront
juger fi j'ai eu raifon.
Veuille celui qui peut tout , ré-
pandre fur mes vues cette béné-
diction , fans laquelle nos foi-
bles travaux ne peuvent rien !
Paul plante , Apollos arrofe ,
c'eft Dieu qui donne Paccroif-
fement.
A Laufanne le ij Mai iy68.
Uès.z&y^Zêsu..
^==±=i^gjfe
TABLE
DES ARTICLES.
Introduction, page i
ARTICLE PREMIER.
Les Symptômes.
Section. I. Tableau tire des Ouvrages des
Médecins. 6
Sect. II. Obfervations communiquées , 24
Sect. III. Tableau tiré de /'Onania , 27
Sect. IV. Obfervations de l'Auteur 5 3 3
Sect. V. Suites de la majlurbation che^
les femmes y 60
ARTICLE IL
Les Causes.
Sect^ VI. Importance de la liqueur fémi-
nale 5 70
Sect. VIL Examen des circonstances
qui accompagnent témijjion , 83
Sect, VIIL Caitfes de danger y particu-
lières à la majlurbation 9 103
TABLE.
■ ■ - - -
ARTICLE III.
La Curation.
Sbct. IX. Moyens de guéri/on propofés
par les autres Médecins ,
125
Sect. X. Pratique de V Auteur ,
145
L'air ,
148
Les aliments 3
*54
Le fommeil ,
177
Les mouvements ,
182
Les évacuations ,
184
Les payions ,
188
Les remèdes ,
191
ARTICLE 17.
Ma ladies Analogues.
Sect. VI. Les pollutions nocturnes , izS
Digrejjïcns fur les maladies occajîon-
nées par trop de femence , 231
Sect. XII . Goncrrhce jimple , 255
Fin de la Table.
ESSAI
ç 'Ht
* * «s*v "£ XXXXXXX Il -J» « *
4.i,« Jt « ^^»? XX* * « XXX\»é^> « Jf. « at
8N= — &
ESSAI
SUR
LES MALADIES
PRODUITES
PAR LA MASTURBATION.
INT RO DUCTIO N.
JN os corps perdent continuellement;
& fi nous ne pouvions pas réparer nos
pertes , nous tomberions bientôt dans
une foiblefTe mortelle. Cette réparation
fe fait par les aliments , mais ces ali-
ments doivent fubir dans nos corps dif-
férentes préparations , que ion com-
prend fous le nom de nutrition. Dès
qu elle ne fe fait pas, ou qu elle fe fait
A
2 L5 O N A N I S M E.
mal 5 tous ces aliments deviennent inu-
tiles , & n'empêchent pas qu'on ne tom-
be dans tous les maux que l'épuifement
entraîne. De toutes les caufes qui peu-
vent empêcher la nutrition , il n'y en a
peut-être point de plus commune que
les évacuations trop abondantes.
Telle eft la fabrique de notre ma-
chine > & en général des machines ani-
males , que , pour que les aliments ac-
quièrent ce degré de préparation né-
ceffaire pour réparer le corps , il faut
qu'il refte une certaine quantité d'hu-
meurs déjà travaillées, naturalifées , (î
Ton veut me permettre ce terme. Si
cette condition manque , la digeftion
& la co&ion des aliments refte impar-
faite y Se d'autant plus imparfaite 5 que
l'humeur qui manque eft plus travail-
lée , & d'une plus grande importance.
Une nourrice robufte , qu'on tueroit
en lui tirant quelques livres de fang
dans vingt-quatre heures , peut fournir
la même quantité de lait à ion enfant ,
quatre ou cinq cents jours de fuite fans
en être fenfiblement incommodée , par-
ce que le lait eft de toutes les humeurs
la moins travaillée \ c'eft une humeur
qui eft prefqu'encore étrangère, au lieu
l Onanisme. j
que le fang efl: une humeur elfentielle.
Il en eft une autre , la liqueur féminale,
qui influe fi fort fur les forces du corps ,
& fur la perfedion des digeftions qui
les réparent , que les Médecins de tous
les fiecles ont cru unanimement que la
perte d'une once de cette humeur aflfoi-
blifïoit plus que celle de quarante onces
de fang. L'on peut fe faire une idée
de fon importance y en obfervant les
effets qu'elle opère dès qu'elle com-
mence à fe former ; la voix , la phyfio-
nomie , les traits même du vifage chan-
gent \ la barbe paroît \ tout le corps
prend fouvent un autre air, parce que
les mufcles acquièrent une groffeur Se
une fermeté qui forment une différence
fenfîble entre le corps d'un adulte 8c
celui d'un jeune homme qui n'a pas
paffé la puberté. L'on empêche tous ces
développements en emportant l'organe
qui fert à la féparation de la liqueur
qui les produit ; & des obfervations
vraies prouvent que l'amputation des
tefticules , dans 1 âge de la virilité y a
procuré la chute de la barbe > & le
retour d'une voix enfantine (i). Peut-
(i) Boerhaave , praelecliones ad inflitut §. 65$ ,
t. j , p. 444 , edit. Goett.
Ai)
4 L* O N A N I S M E.
on douter , après cela , de la force de
fou action fur tout le corps , & ne pas
fentir par-là même , combien de maux
doit procurer la profufion d'une hu-
meur fi précieufe ? Sa deftination dé-
termine le feul moyen légitime de
l'évacuer. Les maladies en procurent
quelquefois l'écoulement. Elle peut fe
perdre involontairement dans des fon-
ges lafcifs. L'auteur de la Genefe nous
a laifle Fhiftoire du crime d'Onan,
fans doute pour nous tranfmettre celle
de fon châtiment ; & nous apprenons
par Galicn , que Diogene fe fouilla en
commettant le même crime.
Si les dangereufes fuites de la perte
trop abondante de cette humeur ne
dépendoient que de la quantité , ou
étoient les mêmes à quantité égale , il
importeroit peu, relativement au phy-
fîque , que cette évacuation fe fit de
Tune ou de l'autre des façons que je
viens d'indiquer. Mais la forme fait ici
autant que le fond , qu'on me permette
encore cette expreflïon , mon fujet au-
torife des licences de cette efpece. Une
quantité trop conlidérable de femence
perdue dans les voies de la nature jette
dans des maux très-fâcheux j mais qui
l'Onanisme. 5
le font bien davantage , quand la même
quantité a été diiïïpée par des moyens
contre-nature. Les accidents, que ceux
qui s'épuifent dans un commerce na-
turel éprouvent, font terribles : ceux
que la mafturbation entraîne , le font
bien plus. Ce font ces derniers qui font
proprement l'objet de cet ouvrage }
mais la liaifon intime, qu'ils ont avec
les premiers , empêche d'en féparer le
tableau. C'eft ce tableau commun qui
formera mon premier article : il fera
fui vi de l'explication des caufes , fécond
article dans lequel j'expoferai celles qui
rendent les fuites de la mafturbation
plus dangereufes : les moyens de gué-
rifon , & des remarques fur quelques
maladies analogues finironc l'ouvrage.
Je joindrai par-tout les obfervationsdes
meilleurs auteurs à celles que j'ai faites
moimême.
Mi?
Aiij
L5 O N A N î S M E.
taaBaemaBaassnEŒia
ARTICLE PREMIER.
Les Symptômes.
SECTION PREMIERE.
Tableau tiré des ouvrages des Médecins.
H
ippocrate, le plus ancien &
le plus exadt des obfervateurs , a déjà
décrit les maux produits par l'abus des
plaifirs de l'amour > fous le nom de
confomption dorfalc (î). » Cette ma-
» ladie naît , dit-il , de la moelle de
» l'épine du dos. Elle attaque les jeunes
53 mariés ou les libidineux. Ils n'ont
33 pas de fièvre} &c quoiqu'ils mangent
« bien , ils maigrilîent &c fe confu-
33 ment. Ils croient fentir des fourmis
» qui defeendent de la tête le long de
» F épine. Toutes les fois qu'ils vont
33 à la felle , ou qu'ils urinent , ils per-
39 dent abondamment une liqueur fé-
3o minale très-liquide. Ils font inhabi-
>3 les à la génération , ôc ils font fouvent
(î) De morbis , lib. II , c, XLIX 7 Foef. p. 47p.
I O N A N I S M E. 7
« occupés de l'a6te vénérien dans leurs
>■> fonges. Les promenades, fur-tout
» dans les routes pénibles , les effouf-
>5 fient , les affoiblifTent , leur procurent
»des pefanteurs de tête > & des bruits
« d'oreille j enfin une fièvre aiguë ( Li-
» pyria ) termine leurs jours «. Je par-
lerai dans un autre endroit de cette
efpece de fièvre.
Quelques Médecins ont attribué à
la même caufe , Se ont appelle féconde
confomption dorfalc d ' Hippocrate , une
maladie qu'il décrit ailleurs (i), &c
qui a quelque rapport avec cette pre-
mière. Mais la confervation des for-
ces , qu'il fpécifie particulièrement ,
me paroît une preuve convaincante
que cette maladie ne dépend point de
la même caufe que la première. Elle
paroît plutôt être une affe&ion rhuma-
tifmale.
» Ces plaifirs , dit Cclfi dans fort
» excellent livre fur la confervation
» de la fanté , nuifent toujours aux
» perfonnes foibles , & leur fréquent
« ufage affoiblit les forts « (2).
L'on ne peut rien voir de plus ef-
(1) De glandulis , Foëf. p. 275.
\i) De re medicâ , lib. I , cap. IX U T.
Aiv
8 l Onanisme.
frayant , que le tableau opAreue nous a
lai(Te des maux produits par une trop
abondante évacuation de femence.
*< Les jeune gens, dit-il 9 prennent &
» l'air & les infirmités des vieillards ;
» ils deviennent pâles , efféminés , en-
» gourdis , pàreffeux , lâches , ftupi-
35 des & même imbécilles ; leurs corps
» fe courbent , leurs jambes ne peu-
*> vent plus les porter , ils ont un dé-
fi goût général , ils font inhabiles à
» tout \ pluiîeurs tombent dans la pa-
« ralyfie » (i). Dans un autre endroit
il met les plaifirs de l'amour dans le
nombre des fix caufes qui produifent
la paralyfie ( i ).
G aliéna, vu la même caufe occafîon-
ner des maladies du cerveau Se des
nerfs, & détruire les forces (3) ; & il
rapporte ailleurs , qu'un homme qui
n'étoit pas tout-à-fait guéri d'une vio-
lente maladie , mourut la même nuit
qu'il paya le tribut conjugal à fa femme
Pline le Naturalifte nous apprend
que Cornélius Gallus , ancien Préteur ,
&c Titus JEtherius , Chevalier Romain,
( 1 ) De (îgnis & cauf. diut. morb. 1. II , c. V.
(i) L. I , c. VII , p. 54 , edit. Boerhaave.
(jjComm. rert. in lib. III. Hip. de raorb. yulg.,
oper. omn, t. III , p. 5 S 5..
l Onanisme, 9
moururent dans l'ade même du coït(i).
«L'eftomac fe dérange, è\tAètws%
» tout le corps s'affoiblit , l'on tombe
» dans la pâleur , la maigreur , le def \
» féchement , les yeux fe cavent» (2).
Ces témoignages des anciens les plus
refpe&ables font confirmés par ceux
d'une foule de modernes. Sanclorius ,
qui a examiné avec le plus grand foin
toutes les caufes qui agifTent fur nos
corps , a obfervé que celle - ci affoi-
bliflToit Teftomac , ruinoit les digef-
tions , empêchoit Tinfenfible tranfpi-
ration dont les dérangements ont des
fuites fi fâcheufes , produifoit des cha-
leurs de foie & de reins , difpofoit au
calcul , diminuoit la chaleur naturelle ,
& entraînoit ordinairement la perte
ou PafFoibliflTement de la vue (3).
Lommius, dans fes beaux commen-
taires fur les paflTagesde Celfe, que j'ai
cité , appuie le témoignage de fon au-
teur par fes propres obfervations. * Les
» émiflïons fréquentes de femence re-
j> lâchent, deflechent , affoibliffent,
» énervent, & produisent une foule
(i)Hiftoriamundi, Lib. VII , c LUI , p. 124.
(i)Tetrab. III, Serm. III , c. XXXIV.
(3) Med. ftatic. fe&. 6 , aph. if , 19 , 11 , 13 & 24.
Av
10 l' O N A N I S M E,
» de maux } des apoplexies , des léthar-
y gies, des épilepfies > des afTbupifle-
» ments 3 des pertes de vue , des trem-
»blements, des paralyfies, des fpaf-
j> mes , & toutes les efpeces de gouttes
»les plus douloureufes >? (i).
L'on ne lit point fans horreur ladef-
cription que nous a laifTée Tulpius , ce
célèbre Bourg - meftre & Médecin
d'Amfterdam : » Non- feulement , dit-
» il 3 la moelle de l'épine maigrit 5 mais
*>tout le corps & l'efprit languiflent
3> également \ l'homme périt miféra-
w blement. Samuel Vtrfpraius fut atta-
» que d'une fluxion d'une humeur excef-
» fivement acre qui fe jetta d'abord fur
» le derrière de la tête ôt la nuque \ elle
w paflfa de-là fur l'épine , les lombes,
55 les flancs & l'articulation de la cuifle ,
55 & fit fouffrir à ce malheureux des
» douleurs fi vives , qu'il devint tout-
55 à fait défiguré, &: tomba dans une
* petite fièvre qui le confumoit, mais
55 pas aflez vite à fon gré -y Se fon état
» étoit tel , qu'il invoqua plus d'une
» fois la mort , avant qu'elle vint far-
55racher à fes maux» (2).
a
Comment, de fanit. tuend. p. m. 37.
Obf.Med.I. 111, c. XXIV.
l' Onanisme ii
Rien, dit un célèbre Médecin de
Louvain , n'affoiblit autant , & n'abrè-
ge autant la vie (i).
Blancard a vu des gonorrhées (im-
pies , des confomptions , des hydropi-
iies qui dépendoient de cette caufe (2) ;
& Muys a vu un homme encore d'un
bon âge attaqué d'une gangrené fponta-
née du pied, qu'il attribuai des excès
vénériens (5).
Les mémoires des Curieux de la
Nature parlent d'une perte de vue :
l'obfervation mérite d'être rapportée
en entier. L'on ignore , dit l'auteur 3
quelle fympathie les tefticules ont avec
tout le corps , mais fur - tout avec les
yeux. Salmuûhzvxxxxn fçavant hypocon-
driaque devenir fou , &un autre hom-
me fe deffécher fi prodigieufement le
cerveau , qu'on l'entendoit vaciller
dans le crâne ; l'un & l'autre pour s'être
livrés à des excès du même genre. J'ai
vu moi-même un homme de cinquante-
neuf ans qui , trois femaines après avoir
époufé une jeune femme > tomba tout-
(1) Zypaeus , fundam. meJîc, Part. II , arc. C.
(1) Inftit. medic. Fart. II, c, XXVIII.
(3) Praxis chirurgica , Decur. I , obf. 4.
Avj
1 Z L5 O N A M I S M £ .
à coup dans l'aveuglement, & mourut
au bout de quatre mois (i).
» La trop grande diffipation des ef-
*> prits animaux affoiblit l'eftomac , ôte
m l'appétit y &c la nutrition n'ayant plus
55 lieu , le mouvement du cœur s'afFoi-
35 blit, toutes les parties languiflent,
» Ton tombe même dans l'épilepfîe *( i).
Nous ignorons, il eft vrai, fi les ef-
prits animaux & la liqueur génitale
font la même chofe } maisl'obfervation;
nous a appris , comme on le verra plus
bas > que ces deux fluides ont une très-
grande analogie , & que la perte de
l'un ou de l'autre produit les mêmes
maux. yi.Hoffman a vu les plus fâcheux
accidents fuivre la diffipation de la fe-
mence. « Après de longues pollutions
m nofturnes , dit-il , non-feulement les
55 forces fe perdent , le corps maigrit ,
3> le vifage pâlit \ mais de plus la mé-
» moire s'affoiblit, une fenfation con-
» timielle de froid faifit tous les mem-
» bres, la vue s'obfcurcit , la voix de-
« vient rauque ( $ ) : tout le corps fe
(1) Decur. II , ann. Ç , Append. obfecv. 8$ , p. jtf.
(1) Schelammer., aïs medendi univerfa. Lib. II.
fett I , c. IV , $. 13.
(3) Confulc. Ceatt z & }> Caf. 102, T, ILI,p. 1^3,
l'Onanisme, 15
« détruit peu-à-peu , le fommeil trou-
» blé par des rêves inquiéranrs ne répare
» point , & Ton éprouve des douleurs
» femblables à celles qu'on reflent après
» qu'on a été meurtri par des coups »( 1 ).
Dans une confultation pour un jeune
homme qui , entr'autres maux , s'étoit
attiré par la mafturbation une foiblefïe
totale des yeux , il dit n qu'il a vu
« plufieurs exemples de gens qui , me-
» me dans l'âge fait, c'eft-à-dire quand
» le corps jouit de toutes fes forces >
» s'étoient attiré non - feulement des
« rougeurs & des douleurs extrême*-
» ment vives dans les yeux , mais en-
" core une fi grande foiblelfe de vue,
» qu'ils ne pouvoient lire ni écrire
» quoi que ce foit. J'ai même vu ,
» ajoute- t-il, deux gouttes fereines pro-
» duites par cette caufe « (2). L'on
verra avec plaifir Phiftoire même de
la maladie qui donna lieu à cette con-
fultation. » Un jeune homme s'étant
» livré à la mafturbation à l'âge de
» quinze ans , 8c l'ayant exercée très-
» fréquemment jufqu'à vingt - trois ,
m tomba pendant cette période dans
(1) Même endroit , Caf. 105,
(1) Même endroit , Caf. 103*
14 l'Onanisme,
55 une fï grande foibleffe de tête &
» des yeux , que fouvent ces derniers
*> étoient faifis de violents fpafmes dans
» le temps de Pémifîion de la femence.
*> Dès qu'il vouloit lire quelque chofe ,
» il éprouvent un étourdi(Tement fem-
« blable à celui de l'ivreffe ; la pupille
w fe dilata extraordinairement; il fouf-
55 froit dans l'œil des douleurs exceffi-
55 ves } les paupières étoient très-pefan-
55 tes , elles fe colloient toutes les nuits j
» fes yeux étoient toujours baignés de
» larmes , & il s'armfïoit dans les deux
m coins, qui étoient très-douloureux ,
» beaucoup. d'une matière blanchâtre.
*> Quoiqu'il mangeât avec plaifir , il
s© étoit réduit à une extrême maigreur ;
55 & dès qu'il avoit mangé , il tomboit
*> dans une efpece d'ivreffe -. Le mê-
me auteur nous a confervé une au-
tre obfervation dont il avoit été le
témoin oculaire , & que je crois de-
voir placer ici. *j Un jeune homme de
» dix -huit ans, qui s'étoit livré fré-
55 quemment à une fer van te , tomba
55 tout à coup en foibleiTe avec un trem-
33 blement général de tous les mem-
55 bres , le vifage rouge & le pouls très-
55 foible. On le tira de cet état au bout
i/ Onanisme. 15
m d'une heure , mais il refta dans une
» langueur générale. Le même accès
i> revenoit très-fréquemment avec une
s> très-forte angoifle, & lui procura au
» bout de huit jours une contraction
o> & une tumeur du bras droit , avec
» une douleur au coude qui redoubloit
« toujours avec l'accès. Le mal alla
»j pendant long temps en augmentant,
» malgré beaucoup de remèdes : enfin
m M. Hoffman le guérit ( 1 ).
M. Boerhaave peint ces maladies
avec cette force & cette précifion qui
cara&érifent tous fes tableaux. » La
» .trop grande perte de femence pro-
m duit la laffitude , la débilité 5 l'im-
•* mobilité , des convulfions , la mai-
» greur , le deiféchement, des douleurs
>3 dans les membranes du cerveau }
» émouiTe les fens , & fur-tout la vue ;
35 donne lieu à la confomption dorfale ,
» à l'indolence , Se à diverfes maladies
» qui ont de la liaifon avec celles-
» là « ( 1 ).
Les observations que ce grand hom-
me communiquoit à fes auditeurs , eu
J[\) De moi bis ex nimiâ venere , $. 18 , oper. omn.
fuppl. fecund. pars prim. p. 406.
(i) Initituc. §, 776 de la trad. de M. D. L. M.
iC l'Onanisme,
leur expliquant cet aphorifme, & qui
portent fur les différents moyens d'é-
vacuations, ne doivent pas être omifes.
m J'ai vu un malade dont la maladie
>5 commença par une lafîîtude Se une
55 foiblefTe dans tout le corps, fur-tout
3> vers les lombes ; elle fut accompa-
» gnée du jeu des tendons , de fpafmes
33 périodiques & de la maigreur , de
3> manière à détruire tout le corps : il
» fentoit aufïi de la douleur dans les
» membranes même du cerveau , dou-
ai leur que les malades nomment ar-
j> deur feche > qui brûle continuelle-
» ment en dedans les parties les plus
w nobles*
» J'ai vu auffi un jeune homme atta-
33 que de la confomption dorfale. Il
» étoit d'une fort jolie figure , & mal-
» gré qu'on l'eût fouvent averti de ne
3> fe point trop livrer au plaifir , il s'y
33 livra néanmoins , & il devint fi dif-
» forme avant fa mort , que cette grof-
33 feur charnue , qui paroît au-de(Tus
» des apophyfes épineufes des lombes ,
m s'étoit entièrement affailTée. Le cer-
» veau même dans ce cas paroît être
33 confumé } en effet , les malades de-
t> viennent ftupides. Ils deviennent fi
l'Onanisme. iy
» roides , que je n'ai point vu une aufïï
» grande immobilité du corps produite
» par une autre caufe. Les yeux même
» font fi hébétés qu'ils n'ont plus la
» facilité de voir « ( i ).
M. de Scnac peignoit 5 dans la pre-
mière édition de fes effais, les dangers
de la mafturbation , & annonçoit aux
vi&imes de cette infamie toutes les
infirmités de la vieillefle la plus lan-
guiffante , à la fleur de leur âge. L'on
peut voir dans les éditions fuivantes
les raifons de la fuppreflîon de ce mor-
ceau , & de quelques autres.
M. Lndwig , en décrivant les maux
qui furviennent aux évacuations trop
abondantes , n'oublie pas la fpermati-
que. » Les jeunes gens de l'un ou de
» l'autre fexe , qui fe livrent à la lafci-
35 veté , ruinent leur fanté en diflîpant
m des forces qui étoient deftinées à
35 amener leur corps à fon point de plus
» grande vigueur 5 & enfin ils tombent
>3 dans la confomption « ( x ).
M. de Gorter donne un détail des
accidents les plus triftes, dépendants de
cette caufe , mais il feroit trop long de
(0 Comment, fur le même endroit , T. VII , p» 1 14*
(i) Inftituc. Phyfiol. §. 870 ôc Zju
18 l'Onanism e.
le copier : je renvoie , à fon ouvrage
même , tous ceux qui entendent la lan-
gue dont il s'eft fervi ( i ).
Le D. N. Robinfon , dans fon ou-
vrage fur la confomption (z) 9 a mis un
aflfez long chapitre très-bien fait fur
la confomption dorfale, que je ne puis
point inférer ici. La conftipation .> la
trifteflfe , la crainte de ne jamais guérir
lors même que la guérifon eft affurée ,
la douleur fixe à la croifée des reins ,
la grande foiblefle , les douleurs pa(Ta-
geres de toutes les articulations, TafFoi-
bliflTement des facultés & des fens ,
les pollutions nodturnes , la gonorrhée
fimple , font les caractères qui , fui-
vant lui, diftinguent cette efpece des
autres ( 5 ).
Après avoir rapporté la defcription
de la confomption dorfale &Hippo~
cratc , telle qu'on l'a lue plus haut,
M. vu7i Swictcn ajoute : » J'ai vu tous
» ces accidents ^ &c plufîeurs autres ,
«> dans les malheureux qui s'étoient
» livrés à de honteufes pollutions. J'ai
» employé inutilement pendant trois
(1) Deinfenfibil. perfp. cap. uk.
f 1) -A ntw Method of treating confumptions , &C.
Lond. 1717 , 8.
(3) Voy. Chap. 8. p. g*.
h O N A N I S M E. T9
» ans tous les fecours de la Médecine
" pour un jeune homme qui s'étoit atri-
** ré , par cette infâme manœuvre > des
» douleurs vagues , étonnantes 8c gé-
» nérales , avec une fenfation tantôt
» de chaleur , tantôt d'un froid très-
» incommode par tout le corps , mais
» fur - tout aux lombes. Dans la fuite
» ces douleurs ayant un peu diminué >
» il fentoit un iî grand froid dans les
» ctiiffes 8c dans les jambes ^ quoiqu'au
» tadt ces parties parufTent conferver
m leur chaleur naturelle 5 qu'il fe cnauf-
» foit continuellement auprès du feu ,
» même pendant les plus grandes cha-
m leurs de l'été. J'admirai fur - tout
» pendant tout ce temps un mouvement
» continuel de rotation des tefticules
» dans le fcrotum , 8c le malade éprou-
w voit dans les lombes la fenfation
3? d'un mouvement femblable , qui lui
» étoit très à charge « ( i ). Ce détail
nous laiiTe ignorer 11 ce malheureux
termina fa vie au bout de trois ans , ou
s'il continua à languir pendant quelque
temps 5 ce qui eft bien plus fâcheux : il
n'y a cependant pas une troifîeme iflue*
(i)Aph. $8£, T. II, p. 4$.
^
iô l'Onanîsml
M. Klockofy dans un très -bon ou-
vrage fur les maladies de l'efprit qui
dépendent du corps , confirme par fes
obfervations celles qu'on vient de lire.
» Une trop grande diflipation de fe-
*> mence affoiblit le refîbrt de toutes
3> les parties folides } de-là naiiTent la
» foiblefle 5 la parefle , l'inertie , les
3> phthifies 3 les confomptions dorfales ,
» l'engourdiflement & la dépravation
» des fens , la ftupidité , la Folie , les
» évanouissements, les convulfions«(i).
M. Hoffmann avoit déjà remarqué
que les jeunes gens , qui fe livrent à
l'infâme pratique de la mafturbation ,
perdoient peu à peu toutes les facultés
de leur ame , fur-tout la mémoire , &
devenoient tout-à-fait inhabiles à l'é-
tude ( 2).
M. Lewis ( 3 ) décrit tous ces maux.
Je ne tranfcrirai ici , de fon ouvrage f
que ce qui a rapport à ceux de l'ame.
3> Tous les maux, qui naifTent des excès
*> avec les femmes , fuivent plus promp-
j> tement encore , & dans un âge ten-
(1) De morb. anirn. ab infirm. medul. ccrcb. p. $7.
(1) Oper. omn. fol. T. III , p. 29^
0) A pra&ical. EiTay upon thc tabès dorfalis , Lond.
1748, & 3e. édit. 1758»
l'Onanisme. zt
» dre , l'abominable pratique de la
» pollution de femence , qu'il feroit
ù difficile de peindre avec des cou-
*> leurs aufli aflfreufes qu'elle le mé-
y> rite : pratique à laquelle les jeunes
» gens le livrent , fans connoître toute
» l'énormité du crime , & tous les
» maux qui en font les fuites phy-
» fiques (i). L'ame fe reffent de tous
» les maux du corps , mais fur-tout de
•• ceux qui naiflent de cette caufe. La
» plus noire mélancholie, l'indifférence
« pour tous les plaifîrs , ( ne pourroit-
» on pas dire l'averfïon ? ) l'impoflibi-
» lité de prendre part à ce qui fait le
» fujet de la converfation des compa-
» gnies dans lefquelles ils fe trouvent
■> fans y être } le fentiment de leur
» propre mifere , & le défefpoir d'en
53 être les artifans volontaires , la né-
35 ceflité de renoncer au bonheur du
*> mariage , font les idées bourrelantes
» qui contraignent ces malheureux à
33 fe féparer du monde } fort heureux
*> fi elles ne les portent pas à terminer
b eux-mêmes leur carrière « ( i ).
De nouvelles obfervations confirme-
( îbid. p. i 3.
(x) lbid. p. ijfc
il l'Onànis M I.
ront plus bas la vérité de cet effrayant
tableau. Celui qu'a fait M. Storck >
dans le bel ouvrage qu'il a publié fur
l'hiftoire & le traitement des mala-
dies , n'eft pas moins terrible ; mais
je renvoie à l'ouvrage même , dont
aucun Médecin ne peut fe paflTer, ceux
qui voudront le voir ( i ).
Avant que de paffer aux obfervations
qui m'ont été communiquées , je ter-
minerai cette feétion par le beau mor-
ceau qui fe trouve dans l'excellent ou-
vrage dont M. Gaubius a enrichi U
Médecine. Non-feulement il peint les
maux ., mais il en indique les caufes ,
avec cette force, cette vérité, cette fa-
gacité & cette précifîon , qui n'appar-
tiennent qu'au plus grand maître. C'eft
un morceau précieux, dont on me fçaura
gré de çonférver le coloris , en le rap-
portant tel que l'auteur l'a écrit. Im-
moderata feminis pwfufîo , non folum
UtiliJJîmi humoris jaclurâ , fcd ipfoetiam
motu convulfivo > quo cmittitur , frequen-
ûîis repaito , imprimis lœdit. Etenim
fummam voluptaum univerfalis cxciplt
virium refolutio , quce cnbrbfirri nequit ,
(i)Medicusannuus,T. II , p. n j , &o
l'Onanisme, 23
quin enervet. Colatoria autem corporis
qub magis emulgentur , eb plus humorum
aliunde ad fe trahunt , fuccifque Jic ad
genitalia derivatis , reliques partes depau-
perantur. Inde ex nimiâ venere lajjitudo >
débilitas , immobilitas y incejjus delum-
bis 5 encephali dolores , convuljiones fen-
fuum omnium , maximh vifus hebetudo ,
cœcitas ^fatuitas , circula tio febrilis , ex^
Jiccatio , macies , tabès & pulmonica &
dorfalis , effeminatio. Augentur hœc mala
atque infanabilia fiunt ob perpetuum in
venerem pruritum , quem mens \ non mi-
nus quam corpus 5 tandem contrahit , quo-
que effzcitur , ut & dormientes obfcena
phantafmata exerceant , & in tentiginem
pronce partes quâvis occajione impetum
concipiant , onerique & Jlimulo Jlt quam-
libtt exigua reparati fpermatis copia 3
levijffzmv conatu , & vel jîne hoc 5 de
relaxatis loculis relapfura. Quocirca
liquet 5 quart adolefcentice jlorem adeo
pejfumdet ifle exce(fus (1).
(i) Tnflitutiones Pathologie Medicinalis , auftere
H. D. Gaubio , Lud. Bat. 1758.
£4 l'Onanisme,
■ * ' — ■ — ^p— — — — »
SECTION IL
Obfcrvations communiquées.
J e ne fuivrai d'autre ordre que celui
des dates de réception. J ai vu , me dit
mon illuftre ami , M. Zimmermann 5 un
homme de ving-trois ans qui devint
épileptique > après s'être aflfoibli le
corps par de fréquentes manuftupra-
tions. Toutes les fois qu'il avoit des
pollutions nodturnes il tomboit dans
un accès d'épiiepfie parfait. La même
chofe lui arrivoit après les manuftupra-
tions , dont il ne s'abftenoit point 5 mal-
gré les accidens 8c tout ce que l'on
pouvoit lui dire. Quand l'accès étoit
pafle , il éprouvoit des douleurs très-
fortes aux reins 8c autour du coccyx.
Cependant ayant enfin ceflfé cette ma-
nœuvre pendant quelque temps , je le
guéris des pollutions , & j'efpérai
même de le guérir de l'épilepfie , dont
les accès avoient déjà difparu. Il avoit
repris les forces , l'appétit ^ le fommeil >
8c une très-belle couleur , après avoir
reflTemblé à un cadavre. Mais , étant
revenu à fes mafturbations , qui étoient
toujours
l'Onanisme. z$
roujours fuivies d'une attaque , il eut
enfin les accès dans les rues même , &
on le trouva mort un matin dans fa
chambre , tombé hors de fon lit , &
baigné dans fon fang. Qu'on me per-
mette ici une queftion qui fe préfenta
à moi quand je lus cette obfervation :
ceux qui fe tuent d'un coup de piftolet ,
qui fe noient volontairement, ou qui
s'égorgent , font ils plus comptables de
leur mort, font -ils plus fuicides que
cet homme ci ? Sans entrer dans le dé-
tail , mon ami ajoure qu'il en connoît
un autre qui eft dans le même cas : j'ai
appris , depuis , qu'il avoit fini de la
même manière. J'ai connu , (c'eft encore
M. Z Immermannqm parle) , un homme
d'un très-beau génie ? &c d'un fçavoir
prefqu'univerfel , à qui de fréquentes
pollutions avoient fait perdre toute
l'activité de fon efprit , & dont le
corps étoit exactement dans l'état de
celui du malade qui confulta M. Boer-
haavc ( i) , & que je rapporterai ailleurs.
Je dois les deux faits fuivants à M*
Raft le fils , célèbre Médecin de Lyon ,
avec qui j'ai eu le plaifir de paflfer quel*
il) Conful» Mcd. c. II, p. $6.
B
%& L O N A N I S M E.
ques mois à Montpellier. Un jeune
homme de Monpellier , étudiant en
Médecine , mourut par l'excès de ces
fortes de débauches* L'idée de fon cri-
me avoit tellement frappé {on efprit ,
qu'il mourut dans une efpece de défef-
poir , croyant voir l'enfer ouvert à fes
côtés , prêt à le recevoir. Un enfant
de cette ville , âgé de fix ou fept ans ,
inftruit , je crois, par une fervante , fe
pollua fi fouvent , que la fièvre lente
qui furvint l'emmena bientôt. Sa fu-
reur pour cet acte étoit fi grande , qu'on
ne put l'en empêcher jufqu'aux derniers
jours de fa vie. Lorfqu'on lui repréfen-
toit qu'il hâtoit fa mort , il fe confo-
loit , endifant qu'il iroit plutôt trouver
fon père , mort depuis quelques mois.
M.Mieg, célèbre Médecin de Balle,
connu dans le monde fçavant par d'ex-
cellentes difiertations , &c à qui fa pa-
trie a l'obligation de l'inoculation ,
qu'il continue avec autant de fuccès
que d'habileté , m'a communiqué une
lettre de M. le Profefieur Stchdin ,
nom cher aux lettres , dans laquelle
j'ai trouvé plufieurs obfervations inté-
reiTantes & utiles. J'en réferve quel-
ques-unes pour la fuite de cet Ouvra-
L* O N A N I S M E. Xj
ge , où elles feront mieux placées ,
c'eft ici le lieu des deux autres. Le fils
de M* * * , âgé de quatorze à quinze
ans, eft mort de convulfions, & d'une
efpece d'épilepfîe, dont l'origine ve~
noit uniquement de la mafturbation :
il a été traité inutilement par les Mé-
decins les plus expérimentés de notre
ville. Je connois aufli une jeune De-
moifelle de douze à treize ans qui ,
par cette déteftable manœuvre > s'eft
attiré une confomption , avec le ven-
tre gros & tendu > une perte blanche ,
& une incontinence d'urine. Quoique
les remèdes l'aient foulagée > elle lan-
guit toujours , ôc je crains desxfuites
funeftes.
SECTION III.
Tableau tiré de UOnania.
[Jepuis la publication de cet Ou-
vrage , j'ai appris , par le canal le plus
refpe&able, que Ton ne devoit pas
ajouter une entière créance aux faits de
la colie&ion angloife , Se que cette
Bij
28 1/ O N A N I S M E.
raifon , quelques calomnies, desobfcé-
nicés , & la fuppofition d'un privilège
impérial avoienc fait prohiber la tra-
duction allemande dans l'Empire. Ces
motifs m'auroient déterminé à fuppri-
mer tour ce que j'ai tiré de cet Ouvra-
ge , mais quelques confidérations m'ont
engagé à le conferver fous la modifi-
cation de cet avis. La première eft ,
que quelques - unes de ces raifons ne
regardent que l'édition allemande.
La féconde , que quoiqu'il puiiTe s'y
trouver quelques faits fuppofés , &c que
quelques-uns paroifTent même porter
ce caractère > il eft cependant prouvé
que le plus grand nombre n'eft que trop
vrai. Enfin, une troifieme confidéra-
tion qui m'a décidé, c'eft ce que je
trouve dans la même lettre de M.
Stchelin. J'ai reçu , dit-il , une lettre de
M. Hoffrnan de Maftrich , dans laquel-
le il me marque avoir vu un mafturba-
teur qui s'étoitdéjà attiré une confomp-
tion dorfaie , qu'il traita fans fuccès ,
& qui fut guéri par les remèdes de
TOnania , dont le Dofteur Bekkers , à
Londres, doit être l'Auteur , &fîbiea
guéri , qu'il eft redevenu gros & gras ,
8c qu'il a quatre enfants.
i/O n a ni s m e. 29
L'Onania anglois eft un vrai chaos ,
l'ouvrage le plus indigefte qui fe foit
écrit depuis long-tems. On ne peut lire
que les obfervations } toutes les ré-
flexions de l'Auteur ne font que des-
trivialités théologiques & morales. Je
ne tirerai de tout cet ouvrage , qui eft
aiïez long > qu'un tableau des accidents
les plus ordinaires , dont les malades
fe plaignent : la vivacité , Pexpreflîon
énergique de la douleur & du repen-
tir qui fe trouvent dans un petit nom-
bre de lettres , & qui ne peuvent point
fe trouver dans l'extrait ,_ ne doivent
pas affoiblir Pimpreflïon d'horreur que
leur le&ure infpire 5 parce que cette
impreffion dépend des faits } & les lec-
teurs m'auront l'obligation de leur épar-
gner la le&ure d'un bien plus grand
nombre d'autres lettres fans tour Se
fans ftyle. Je rangerai fous fix chefs les
maux dont fe plaignent les malades
ânglois , en commençant par les plus
fâcheux , ceux de l'ame.
i°. Toutes les facultés intelleduelles
s'affoiblifTent , la mémoire fe perd , les
idées s'obfcurciflent 9 les malades tom-
bent même quelquefois dans une légère
démence , ils ont fans cefTe une efpece
B iij
$0 L$ O N A N I S M E.
d'inquiétude intérieure , une angoiffe
continuelle , un reproche de leur con-
fcience , fi vif 5 qu'ils verfent fouvent
des larmes. Ils font fujets à des verti-
ges; tous leurs fens, mais fur- tout la
vue & l'ouïe , s'afFoibliflent } leur fom-
rneil , s'ils peuvent dormir 5 eft troublé
par des rêves fâcheux.
2°. Les forces du corps manquent
entièrement ; Taccroiflement de ceux
qui fe livrent à cqs abominations avant
qu'il fuit fini 5 eft confidérablement
dérangé. Les uns ne dorment point
du tout , les autres font dans un affou-
piflement prefque continuel. Prefque
tous deviennent hypocondriaques ou
hyftériques^ & font accablés de tous
les accidents qui accompagnent ces fâ-
cheufes maladies ., trifteue , foupirs ,
larmes 5 palpitations , fuffocations , dé-
faillances. L'on en a vu cracher des ma-
tières calcaires. La toux , la fièvre len-
te , la confomption font les châtiments
que d'autres trouvent dans leurs pro-
pres crimes.
3°« Les douleurs les plus vives font
un autre objet des plaintes des mala-
des y l'un fe plaint de la tête , l'autre de
la poitrine , de l'eftomàc, des inteftins ,
l'Onanisme. 51
de douleurs de rhumatifme extérieu-
res, quelquefois d'un engourdiflement
douloureux dans toutes les parties de
leur corps , dès qu'on les comprime le
plus légèrement.
4°. L'on voit non - feulement des
boutons au vifage 3 c'eft un fymprôme
des plus communs , mais même de
vrais puftules fuppurantes fur le vifage ,
dans le nez , fur la poitrine , fur les
cuifTes ; des démangeaifons cruelles
de ces mêmes parties. Un des malades
fe plaignoit même d'excrefeences char-
nues fur le front.
5°. Les organes de la génération
éprouvent aufli leur part des miferes
dont ils font la caufe première. Plu-
fieurs malades deviennent incapables
d'éredtion } chez d'autres , la liqueur
féminale fe répand au moment du plus
léger prurit , ôc de la plus foible érec-
tion , ou dans les efforts qu'ils font pour
aller à la felle. Un grand nombre eft
attaqué d'une gonorrhée habituelle
qui abat entièrement les forces , 8c
dont la matière relfemble fouvent , ou
à une fanie fœtide , ou à une mucofité
fale. D'autres font tourmentés par des
priapifmes douloureux. Les dyfuries ,
R iv
31 l' O N A N I S M E.
les ftranguries, les ardeurs d'urine, l'af-
foibliflement de fon jet font cruelle-
ment foufFrir quelques malades. Il y en
a qui ont des tumeurs très-douloureu-
fes aux tefticules , à la verge , à la vef-
iîe3 au cordon fpermatique. Enfin , ou
rimpoffibilité du coït , ou la déprava-
tion de la liqueur génitale , rendent
ftériles prefque tous ceux qui fe font
livrés long- temps à ce crime.
6°. Les fondions des inteftins font
quelquefois totalement dérangées , &
quelques malades fe plaignent de con-
ftipations opiniâtres , d'autres d'hémor-
rhoïdes, ou d'un écoulement de ma-
tière fœtide par le fondement. Cette
dernière obfervation me rappelle le
jeune homme dont parle M. Hoffman ,
qui , après chaque mafturbation , étoit
attaqué de la diarrhée , nouvelle caufe
de la perte de fes forces.
l'Onanisme,
53
SECTION IV.
Obfcrvations de V Auteur,
jLj e tableau 5 qu'offre ma première
obfervation , eft terrible ; j'en fus ef-
frayé moi-même la première fois que
j^ vis l'infortuné qui en eft le fujet. Je
fentis alors plus que je n'avois fait en-
core , la néceflîté de montrer aux jeu-
nes gens toutes les horreurs du préci-
pice dans lequel ils fe jettent volontai-
rement.
L. D* * * *. Horloger 5 avoit été
fage , & avoit joui d'une bonne fanté
jufqu'à l'âge de dix-fept ans ; à cette
époque il fe livra à la mafturbation 5
qu'il réitéroit tous les jours , fouvent
jufqu'à trois fois y Se l'éjacuiation étoit
toujours précédée Se accompagnée
d'une légère perte de connoiffance , &
d'un mouvement convuliif dans les
mufcles extenfeurs de la tête , qui la re-
tiroient fortement en arrière 5 pendant
que le col fe gonfloit, extraordinaire-
ment. Il ne s'étoit pas écoulé un an ,
qu'il commença à fentir une grande
B v
34 l'Onanisme.
foibleiïe après chaque acte ; cet avis
ne fut pas fuffifant pour le retirer du
bourbier -y fon ame déjà toute livrée à
ces ordures n'étoit plus capable d'au-
tres idées , & les réitérations de fon
crime devinrent tous les jours plus fré-
quentes , jufqu'à ce qu'il fe trouva
dans un état , qui lui fit craindre la
mort. Sage trop tard , le mal avoir dé-
jà fait tant de progrès , qu'il ne pou-
voit être guéri ; & les parties génitales
étoient devenues fi irritables & fi foi-
bles , qu'il n'étoit plus befoin d'un nou-
vel a£te de la part de cet infortuné 5
pour faire épanchçr la femence. L'irri-
tation la plus légère procuroit fur le
champ une éreétion imparfaite , qui
étoit immédiatement fuivie d'une éva-
cuation de cette liqueur , qui augmen-
tait journellement fa foiblelfe. Ce fpaf-
me , qu'il n'éprouvoit auparavant que
dans le temps de la confommation de
l'adte, & quiceffoit en même temps,
étoit devenu habituel > & l'attaquoit
fouvent fans aucune caufe apparente ,
& d'une façon fi violente , que pen-
dant tout le temps de l'accès , qui du-
roit quelquefois quinze heures, & ja-
mais moins de huit, il éprouvoit dans
i/ O N A N I S M E. 35
route la partie poftérieure du co! , des
douleurs fi violentes , qu'il poufifoit or-
dinairement, non pas des cris, mais
des hurlements j & il lui croit impoflS-
ble pendant tout ce temps-là , d'avaler
rien de liquide ou de folide. Sa voix
étoit devenue enrouée , mais je n'ai
pas remarqué qu'elle le fut davantage
dans le temps de l'accès. 11 perdit tota-
lement (es forces ; obligé de renoncer
à fa profeflion 3 incapable de tout , ac-
cablé de mifere , il languit prefque
fans fecours pendant quelques mois }
d'autant plus à plaindre 5 qu'un refte de
mémoire , qui ne tarda pas à s'éva-
nouir , ne fervoit qu'à lui rappeller
fans cefle les caufes de fon malheur ,
& à l'augmenter de toute l'horreur des
remords. Ayant appris fon état , je nie
rendis chez lui } je trouvai moins un
être vivant qu'un cadavre giflant fur la
paille , maigre 5 pâle , fale , répandant
une odeur infede , prefqu'incapable
d'aucun mouvement. Il perdoit fou*
vent par le nez un fang pâle & aqueux >
une bave lui fortoit continuellement
de la bouche , attaqué de la diarrhée,
il rendoit {qs excréments dans fon lit
fans s'en appercevoir ; le finx de fe-
Bvj
$6 l'Onanisme,
mence étoit continuel ; tes yeux chaf-
ïieux , troubles 5 éteints n'avoient plus
la faculté de fe mouvoir ; le pouls étoit
extrêmement petit > vite Se fréquent ;
la refpiration très-gênée , la maigreur
exceflive , excepté aux pieds qui corn-
mençoient à être œdémateux. Le dé-
fordre de l'efprit n'étoit pas moindre ;
fans idées , fans mémoire > incapable
de lier deux phrafes, fans réflexion ,
fans inquiétude fur fon fort , fans au-
tre fentiment que celui de la douleur ,
qui revenoit avec tous les accès au
moins tous les trois jours. Etre bien
au - deiïbus de la brute , fpe&acle dont
on ne peut pas concevoir l'horreur ,
Ton avoit peine à reconnoître qu'il
avoit appartenu autrefois à l'efpece hu-
maine. Je parvins affez promptement,
à l'aide des remèdes fortifiants , à dé-
truire ces violents accès fpafmodi-
ques , qui ne le rappelloient fi cruel-
lement au fentiment que par les dou-
leurs; content de l'avoir foulage a cet
égard 5 je difeontinuai des remèdes
qui ne pouvoient pas améliorer fon
état; il mourut au bout de quelques
femaines, en Juin 1757 , oedémateux
par tout le corps.
l'Onanisme. 37
Tous ceux qui fe livrent à cette
odieufe & criminelle habitude ne font
pas auffî cruellement punis \ mais il
n'en eft point qui ne s'en revente du
f)lus au moins. La fréquence des a&es ,
a variété des tempéraments , plu-
fieurs circonftances étrangères occa-
iîonnent des différences confîdérables.
Les maux que j'ai vus le plus fouvent ,
font y i°. Un dérangement total de
l'eftomac , qui s'annonce chez les uns
par des pertes d'appétit ou par des
appétits irréguliers } chez les autres 3
par des douleurs vives > fur-tout dans
le temps de la digeftion, par des vo-
miffements habituels , qui réfîftent à
tous les remèdes , tant que Ton refte
clans fes mauvaifes habitudes. 20. Un
affoibliiïement des organes de la ref-
piration , d'où réfultent fouvent des
toux feches , prefque toujours des en-
n>uemens , des foiblefTesde voix , des
efToufflemens dès qu'on fe donne un
mouvement un peu violent. 30. Un
relâchement total du genre nerveux.
11 n'eft pas néceflfaire de connoître
beaucoup l'économie animale , pour
fentir que ces trois caufes peuvent pro-
duire toutes les maladies de langueur >
38 l'Onanisme.
& l'expérience prouve qu'elles les pro-
duifenc tous les jours. Les premiers
accidents qui en résultent, dans les maf-
turbateurs , font 3 outre ceux que je
viens d'indiquer , une diminution con-
fidérable dans les forces , une pâleur
plus ou moins confidérable , quelque-
fois une légère jauniffe , mais conti-
nuelle , fouvent des boutons qui ne
partent que pour faire place à d'autres ,
& fe reproduire continuellement par
tout le vifage > mais fur- tout au front >
aux tempes & près du nez 5 une
maigreur confidérable , une fenfibilité
étonnante aux changements des faifons,
fur- tout au froid } une langueur dans
les yeux , un affoiblilîement de la vue,
une diminution confidérable de toutes
les facultés , fur-tout de la mémoire.
3> Je fens bien , m'écrivoit un patient ,
5) que cette mauvaife manœuvre m'a
m diminué la force des facultés , & fur-
» tout la mémoire « (1). Qu'il me foit
permis d'inférer ici les fragments de
quelques lettres , qui réunis formeront
un tableau affez complet des défordres
phyfiques que produit la mafturbation >
(1) En date du ly Septembre J7?ï«
l'Onanisme, 39
& donc la langue dans laquelle j'écri-
vois , m'empêcha de faire ufage dans
la première édition de cet ouvrage.
» J'eus le malheur , comme bien d'au-
» très jeunes gens , ( c'eft dans l'âge
mûr qu'il m'écrit ) » de me laifler aller
» à une habitude aufli pernicieufe pour
33 le corps que pour l'ame y l'âge aidé
» de la raifon a corrigé depuis quel-
» que temps ce miférable penchant >
» mais le mal eft fait. À l'affeétion
» & fenfibilité extraordinaire du genre
» nerveux , Se aux accidents qu'elle oc-
» cafionne , fe joignent une foiblefle ,
» un mal-aife, un ennui, une détrefîe
» qui femblent m'affiéger comme à
» l'envi ; je fuis miné par une perte de
» femence prefque continuelle ; mon
» vifage devient prefque cadavéreux,
» tant il eft pâle Se plombé. La foi-
» blelfe de mon corps rend tous mes
w mouvements difficiles ; celle de mes
» jambes eft fouvent telle , que j'ai
m beaucoup de peine à me tenir de-
>3 bout , & que je n'ofe pas me hafarder
» à fortir de ma chambre. Les digef-
» tioiis fe font fi mal , que la nourri-
» ture fe repréfente aufli en nature ,
» trois ou quatre heures après l'avoir
40 l'Onanisme,
» prife , que fi je ne venois que de la
35 mettre dans mon eftomac, Ma poi-
» trine fe remplit de phlegmes , dont
» la préfence me jette dans un état
» d'angoifTe , & l'expectoration dans
» un état d'épuifement. Voilà un ta-
y> bleau raccourci de mes miferes , qui
» font encore augmentées par la trifte
» certitude que j'ai acquife , que le
» jour qui fuit fera encore plus fâ-
w cheux que le précédent ; en un mot ,
« je ne crois pas que jamais créature
ac humaine ait été affligée de tant de
» ma*ix que je le fuis. Sans un fecours
w particulier de la providence , j'aurois
» bien de la peine à fupporter un far-
m deau fi pefant <*.
Je lus en frémiflant , dans la lettre
d'un autre malade , ces mots terribles ,
qui me rappellerent ceux de l'Onania.
» Si la religion ne me retenoit pas ?
3> j'aurois déjà terminé une vie , a au-
m tant plus cruelle , qu'elle l'eft par
» ma propre faute «. Il n'eft pas au
monde, en effet , d'état pire que celui
de l'angoifie } la douleur n'eft rien en
comparaison , & quand elle fe joint à
une foule d'autres maux , il n'eft point
étonnant qu'un malade defire la more
i/O n anisme. 41
comme fon plus grand bien , &c re-
garde la vie comme un malheur réel 5
h l'on peut appeller vie un état aufll
trifte.
Vivere quum nequeam^ fit mîhi pofle mori j
Duke mori miferis , fed mors optata recedit. M.
La defcription fuivante eft tnni
courte & moins terrible. *> J'ai eu le
jî malheur dès ma tendre jeuneffe , je
y> crois entre huit & dix ans , de con-
» tracter cette pernicieufe habitude ,
*> qui 5 de bonne heure , a ruiné mon
» tempérament ; mais fur - tout de-
» puis quelques années je fuis dans un
» accablement extraordinaire y j'ai les
» nerfs extrêmement foibles , mes
» mains font fans force , toujours trem-
*> blantes , & dans une fueur conti-
» nuelle } j'ai de violents maux d'efto-
>3 mac , des douleurs dans les bras ,
» dans les jambes , quelquefois aux reins
» & à la poitrine 3 fouvent de la toux ;
» mes yeux font toujours foibles &
n ca(Tés , mon appétit eil dévorant ;
» & cependant je maigris beaucoup ,
» &: j'ai tous les jours plus mauvais
» vifage «. L'on verra dans la fe&ion
du traitement le fuccès des remèdes
4* l'Onanisme.
dans ce cas. Je ne détaillerai pas la cure
du premier à caufe de fa longueur,
« La narure , écrivoit un troifieme 3
» m'ouvrit les yeux fur la caufe de la
3> langueur dans laquelle je me trou-
» vois , & fur le danger de l'abyfme
» où je me précipitois , foit par des
» boutons ou vefîies qui furvenoient
» à la partie qui fervoit d'infiniment
*> à mon crime , foit auffi par la foi-
» bleffe que j'éprouvois au milieu du
» crime même , 8c qui ne me permet-
3> toit pas de douter quelle étoit fa
» caufe. Un autre me marqua » qu'il
30 éprouvoit pendant cet a<5te 5 une
«douleur au vifage femblable à celle
» que l'on auroit fenti fi on y eût
» appliqué des épingles. Les premiers
» fymptomes maladifs furent beaucoup
» de boutons au vifage, à la poitrine
s? & aux reins , avec une inquiétude
» générale & continuelle } bientôt l'af-
» foibliffement du corps &c fur -tour
» des facultés le jetta dans une pro~
» fonde mélancolie & l'état le plus
33 horrible & le plus indéfiniflable : il
*> a été pendant fept ans incapable de
>3 toute application &r fans jouir d'un
» feul inftant de bonheur. Je ne vivois .
l'Onanisme. 4?
» dit-il , que pour l'angoiffe , l'inquié-
» tude , l'agitation la plus cruelle , les
3> reflTerrements les plus affreux , & un
» étourdiffement fi terrible , que lorf-
» qu'on me parloit je n'entendois quel-
» quefois que des fons auxquels je n'at-
m tachois aucune idée, J'avois des dou-
» leurs vives au cerveau , au col & de
* la roideur dans tout le corps «.
Je pourrois ajouter ici un grand
nombre de relations de maladies pour
lefquelles j'ai été confulté depuis la fé-
conde édition de cet ouvrage j mais
ce feroit des répétitions inutiles , & je
me borne à deux ou trois des plus ré-
centes.
Un homme , qui eft: dans la fleur de
fon âge , m'écrivoit , il n'y a que peu
de jours : >-> J'ai contracté fort jeune
35 une affreufe coutume > qui a ruiné
» ma fanté } je fuis accablé d'embar-
m ras & de tournoiemens de tête 9 qui
>3 m'ont fait craindre l'apoplexie 3 &
» pour lefquels on m'a faigné ; mais
» on s'apperçut d'abord que Ton avoit
* eu tort. J'ai la poitrine ferrée , &c
» par conféquent la refpiration gênée ;
» j'ai fréquemment des douleurs d'ef-
» tomac , & je fouffre fucceffivement
44 l'Onanisme,
» prefque par tout le corps ; je fais
» tout le jour aflbupi & inquiet ; peu-
» dant la nuit mon fommeil eft troublé
» &c agité ;, & il ne me répare point ;
» j'ai fouvent des démangeaifons ; je
» fuis pâle j j'ai les yeux affoiblis &
« douloureux , le teint jaune 3 la bouche
» mauvaise , &c.
» Je ne puis faire , m'écrivoit un
9$ fécond , deux cents pas fans me re-
35 pofer y ma foiblefle eft extrême } j'ai
» des douleurs continuelles dans tout
» le corps, mais fur-tout dans les épau-
la les ; je fouflfre beaucoup des maux
m de poitrine ; j'ai confervé de l'appé-
» tit , mais c'eft un malheur , puif-
35 que j'ai des douleurs d'eftomac dès
33 que j'ai mangé 5 & que je rends tout
» ce que je mange : fi je lis une page
» ou deux , mes yeux fe remplirent de
33 larmes 3 & me font fouffrir } j'ai fou-
* vent des foupirs très -involontaires,
33 Filo xylino Jlaccidius veretrum y om-
9} nifque ercclionis impouns 9 fcmen qui-
» dem y manu follicitatum , effluere finit y
*> ncquaquam verb ejaculat , adeà cœterum
35 imminutum & retraclum ut oculi de
»fexu vix judicare poffint «. L'on trou-
vera les détails de les fuccès du trai-
l'Onanisme* 45
tement dans la fuite de cet ouvrage ;
je la donnerai , parce que c'eft le plus
affoibli ôc le plus docile des malades
que j'ai vus.
Un troifieme , qui s'étoit livré à cette
horrible manœuvre , à l'âge de douze
ans , paroiflToit plus attaqué dans les
facultés intellectuelles , que dans la
fanté corporelle. » Je fens ma chaleur
>-> diminuer feniiblement my le fentiment
» eft confîdérablement émoufle chez
» moi 5 le feu de l'imagination extrè-
33 mement ralenti , le fentiment de
» Texiftence infiniment moins vif; tout
» ce qui fe pa(Te à préfent me paroît
>j prefque un fonge } j'ai plus de peine
» à concevoir , & moins de préfence
» d'efprit } en un mot > je me (cas
» dépérir 5 quoique je conferve du
» fommeil , de l'appétit , 8c affez bon
» vifage «.
Une fuite qui n'eft pas rare > c'eft
rhypocondrialgie ; & fi les hypocon-
driaques fe livrent à cette pratique 3 elle
empire tous les accidents du mal , & le
rend totalement incurable. J'ai vu les
inquiétudes , les agitations , les anxiétés
les plus cruelles, être l'effet de ces deux
canfes réunies j & des obfçrvations
4<ï l'Onanisme,
réitérées m'ont prouvé que dans les
hypocondriaques qui font fujets à
avoir quelquefois des attaques de dé-
lire ou de manie , la mafturbation hâte
toujours les accès. Le cerveau affoibli
par cette double caufe perd fucceffive-
ment toutes fes facultés ; &c les malades
tombent enfin dans une imbécillité qui
n'eft fufpendue que par quelques atta-
ques de phrénéfie. Les Mémoires d^s
Curieux de la Nature parlent d'un
homme mélancolique , qui , fuivant le
confeil d'Horace , cherchoit quelque-
fois à diffiper fes triftetTes par le vin ,
& qui , s'étant trop livré à un autre
genre de plaifirs dans les premiers
jours d'un fécond mariage, tomba dans
une manie fi terrible , qu'il fallut l'en-
chaîner ( i ).
Jakin nous a confervé , dans fes
Commentaires fur Rhumes > l'hiftoire
d'un mélancolique, que des excès dans
le même genre jetterent dans une con-
fomption accompagnée de manie , qui
le tuèrent en peu de jours ( z ).
L'on fçair que les paroxyfmes épilep-
tiques, accompagnés d'une effufion de
(i) Dccur. II , ann. 4 , obf. 166 , p. 32.7.
(x^Schenckius, 1, 1 , obf. 2. , Demaniâ, p. ï ji*
L*0 NANISME. 47
liqueur féminale , laiflfent plus d'épni-
fement encore , & fur-tout plus d'é-
tourdiflTement que les autres. Le coït
excite les accès du mal dans ceux qui
y font fujets, & c'eft à cette caufe que
M. van Swieten attribue le grand acca-
blement dans lequel les malades tom-
bent , (î les accès font fréquents ( i ).
M. Didier avoit connu un Marchand
de Montpellier , qui ne facrifioit ja-
mais à Vénus , fans avoir d'abord après
une attaque d'épilepfîe ( i ).
Galien rapporte une obfervation
femblable ( 3 ) , & Henri van Heers té-
moigne la même chofe (4). J'ai eu
occafion de m'en convaincre moi-mê-
me, M. van Swicten a connu un épi-
leptique,qui fut attaqué de l'accès la
nuit de fts noces (5). M. Hoffhian
connoifîoit une femme très-lubrique ,
qui avoit le plus fouvent un accès d'é-
pilepfie après chaque aéce vénérien.
L'on peut placer ici ce que dit M. Boer-
haave dans fon traité des maladies des
nerfs , que dans l'ardeur vénérienne
(1) §. ic77 , t. ?. p. 429.
(2.) Quaeft. Medic. anepileplla» mercurius viti*
( 3) De iocis atFe&is , Lj,c.6,
(4) ObfervationesMedicae oppidô rarae , obf. î 3-
0) M075 > *• 3 ,p.41^-
48 l'Onanisme,
tous les nerfs font affe&és , quelque-
fois jufqu'à mort. Il rapporte l'exem-
ple d'une femme qui tomboit 3 à chaque
coït 5 dans une fyncope aflfez longue ,
& celui d'un homme qui mourut dans
le premier coït } la force du fpafme
l'avoit jette fur le champ dans une pa-
ralyfîe totale (1) ; & je trouve, dans
l'excellent ouvrage dont M. de Sauva-
ges vient d'enrichir la Médecine, l'ob-
fervation très-finguliere , & peut-être
unique , d'un homme qui , au milieu
de l'adte étoit attaqué ( & le mal a
duré dou^e ans ( d'un fpafme qui lui
roidiflbit tout le corps , avec perte de
fentiment & de connoifTance. Ita ut
Ulum prœ oneris impotentiâ in altérant
lecîi partent excutere cogeretur uxor , &
evacuatio fpermatis lenta jlaccidoque ve-
retro demum fuccedebat , rémittente cor-
poris rigiditate (2). Je connois plufieurs
faits analogues , M. de Haller en a in-
diqué un grand nombre dans fes re-
marques fur les inftituts de M. Boer-
haave ( 3 ) > & Ton en trouve plufieurs
autres chez les obfervateurs.
(1 ) Dc%orb« ncrv. p- 462.
(1) Nofologia m ci hcdica feu clafTes mortoi'tmi,
t. C , P. M°«
(0 Ad j. 058, n. f. * t. s , p. 446.
L on
l'Onanisme. 49
L'on a vu plus haut que la maftur-
bation procurent l'épilepfie , &c cela ar-
rive plus fouvent peut-être qu'on ne
le croit : eft-il étonnant que fes adfces
rappellent les accès , comme je l'ai vu
plus d'une fois , dans ceux qui y font
déjà fujets ? Eft-il étonnant qu'elle rende
cette maladie incurable ?
Cette rigidité totale de tout le corps ,
dont parle M. Boerhaave , eft un des
fymptômes les plus rares } je ne Pavois
vue qu'une fois , quand on imprima
la dernière édition de cet ouvrage ,
mais dans le degré le plus complet.
Le mai avoir commencé par une roi-
deur du col& de l'épine } il gagna fuc-
ceflivement tous les membres, ôc je
vis cet infortuné jeune homme , quel-
que temps avant fa mort , ne pouvant
avoir d'autre fituation , que d'être
couché à la renverfe dans un lit , fans
pouvoir remuer ni les pieds , ni les
mains , incapable de tout autre mou-
vement, de réduit à ne prendre d'ali-
ments , que ceux qu'on lui mettoit dans
la bouche : il vécut quelques femai-
nes dans ce trifte état , &c mourut , ou
plutôt s'éteignit ^ prefque fans fouf-
france.
C
JO L* O N A N I S M E.
J'ai vu depuis un autre exemple ter-
rible dexette rigidité totale &c mortel-
le 5 qui mérite bien d'être rapporté.
Je fus demandé le 10 Février 1760 ,
pour voir , à la campagne , un hom-
me de quarante ans qui avoit été très-
fort & très-robufte , mais qui avoit
fait beaucoup d'excès en femmes & en
vin , & qui s'étoit fouvent exercé à ce
qu'on appelle des tours de force. Son
mal avoit commencé , il y avoit plu-
lîeurs mois , par une foiblefle dans les
jambes qui le faifoit chanceler en mar-
chant ? comme s'il avoit trop bu } il
tomboit quelquefois 5 même en fe pro-
menant dans la plaine ; il ne pouvoit
defcendre les degrés qu'avec beaucoup
de peine, & il n'ofoit prefque plus
fortir de fon appartement. Ses mains
trembloient beaucoup • il ne pouvoit
écrire quelques mots qu'avec beau-
coup de difficulté > & il les écrivoit
très-mal ; mais il diétoit aifément >
quoique fa langue , qui n'avoit jamais
eu une bien grande volubilité, com-
mençât à en avoir un peu moins. Sa
mémoire le fervoit bien ; 8c la feule
chofe qui put faire foupçonner quel-
que léfion dans les facultés, c'eft qu'il
c
h O N A N ï S M E* J I
étoit moins attentif au /*# de Dames,
& que fa phyfionomie étoit afTez chan-
gée 5 il avoit de l'appétit & il dor-
moit , mais il avoit un peu de peine à
fe tourner dans le lit.
Il me parut que les excès en femmes
8c en vin étoient la caufe première du
mal , & je penfois que les tours de
force qu'il avoit fouvent faits , pou-
voient être la caufe de ce que les muf-
clés étoient plus particulièrement atta-
qués. La faifon étoit peu favorable aux
remèdes , mais il ralloit cependant
chercher à arrêter les progrès du mal ;
je lui confeillai des frictions de tout le
corps avec de la flanelle & quelques
fortifiants ; je me propofois d'en aug-
menter les dofes , & de leur joindre
-lïifage du bain froid , dans le com-
mencement de l'été ; au bout de quel-
ques femaines le tremblement des
mains paroifloit un peu diminué. Il j
eut une confultation au mois d'Avril:
on attribua le mal à ce que le malade
avoit écrit pendant quelques mois , il
y avoit deux ans 3 dans une chambre
nouvellement recrépie ; on employa
des bains tiedes, des fri&ions graif-
feufes p des poudres qu'on dit être dia-
Cij
5 Z L O N A N I S M E.
phoréciques & antifpafmodiques, il ne
furvint aucun changement. Au mois de
Juin une féconde confulration décida
qu'il iroit prendre les eaux de Leuk
en Valais : au recour il avoir plus de
rremblemenr & plus de roideur. De-
puis lors ( Septembre 1750 ) , jufques
au mois de Janvier 1764, je ne l'ai
revu que trois ou quatre fois. En 1762 ,
fur la foi de je ne fçais quelle annon-
ce y il fit venir de Francfort les remèdes
de XOnania ^ qui n'opérèrent rien. Il
en prit, l'année dernière, d'un Méde-
cin étranger avec aulli peu de fuccès.
Le mal a fait , dès le commencement ,
des progrès lents , mais journaliers ;
& plufîeurs mois avant fa mort il ne
pouvoit plus fe foutenir fur fes jambes ;
il ne pouvoit plus remuer feul les bras
ni les mains \ l'embarras de la langue
augmenta , Se il perdit tellement la
voix , qu'on ne pouvoit l'entendre
qu'avec beaucoup de peine ; les muf-
cles exrenfeurs de la tête la laiflToient
continuellement tomber fur la poitri-
ne } il avoit toujours de l'inquiétude
dans les reins ; le fommeil de l'appétit
diminuèrent fuccefîivement : les der-
niers mois de fa vie il avoit beaucoup
L* OnAnisme, 5 j
de peine a avaler } depuis Noël il fur-
vint de l'opprefîïon , avec une fièvre
irréguliere ; les yeux s'éteignirent fin-
guliéremenr : il patfbit , quand je le
revis , au mois de Janvier ? tout le
jour & une grande partie de la nuit
fur un fauteuil , panché en arrière , les
jambes étendues fur une chaife , la tête
tombant à chaque inftant fur la poi-
trine , ayant toujours une perfonne
debout auprès de lui , fans cefTe occu-
f)ée à le changer d'attitude ,, à lui re-
ever la tête , à l'alimenter , à lui donner
du tabac 5 à le moucher, & à écouter
attentivement tout ce qu'il difoit. Les
derniers jours de fa vie il étoit réduit
à prononcer lettre par lettre , 8c on
les écrivoit à mefure qu'il les pronon-
çoit. Voyant que je ne lui donnois
aucune efpérance , & que je n'em-
ployois que quelques lénitifs pour l'op-
preffion & la fîevre , prefle par le defîr
de vivre , il fit à un de fes amis. , pour
venir me la faire tout de fuite , la
confidence de la caufe à laquelle il
attribuoit tous fes maux , en lui
avouant que c'étoit la mafturbation ;
qu'il avoit commencé cette infamie il
y avoit plusieurs années ; qu'il l'avoir
C iij
54 l'Onanisme,
continuée aufli long-temps qu'il Pavoit
pu , & qu'il avoit fenti croître fes
maux à mefure qu'il s'y livroit. Il me
confirma cet aveu quelques jours après \
8c c'eft ce qui l'avoir déjà déterminé à
employer les remèdes de l'Onania.
L'excès dans les plaifirs de l'amour
ne produit pas feulement des maladies
de langueur ; il jette quelquefois dans
des maladies aiguës \ &C toujours il dé-
range celles qui dépendent d'une autre
caufe ; il produit très-aifément la ma-
lignité , qui n'eft 3 félon moi , que le
défaut de forces dans la nature. Hippo-
crate nous a déjà laiflTé , dans fes his-
toires des maladies épidémiques , l'ob-
fervation d'un jeune homme qui y
après des excès vénériens &c vineux 5
fut attaqué d'une fièvre accompagnée
des fymptômes les plus fâcheux , les
plus irréguliers > & enfin mortelle (i).
Tout ce que M. Hoffman dit fur
cette matière mérite d'être rapporté.
Après avoir parlé du danger des plai-
iîrs de l'amour , pour les blefTés , il
examine celui que courent les perfon-
nes qui ont la fièvre en s'y livrant , &
(i) Epid. 1. 3 , feû. 5 , a?g. 16 , Fofcï. p. 1117.
l* Onanisme 55
commence par citer une obfervation
de Fabrice de Hilden , qui dit qu'un
liomme ayant eu commerce avec une
femme, le dixième jour d'une pleu-
réfie qui avoit été terminée le feptieme
par des fueurs abondantes , il fut atta-
qué par une forte fièvre & un trem-
blement confidérable , & mourut le
treizième jour. Il donne enfuite l'hif-
toire d'un homme de cinquante ans ,
goutteux , & livré aux femmes & au
vin , qui dans les premiers jours de
la convalefcence d'une faufTe pleuré-
fie, fut attaqué, immédiatement après
le coït , d'un tremblement général ,
avec une rougeur exceffive au vifage ,
la fièvre , & tous les fymptômes de la
maladie dont il relevoit , mais beau-
coup plus violemment que la première
fois , & il fut dans un bien plus grand
danger. Il parle d'un homme qui ne
fe livroit jamais à des excès vénériens
fans avoir une fièvre d'accès pendant
plufieurs jours. Il finit par une obferva-
tion de Bartholln qui vit un nouveau
marié attaqué le lendemain de (es
noces , après des excès conjugaux, d'une
fièvre aiguë, avec un grand abatte-
ment , des défaillances , des fouléve-
C iv
$6 l Onanisme*
ments d'eftomac , une foif immodérée,,
àes rêveries, finfomnie & beaucoup
d'inquiétudes : il guérit par le repos
& quelques fortifiants (i).
N. Chefneau vit deux jeunes mariés
attaqués 5 la première femaine de leur
noce y d'une violente fièvre continue ,
avec une rougeur & un gonflement
confîdérable du vifage : l'un des deux
avoit une violente douleur au crou-
pion : ils périrent Pun & l'autre, au
bout de peu de jours (2).
M. V andermonde décrit une fièvre
produite par la même caufe , qui fut
auffi très-longue > & accompagnée des'
accidents les plus effrayants, mais donr
l'ifïue fut plus heureufe que dans le
malade d'Bippocrate. Je ne rappor-
terai pas ici la description qu'il en
donne , parce qu elle eft un peu lon-
gue , mais je confeille aux Médecins
de la lire dans l'ouvrage même , qui
aujourd'hui fe trouve par-tout ; je par-
lerai plus bas du traitement. M. de
Sauvages peint cette maladie fous le
nom de fièvre ardente des épuifes ; le
(i)De raorb. ex nim. vener. §. 10 , îr.
(1) Nie. Chesneau , obferv. medic. lib. quinque ,
1. 5, obf. 36, 37-
l'Onanisme. 57
pouls eft tantôt fort Se plein , tantôt
foible Se petit ; les urines font rouges ,
la peau feche ÔC chaude , la foif confi-
dérable } ils ont des naufées > Se ne
peuvent point dormir (1).
J'ai vu, en \-]6\ Se 1761, deux
jeunes hommes très-fains , très forts ,
très-vigoureux , qui furent attaqués ,
l'un le lendemain, l'autre, la féconde
nuit de leurs noces , fans aucun frilfon ,
d'une fièvre très-forte , avec le pouls
vite Se dur , des rêveries , beaucoup de
légers mouvements convulfifs , une
inquiétude infoutenable , Se la peau
très-feche } le fécond avoit beaucoup
d'altération , Se beaucoup de peine à
uriner. Je penfai d'abord que l'excès
du vin pouvoir auiïî ^jvoir quelque part
à ces accidents , mais je fus pleine-
ment difiTuadé , au moins pour le fé-
cond. Ils furent guéris l'un Se l'autre
au bout de deux jours , circonftance
qui , jointe à l'époque de la maladie ,
& à fts cara&eres , ne laiflfe aucun
doute fur fa caufe.
De triftes obfervations m'ont ap-
pris que les maladies aiguës dans les
(l) Nofûlog. t, 1 , pa ICI.
Cv
5 8 h O N A N I S M E.
mafturbateurs étoient très - dangereu-
£es 'y leur marche eft ordinairement ir-
réguliere , leurs fymptômes bizarres ,
leurs périodes dérangées ; l'on ne trou-
ve point de refïburces dans le tempé-
rament, l'art eft obligé de tout faire ;
6 comme il ne procure jamais de cri-
tes parfaites, quand , après beaucoup de
peine , la maladie eft furmontée , le
malade refte dans un état de langueur
plutôt que de convalefcence, qui exi-
ge une continuation de foins les plus
affidus, pour empêcher qu'il ne tom-
be dans quelque maladie chronique y
8c je vois que Fonfeca avoit déjà averti
de ce danger. Plusieurs jeunes gens ,
dit-il, même très-robuftes , font atta-
qués après des excès avec les femmes ,
dans une même nuit, ou d'une fièvre
aiguë qui les tue , ou ils tombent dans
des maladies fâcheufes , dont ils ont
beaucoup de peine à guérir; car quand
le corps eft affoibli par d^s excès vé-
nériens , s'il eft attaqué par quelque
maladie aiguë , il n'y a point de re-
mède (i).
Un jeune garçon qui n'avoir pas en-
Ci ) De faniute tuendâ , p. no.
l' Onanisme. 59
core feize ans s'étoit livré à la maftur-
bation avec tant de fureur , qu'enfin
au lieu de fperme il n'avoit amené
que du fang , dont la fortie fut bien-
tôt fuivie de douleurs exceflives , &
d'une inflammation de tous les orga-
nes de la génération ; me trouvant par
hafard à la campagne, on me conful-
ta ; j'ordonnai des cataplafmes extrê-
mement émollients , qui produifirent
l'effet que j'en attendois; mais j'ai ap-
pris depuis , qu'il étoit mort peu de
temps après de la petite vérole ; ôc je
ne doute point que les atteintes, qu'il
avoit portées à fon tempérament , par
{es infâmes fureurs , n'aient beaucoup
contribué à rendre cette maladie mor-
telle. Quel avis aux jeunes gens!
Tous ceux qui ont fouvent occafion
de traiter le mal vénérien fçavent que
dans les fujets ufés par la fréquence
des débauches , il devient fréquem-
ment mortel. J'ai vu les plus affreux
fpe&acles en ce genre.
M. Morgagni , dit que de trop fré-
quentes idées vénériennes fufïifenc
pour produire des varicoceles , ôc des
hydroceles , qui font ? fouvent , des
maladies fâcheu fes.
C vj
éo l'Onanismï,
SECTION V.
Suites de la majlurbation cke^ les
femmes.
Les obfervations précédentes pa-
roifiTent toutes , fi Ton en excepte celle
de M* Stehelin 5 regarder principale-
ment les hommes; ce feroit traiter in-
complettement cette matière ,. que de
ne pas avertir le fexe , qu'en courant
la même carrière de mauvaifes œuvres ,
il s'expofe aux mêmes dangers ; que
plus d'une fois il s'efl; attiré tous les
maux que. je viens de décrire, &r que
tous les jours les femmes livrées à cette
luxure périffent miférablement fes vi-
ctimes. LOnania Anglois eft rempli
d aveux , quon ne lit point lans être
faifi d'horreur & de compaflion ; le
mal paroît même avoir plus d'activité
dans le fexe que chez les hommes.
Outre tous les fymptômes que j'ai déjà
rapportés , les femmes font plus particu-
lièrement expofées à des accès d'hyfté-
rie ou de vapeurs, affreux; à des jau-
nifles incurables ; à des crampes cruel-
les de l'eftomac & du dos; de vives
l'Onanisme. 61
douleurs de nez -y à des pertes blanches,
dont lacreté eft une fource continuelle
de douleurs les plus cuifantes ; à des
chûtes, à des ulcérations de matrice,
& à toutes les infirmités que ces deux
maux entraînent ; à des prolongements
& à des dartres du clitoris -y a des fu-
reurs utérines qui , leur enlevant à la
fois la pudeur 8c la raifon , les met-
tent au niveau des brutes les plus lafci-
ves , jufqu'à ce qu'une mort défefpérée
les arrache aux douleurs 8c à l'infamie.
Le vifage , ce miroir fidèle de l'état
de Pâme 8c du corps , eft le premier à
nous faire appercevoir des dérange-
ments intérieurs. L'embonpoint 8c le
colons , dont la réunion forme cet air
de jeuneflTe , qui feul peut tenir lieu
de beauté , fans lequel la beauté ne
produit plus d'autre imprefîion , que
celle d'une admiration froide ; l'em-
bonpoint , dis-je , 8c le coloris difpa-
roiflent les premiers; la maigreur , le
plombé du teint 9 la rudeffe de la peau
leur fuccedent immédiatement ; les
yeux perdent leur éclat , feterniffent,
8c peignent par leur langueur celle de
toute la machine } les lèvres perdent
leur vermillon , les dents leur blan-
6l L O N A N I S M E.
cheur , 8c enfin il n'eft pas rare que la
figure reçoive un échec confidérable
par la déformation totale de la taille.
Le rhachitis , ce qu'on appelle commu-
nément la noueure , n'eft pas uae ma-
ladie qui , comme l'a écrit le grand
Boerhaave , n'attaque jamais depuis
l'âge de trois ans. L'on voit commu-
nément des jeunes gens de l'un & de
l'autre fexe , mais fur -tout parmi les
femmes , qui ^ après avoir été bien
faits jufqu'à 8,10,12,14, même 1 6
ans , tombent peu à peu dans un dé-
rangement de la taille par la courbure
de l'épine, &le défordre devient quel-
quefois très-confidérable. Ce n'eft pas
ici la place des détails de cette mala-
die , ni de l'énumération des caufes
qui la produifent. Hippocrate en a déjà
indiqué deux ( 1 ). J'aurai peut-être
occafion de communiquer dans un
autre ouvrage ce que plusieurs obfer-
vations m'ont appris là deflus ; mais
ce que je dois dire ici , c'eft que parmi
ces caufes la mafturbation occupe un
des premiers rangs (2).
(0 Aphor. feft. 6 ,46.
(1) L'on trouve dans les collecteurs ci'obfervations
chirurgicales . quelques exemples de maladies arFreu-
l'Onanisme. 6$
M. Hoffman avoit déjà dit que les
jeunes gens qui fe livrent aux plaifirs
de l'amour avant que d'avoir fait leur
crue y maigrifïbient & décroiîToient
au lieu de croître ( i ) ; & Ton fent
qu'une caufe , qui peut empêcher l'ac-
croiiTement , doit à plus forte raifon
en troubler l'ordre , & produire ces
inégalités dans fa marche , qui con-
tribuent à la maladie dont je parle.
Un fymptôme commun aux deux
fexes , &c que je place dans cet article ,
parce qu'il eft plus fréquent chez les
femmes , c'eft l'indifférence que cette
infamie laiflfe pour les piaifirs légitimes
de l'hymen 5 lors même que les defirs
& les forces ne font pas éteints : indif-
férence qui non -feulement fait bien
des célibataires , mais qui fouvent
pourfuit jufques dans le lit nuptial.
Une femme avoue , dans la colle&ion
du Dodeur Bckkcrs , que cette ma-
res de la veffie chez de jeunes filles qui fe les étoient
attirées par leurs odieufes manœuvres -, les inftru-
ments, qu'elles employoient leur ayant échappé , pafTe-
rent dans la veffie , & leur occasionnèrent des douleurs
atroces, & la mort. Morgagni defedib» & cauf. morbor*
epift. 42 , §. i9& 20.
(1) Dea^ateconjugio opporuuiâ, §. 10 , fupplem.
fecund. p. 340. Toute cetce diifertation mérite d'être
lue , quoiqu'elle pût être mieux faite.
64 t* Onanisme.
nœuvre a pris tant d'empire fur Tes
fens , qu'elle détefte les moyens légi-
times d'amortir l'aiguillon de la chair.
Je connois un homme qui , inftruit à
ces abominations par fon précepteur >
éprouva le même dégoût dans les com-
mencements de fon mariage , & l'an-
goiife de cette fituation jointe à l'épui-
fement dû à fes manœuvres , le jetta
dans une profonde mélancholie, qui
céda cependant à l'ufage des remèdes
nervins & fortifiants.
Avant que d'aller plus loin , qu'on
me permette d'inviter les pères & les
mères à réfléchir fur Poccafion du mal-
heur de ce dernier malade > & il en eft
plus d'un dans le même cas. Si Ton
peut être trompé à ce point dans le
choix de ceux à qui l'on confie le foin
important de former l'efprit & le cœur
des jeunes gens , que ne doit-on pas
craindre , & de ceux qui n'étant defti-
nés qu'à développer leurs talents corpo-
rels font examinés moins rigoureufe-
ment fur les mœurs , &c des domefti-
ques qu'on engage fouvent fans s'in-
former s'ils en ont ? Le jeune enfant
dont j'ai parlé d'après M. Rajî y fut
inftruit au mal , comme on Ta vu , par
I,'On ANISML 6}
6ne fervante} la colleftion angloife
eft pleine d'exemples pareils } 8c je ne
poarrois produire qu'un trop grand
nombre de jeunes plantes perdues par
le jardinier auquel on avoit confié le
foin de leur tournure. Il eft dans cette
efpece de culture, des jardiniers de
deux fexes ? Quels remèdes , me dira-t-
on , à ces maux ? La réponfe fort de
mafphere , je la ferai courte. Apporter
la plus grande attention au choix d'un
précepteur, & veiller fur lui &c fur fon
élevé avec cette vigilance qui , dans
un père de famille attentif & éclairé 3
découvre ce qui fe fait dans les endroits
les plus obfcurs de fa maifon > de cette
vigilance qui découvre le bois du cerf
échappé à tous les autres yeux 5 & qui
eft toujours polïible quand on veut
fortement l'avoir.
Boetrit enim fabula dominum videre plurimum m
rébus fuis. Phed.
Ne laiffcr jamais les jeunes gens
feuls avec les maîtres fufpedts ; empê-
cher tout commerce avec les domefti-
ques.
Il n'y a pas long-temps qu'une fille
âgée de dix-huit ans , qui avoit joui
66 l'Onanisme,
d'une très-bonne fanté ? tomba dans
une foibleffe étonnante y fes forces di-
minuoient journellement , elle étoit
tout le jour accablée par l'affoupiffe-
ment 5 & la nuit par Finfomniej elle
n'avoit plus d'appétit , & une enflure
œdémateufe s 'étoit répandue par tout
le corps : elle confulta un habile Chi-
rurgien , qui, après s'être afïuré qu'il
n'y avoit point de dérangements dans
les règles , foupçonna la mafturbation.
L'effet j que produifit fa première que-
ftion , lui confirma la juftefle de {on
foupçon , & l'aveu de la malade le
changea en certitude ; il lui fit fentir le
danger de cette manœuvre , dont la
ceflacion Se quelques remèdes ont ar-
rêté en très-peu de jours les progrès du
mal , & produit même quelque aman-
dément.
Outre la mafturbation ou la fouil-
lure manuelle , il eft un autre fouillure
qu'on pourroit appeller clïtoridiennc y
dont l'origine connue remonte jufqu'à
la féconde Sapho y
Lcsbides ^ infamem qua? me feciflis , amata? 5
& qui trop commune parmi les fem-
mes de Rome , à l'époque où toutes les
l'Onanisme. 67
mœurs s'y perdirent, fut plus d'une
fois l'objet des Epigrauimes & des
Satyres de ce fiécle.
Lenonum ancillas pofîta Laufella coiona
Provocat , & tollit pendentis pra»mia coxa%
Ipfa Medulliwa fri&um crifTantis adorât*
Palmam intcr dominas virtus notalibus squat ( 1).
La nature , dans fes jeux , donne a
quelques femmes une demi- reflem-
blance aux hommes , qui , mal exami-
née , a fait croire pendant bien des fic-
elés à la chimère des hermaphrodites*
La taille furnaturelle d'une partie très-
petite à l'ordinaire , & fur laquelle M.
Tronchin a donné une fçavante Di(Ter-
tation, opère tout le miracle, & l'abus
odieux de cette partie , tout le mal.
Giorieufes peut-être de cette efpece de
reffemblance , il s'eft trouvé de ces fem-
mes imparfaites qui fe font emparées
des fondions viriles. (2) Le danger
n'eft cependant pas moindre que dans
(1) Juvev. Sat. VI , v. 311.
(i) Mas dixit Gracia Tribades, Gallis dicuniur
Ri b AU de s : monftrum quoiidie nafeens , & cui eo con~
fidentiùs fefe tradunt puelU , quod abeft foecunditas ^
& Ut dtxit JUVENALIS ,
quod abonivo non cft opus*
et L* O N A N I S M 1.
les autres moyens de fouillure ; les fui-
tes en font également affreufes. Toutes
ces routes mènent à l'épuifement , aux
langueurs , aux douleurs , à la mort.
Ce dernier genre mérite d'autant plus
d'attention qu'il eft fréquent de nos
jours , & qu'il feroit aifé de trouver
plus d'une Laujfella & d'une Medul-
lina, qui, comme ces Romaines, efti-
ment affez les dons de la Nature, pour
croire qu'ils doivent faire difparoître
les différences arbitraires de la naif-
fance.
L'on a vu , fouvent des femmes ai-
mer des filles avec autant d'empreffe-
méiit que les hommes les plus paffioil-
nés , concevoir même la jaloufîe la
plus vive , contre ceux qui paroifloient
avoir de l'affeftîon pour elles.
Il efi: temps de finir de fi triftes dé-
tails y je me îa(fe de peindre les turpi-
tudes & les miferes de l'humanité. Je
n'accumulerai pas ici un plus grand
nombre de faits j ceux qui me reftent
trouveront naturellement leur place
ailleurs , & je paife à l'examen des
cauies , après cette obfervation géné-
rale } c'eft que les jeunes gens nés avec
une conftitiuion foible , ont , à parité
l'Onanisme, 6$
de crimes , bien plus de maux à redou-
ter , que ceux qui font nés vigoureux.
Aucun n'évite le châtiment, tous ne
l'éprouvent pas également févere. Ceux
fur tout qui ont à craindre l'hérédité
de quelques maladies paternelles ou
maternelles, qui font menacés de la
goutte , du calcul , de l'he£tifîe , des
écrouelles > qui ont eu quelques attein-
tes de toux , d'afthme , de crachements
de fang , de migraines , d'épilepfie ,
qui ont du penchant à cette efpece de
noueure dont j'ai parlé plus haut ; tous
ces infortunés , dis-je , doivent être
intimement perfuadés , que chaque
adte de ces débauches porte une forte
atteinte à kur constitution , hâte à
coup sûr l'apparition des maux qu'ils
craignent , en rendra les accès infini-
ment plus fâcheux , & les jettera , à la
fleur de leur âge , dans toutes les infir-
mités d'une vieilleffe la plus languif-
fante.
Tartareas vivum confiât inire vias,
*&>
70
i/ O N A N I S M £
*
ARTICLE
Les Caufcs.
IL
SECTION VI.
Importance de la liqueur féminale.
o m m e n t une trop grande émif-
fion de femence produit-elle tous les
maux que je viens de décrire ? c'eft
ce que je dois examiner actuellement.
On peut réduire ces caufes à deux ,
la privation de cette liqueur , & les
circonftances qui en accompagnent l'é-
miffion. Le détail anatomique des or-
ganes qui la féparent , les conjectures
plus ou moins probables fur la façon
dont fe fait cette féparation , les ob-
fervations fur ùs qualités feniibles ,
feraient autant d'objets déplacés dans
cet ouvrage. Il ne s'agit que de prouver
ion utilité par les témoignages des Mé-
decins les plus refpe&ables > j'en ai déjà
rapporté quelques-uns > ôc de déter-
l'Onanisme. 71
miner fes effets fur le corps. La fe-
ftion fuivante fera deftinée à l'examen
des effets que doivent produire les
circonftances qui accompagnent l'é-
mifîion.
Hippocrau a cru qu elle fe féparoit
de tous le corps , mais fur-tout de la
tête. La femence de l'homme vient ,
dit-il , de toutes les humeurs de (on
corps , elle en eft la partie la plus im-
portante. Ce qui le prouve c'eft la foi-
oleffe qu'éprouvent ceux qui en per-
dent par l'union charnelle 5 quelque
petite que foit la do(e qu'ils en per-
dent. Il y a des veines & des nerfs qui
de toutes les parties du corps vont fe
rendre aux parties génitales ; quand
celles-ci fe trouvent remplies & échauf-
fées , elles éprouvent un prurit , qui fe
communiquant dans tout le corps , y
porte une impreilîon de chaleur & de
plaifîr ; les humeurs entrent dans une
efpece de fermentation , qui en fépare
ce qu'il y a de plus précieux & de plus
balfamique, 6c cette partie, ainfî fépa-
rée du refte , eft portée par la moelle
de l'épine aux organes génitaux (1).
( 1) De Genicura , Foef. p. i j i .
JX i/ O N A M I S M E.
Galien adopte ces idées. Cette humeur
dit-il , riejl que la partie la plus fubtile de
toutes les autres , elle a fes veines & fes
nerfs qui la portent de tout le corps aux
teflicules (i). En perdant la femence , dit-
il ailleurs , onperd en même temps Vefprit
vital ; ainfi il neft point étonnant quun
jçoït trop fréquent énerve ^ puifqu il prive le
corps de ce qu'il a de plis pur (2). Le
même auteur nous a confervé dans
fon hiftoire de la Philo fophie, les opi-
nions de différents Philofophes an-
ciens fur ce fujet : qu'on me permette
de les rapporter ici. Ariflote > dont les
ouvrages phyiîques feront eftimés tant
qu'on connoîtra le prix des obferva-
rions , & le mérite & la difficulté qu'il
y a à en ouvrir la carrière , l'appelle
t excrément du dernier aliment , ( ce qui
fignifie en termes plus clairs , la partie
la plus perfectionnée de nos alimens , )
qui a la faculté de reproduire des corps
femblakles à celui qui C a produit* Pytha-
gore dit que c'eft la fleur dufang le plus
pur. Alcmccon fon élevé , Phyfîcien &
Médecin diftingué , lun des premiers
qui aient connu l'importance de diffe-
!
1) De Speimate, 1. i , c. c. t. 8 , p. x *ç.
i) De Seminc , 1. ï.c^y, 1. 1 , p. xzSi.
quer
t* O N A N I S M E. 7$
qu?r les animaux , &c celui des Philofo-
phes payens qui paroît avoir eu les
idées les plus vraies de la nature de
l'ame, Alcmœon , dis je , la regardoit
comme une portion du cerveau , & il n'y
a que deux ou trois ans , qu'un Méde-
cin célèbre a adopté &c amplifié ce fy-
ftême ; il indique les partages par lef-
quelsle cerveau va aux tefticules , qu'il
regarde comme cLqs ganglions , & non
pas comme des glandes , 3c c'eft par la
dillipation du cerveau qu'il explique
tous les phénomènes de l'épuifemenç
vénérien.
Platon envifageoit cette liqueur
comme un écoulement de la moelle de
T épine. Démocrite penfoit comme Hip-
pocrate & Galien. Epicure, cet homme
refpeétable , qui a connu mieux que
perfonne que l'homme n'étoit heureux
que par les plaifirs , mais qui en mê-
me temps a fixé ces plaifirs par des rè-
gles que le héros chrétien ne défa-
voueroit pas ; Epicure dont la doétrine
a été fi cruellement défigurée 5c déni-
grée par les Stoïciens , que ceux qui
ne l'ont connue que par leur canal s'y
font laiffe uirprendre , &c ont pris pour
un débauché, dit M. de Fénélon, un
D
47 l'Onanisme,
homme- d'une continence exemplaire ,
& dont les mœurs ont toujours été très-
réglées , j'ajouterai , dont les princi-
pes font la cenfure la plus févere des
dogmes de fes prétendus fe&ateurs
modernes, qui ne connoiffant de lui ,
que fon nom , en abufent indignement
pour autorifer des fyftêmes d'infamie y
qu'il abhorreroit , & dont les fages ,
qui aiment le vrai J ne doivent pas
permettre qu'on déshonore la mémoi-
re , fi tant eft que des gens perdus
puiiTent déshonorer quelqu'un j £fi-
cure y dis -je, regardoit la femence
comme une parcelle de Came & du corps ,
& fondoit , fur cette idée , les précep-
tes qu'il donnoit de la conferver foi-
gneufement.
Quoique pîufîeurs de ces fentiments
différent, en quelque chofe, tous prou-
vent combien l'on a cru cette humeur
précieufe.
L'on a demandé, eft -elle analogue
à quelqu'autre humeur ? Eft-ellela mê-
me , que ce liquide , qui , fous le nom
d'efprits animaux , parcourt les nerfs ,
concourt à toutes les fondions un peu
importantes de la machine animale, Se
dont la dépravation produit une infi-
l'Onanisme. 75
nité de maux , fi fréquents & fi bizar-
res ? Pour répondre positivement à
cette queftion , il faudrait connoître
intimement la nature de ces deux hu-
meurs. Nous fommes loin de ce de^ré
de connoiflance , &c nous n'avons à
oropofer que d'ingénieufes & de pro-
bables conjectures.
L'on comprend aifèment , dit M. Hoff-
man , comment il y a un rapport fi étroit
entre le cerveau & les tefzicules ; puifque
ces deux organes fèparznt , du fang , la
lymphe la plus fubtile & la plus exquife y
qui ejl definée à donner la force & le
mouvement aux parties , & âfervir même
aux fondions de tame. Aujfi il ejl impof-
Jlble , quune dijfipation trop abondante
de ces liqueurs ne détruife pas les forces
de Famé & du corps (1). Le liquide Jé-
minal^ dit-il ailleurs 5 fe diflribue com-
me les efprits animaux fêparès par le cer-
veau , dans tous les nerfs du corps : il
paroît être de la même nature ; de - là
vient y que plus on en difjipe , moins il
fe fépare de ces efprits. M. de Gorter eft
dans la même idée : lefperme ejl la plus
parfaite & la plus importante des liqueurs
(1) Mêm« endroit , Caf. lot , p. 293.
Dij
7<? l'Onanism e.
animales , la plus travaillée > le rèfultat
de toutes les digejlions 'y fort intime rap-
port avec les efprits animaux prouve ,
que , comme eux 5 elle tire fon origine
dzs humeurs les plus parfaites (i). En
un mot il paroît par ces témoignages ,
6: par une foule d'autres qu'il feroic
inutile de citer , que c'eft une liqueur
extrêmement importante , qu'on pour-
roit appelles: Ihuile cffentielle des li-*-
queurs animales , ou plus exactement
peut-être Vefprit recleur , dont la dif-
(ipation laifle les autres humeurs foi-
bles , ôc y en quelque façon , évenr-
tées.
Quelle que foit , dira-t-on , l'im-
portance de cette humeur , puifqu'elle
eftdépofée dans fes réfervoirs 5 de quel
ufage peut-elle être au corps ? L'on
accorde y qu'une trop grande évacua-
tion des humeurs qui circulent actuel-
lement dans les vaifleaux , qui par-là
même, fournirent à la nutrition , telles
que le fang , la férofité, la lymphe,
(i) Deperfpirationeinfenfibili , c. ij , §. 5 > p. nj>
En 1710 le DodteurG. A. Jacques foutinc à Paris
«ne Thefe fur cetre queftion : *dn humorum prœftaniior
ftmen } & , fuivanc l'ufage , il répondit affirmative-»
mène.
L O N A N I S M E. 77
&c, doit affoiblir; mais il eft plus dif-
ficile de comprendre comment une
humeur , qui ne circule plus, qui eft
ifolée,peut produire cet effet. Je ré-
ponds d'abord, que des exemples fem-
blables , & trop fréquents pour n'être
pas généralement connus , auroient dû
prévenir cette objection. Il n'y a per-
fonne qui n'ait vu, qu'une évacuation
de lait pour me borner à celle-ci , quoi-
que médiocre & peu longue , affoiblit >
a un point dont les influences fe font
quelquefois reffentir pendant le refte
de la vie , une nourrice dont la ianré
n'eft pas vigoureufe , &c que la plus
robufte fuccombe au bout d'un certain
terme, La raifon en eft fenfible ': en
vuidant trop fouvent les réfervoirs
deftinés à recevoir quelque liqueur ,
l'on détermine les humeurs > par une
fuite néceftaire des loix de la machi-
ne , à y affluer en plus grande abon-
dance : cette fécrétion devient excef-
five ; toutes les autres en fouffrent ,
fur- tout la nutrition , qui n'eft qu'une
efpece de fécrétion ; l'animal languit
ôc s'affoiblit. Mais , en fécond lieu , il
y a pour la femence une réponfe ,
qui n'a pas Heu pour le lait : le lait eft
Diij
y S l'Onanisme.
une liqueur Amplement nutritive , dont
la trop grande fécrétion ne nuit qu'en
diminuant trop la quantité des hu-
meurs : la femence eft une liqueur
aérive, dont la préfence produit des
effets néceffaires au jeu des organes 9
qui cefle , fi on l'évacué : une liqueur ,
par-là même , dont l'émifiion fuper-
flue nuit par un double endroit. Je
m'explique: il eft des humeurs, tel-
les font la fueur & la tranfpiration ,
qui abandonnent le corps au mo-
ment où elles font féparées des au-
tres humeurs, & expulfées des vaif-
feaux de la circulation. Il en eft d'au-
tres , telle eft l'urine , qui , après cette
fcparation &: cette expulfion , font re-
tenues pendant un certain temps dans
des réfervoirs deftinés à cela, & donc
elles ne fortent , que quand elles font
en afiTez grande quantité pour exciter ,
fur ces réfervoirs, une irritation , qui
les force méchaniquement à fe vuider.
Il en eft detroiiiemes , qui font fépa-
rées Se retenues , comme les fécondes ,
dans des réfervoirs , non point dans
la vue d'être , du moins entièrement,
évacuées } mais pour acquérir , dans
ces réfervoirs , une perfection qui les
L O N A N I S M Ê. 7^
rend propres à de nouvelles fondions 5
quand elles rentrent dans lamaffe des
humeurs. Telle eft: , entre plufïeurs
autres , la liqueur génitale. Séparée
dans les tefticules, elle paflfe de-là par
un canal affez long , dans les véficubs
féminales , & eft conftamment repom-
pée par les vaifTeaux abforbants 5 & ,
de proche en proche > rendue à la
maiTe totale des humeurs. C'eft une
vérité que l'on démontre par bien <\qs
preuves ; une feule fuffit. Dans un
homme fain , la féparation de cette
liqueur fe fait continuellement dans
les tefticules ; elle fe rend dans fes
réfervoirs , dont l'étendue eft très-bor-
née , &c ne peut peut-être pas en con-
tenir tout ce qui fe fépare dans un
jour ; cependant il eft des hommes
continents qui n'en évacuent point
pendant des années entières. Que de-
viendroit-elle (i elle ne rentroit pas
continuellement dans les vaiflTeaux de
la circulation ? Rentrée qui eft extrê-
mement facilitée par la ftru&ure de
tous les organes qui fervent à la fépa-
ration , à la route & à la confervation
de cette humeur. Les veines y font
beaucoup plus confidérables que les
Div
£o L* O N A N I S M £y
artères , & cela dans une proportion
qui ne fe trouve point auili grande
ailleurs (i). Aufîi il eft probable que ce
repcrnpement ne fe fait pas feulement
dans les véficules féminales , mais qu'il
a déjà lieu dans les tefticules 3 dans les
épididymes , qui font une efpece de
premier réfervoir adhérent aux tefti-
cules ^ & dans le canal déférent , qui
eft celui par lequel la femence va du
tefticule à la véficule féminaire.
Galien avoir fçu que les humeurs
s'enrichiiîent de la femence retenue >
quoiqu'il en ignorât le méchanifme :
Tout en eft plein y dit-il , cke^ ceux qui
m commercent pas avec les femmes ; Von
nen trouve pas che^ ceux qui fe livrent
Couvent à ce commerce. Il fe donne en-
fuite beaucoup de peine pour décou-
vrir comment une petite quantité de
cette humeur peut donner autant de
force au corps \ enfin il décide , quelle
tfl d'une vertu exquife , & quainfi elle
(i) J'adopte ou je parois adopter ici le fyftême
commun que les veines ordinaires abforbent ^ dans le
fyitême de M. Hunter. , qui croit que l'abforption ne
fe fait que par les veines lymphatiques , les parties
génitales font également propres à une très-grande ab-
sorption , puifque les vaiileaux de cette efpece y font
ucs abondants,
l'Onanisme, 8i
peut communiquer tres-promptement de fa
force à toutes les parties du corps (j). Il
prouve enfuite par plufîeurs exemples,
qu'une petite caufe produit fouvent
de grands effets, &c conclut enfin : Efl-
il donc étonnant que les teficuhs fournif
fent une liqueur propre à répandre une
nouvelle vigueur fur tout le corps ? Le cer-
veau produit bien les fenfations & les
mouvements , & le cœur donne aux artè-
res la force de battre ! Je finirai cette
fection par rapporter ce que dit delà
femence l'un des plus grands hommes
de ce fîécle. La Jemence ejl gardée dans
les véfcules feminaïres jufquà ce que
r homme en faffe ufage , ou que les écoule-
ments nocturnes Ven privent. Pendant
tout ce temps-là , la quantité qui s y en
trouve , excite V animal à l'acte vénérien ;
mais la plus grande quantité de cette fe-
mence , la plus volatile , la plus odoran-
te , celle qui a le plus de force , ejl repom-
pée dans lefang, & elle y produit , en y
entrant , des changements bien furpre-
nants \ la barbe , les poils , les cornes ;
elle change la voix & les mœurs ; car rdge
ne produit pas dans les animaux ces
(i) De femine, 1. J >c. 34, t. j ? p. 1179»
Dv
I I l'Onanis m e.
changements , c'ejl la femence feule qui
les opère , & on ne les remarque jamais
dans les eunuques (i).
Comment la femence opere-t-elle
ces effets? C'eft- là un de ces problè-
mes dont la folution n'eft peut-être
pas encore mûre. Ce qu'on peut cepen-
dant dire , avec beaucoup de probabi-
lité , c'eft que cette liqueur eft imjlimu-
lus , un éguillon qui irrite les parties
qu'il touche; Ton odeur forte, & 1 irri-
tation évidente qu'elle exerce fur les
organes de la génération , ne laifTent
aucun doute là-de(Tus , <k l'on com-
prend que ces particules acres, étant
continuellement repompées & remê-
lées aux humeurs , aiguillonnent lé-
gerement , mais fans interruption , les
vailTaux qui , par-là même , fe con-
tractent avec plus de force } leur action
fur les fluides eft plus efficace } la cir-
culation eft plus animée ; la nutrition
plus exadte ; toutes les autres fondions
fe font d'une manière plus parfaite ;
(i) Haller. , prîm. lin. phyf. §. 790. L'on peut
con^ulrer fur ces matières Wharton de glandulis ,
Russel ne œconomia nature in glanJul. mnb. p. 5>ii.
Skmkider. de regrejfu fem>nis a.i înajfam famguiiUdM 9
Supplém. aux attes des Sçavans de Leiptîc , t. 5. p*
M 2. , & une foule d'autres auteurs phyfîologiiles.
l'Onanisme, &J
quand ces fecours manquent 5 plusieurs
fonctions ne fe développent jamais ;
c'eft le cas des eunuques (i), toutes
fe font mal.
Il fe préfente ici une queftion alfez
naturelle ; c'eft, pourquoi les eunuques
n'éprouvent pas les mêmes maux 5 que
ceux qui s'épuifent par les débauches
vénériennes ? il n'eft guère poflible
de répondre exactement à cette que-
ftion y qu'à la fin de la fe&ion fui-
vante.
SECTION VIL
Examen des circonflances qui accom-
pagnent rémijjion.
J. l y a plufieurs évacuations qui fe
font fans qu'on s'en apperçoive : toutes
les autres fe font dans l'état de parfaite
fanté , avec une facilité qui fait qu'el-
les n'ont aucune influence fur le refte
de la machine ) le plus léger mouve-
(i)Ceux qui voudront lire un tres bon ouvrage fur
ces hommes imparfaits , doivent fe procurer Withob
de cajlratis*
Dvj
84 l'Onanis m e.
ment dans l'organe qui en renferme
la matière , fuffit à l'expulsion. Il n'en
eft: pas de même de l'évacuation du
fperme. Il ne faut rien moins que dts
ébranlements généraux , une convul-
fîon de toutes les parties 5 une augmen-
tation de vîtefle dans le mouvement
de toutes les humeurs , pour la dépla-
cer & lui donner iiïue. Eft-ce trop ha-
farder de dire qu'on peut regarder ce
concours néceffaire de toute la machi-
ne , au moment de fon évacuation ,
comme une preuve fenfble de l'in-
fluence qu'il a fur tout le corps ? Le
coït , dit Démocrite , eft une efpece
d'épilepfîe. Cejl , dit M. de Haller ,
une action tres-violente , qui ejl tres-voi-
Jine de la convulfion y & qui y par-la
même ajfoiblit étonnamment 5 & nuit à
tout le fyjlême nerveux. L'on a vu dans
les observations que j'ai rapportées
plus haut, & dans quelques unes de
celles que j'ai citées , l'émiflîon accom-
pagnée de vraies convulfîons , d'une
efpece d'épilepfîe ; ôc la même obfer-
vation fournit les preuves évidentes
de l'influence que ces mouvements
violents eurent fur la fanté du mal-
heureux qui en eft le fujet. La promp-
l' Onanisme. 85
tirtide avec laquelle rafFoiblifTement
fuit l\i£te , a paru à bien des gens , &
avec raifon , une preuve que ce ne
pouvoir être la feule privarion de fe-
mence qui l'occahonnoit j mais ce qui
prouve démonftrativement combien
le fpafme doir affoiblir , c'efl: l'affoi-
blilïement qu'éprouvent tous les mala-
des qui ont des accès de maladies con-
vulfives : celui qui fuit les accès d'épi-
lepiie eft quelquefois exceffif.
Ce n'eft qu'au fpafme qu'on peut
attribuer l'effet que le coït produifk
fur XJmman d'une ville de SuiflTe ,
dont F. Platerus nous a confervé l'hi-
ftoire 5 8c qui 3 s'étant remarié déjà
vieux , fut faifi en voulant célébrer
ùs noces , d'une fuffocation iî violen-
te , qu'il fut obligé de ceffer. Le même
accident le reprit toutes les fois qu'il
tenta le même effai. Il s'adreffa à une
foule de charlatans } l'un lui promit ,
après lui avoir fait prendre plufîeurs
remèdes , qu'il n'avoit plus aucun dan-
ger à courir. Il hafarda une nouvelle
tentative fur la parole de fon Efculape;
le fuccès en fut d'abord le même ; mais
plein de confiance > il voulut aller
g 6 L'ON ANISM E.
jufques au bout , & mourut dans faéte
même , entre les bras de fa femme (i).
Les palpitations violentes , qui ac-
compagnent quelquefois le coït 3 font
auiîî un fymptôme convulfif. Hippocratt
parle d'un jeune homme à qui des excès
en vin & en femmes avoient occafion-
né 5 entr'autres fymptômes , des pal-
pitations continuelles (2) } & D.olœus
en a vu un faifi dans l'adte même d'une
palpitation fi violente , qu'il auroit été
étouffé s'il avoit perfifté ( 3 ). L'on
trouve dans Hoffman d'autres faits
femblables.
L'obfervation de l'enfant , cité plus
haut , eft encore une preuve qui n'a pas
échappé à la fagacité de M. Rajl 3 du
pouvoir de la caufe convulfive } puif-
qu'à cet âge , il ne pouvoit guère éva-
cuer qu'une humeur des proftates > 8c
non point une véritable femence.
Ces remarques ont été faiiies par le
plus grand nombre des bons auteurs qui
ont écrit fur cette matière. Galkn pa-
raît les avoir déjà faites. La volupté
(1) Felic. Plateri , Obfeivat. lib. prim. fufîbca-
tio ex congreiTii , p. 174.
(2) Epidera. 1. 3. f. 7 , «g. 17 , Focf. p. 11 17.
(5) fcncyclop. Medic. 1. %9 c« 6 jp« 347.
l'Onanisme* 87
elle-même , dit-il, affoiblit les forces vita-
les. M. Fleming n'a pas omis cette caufe
dans fort beau Poëme fur les maladies
des nerfs.
Quin ctiam nervos frangk quascumque voluptas (i).
Sanclorius établit pofîtivement , que
les mouvements afFoibliffent plus que
l'émifîion du fperme : Se il eft bien
étonnant que M. Gorter , {on commen-
tateur, ait cherché à perfuader le con-
traire. La raifon qu'il en donne, en
affûtant que ces mouvements n'affoi-
blifïènt pas plus que d'autres mouve-
ments quelconques , parce qu 'ils ne font
pas convuljïfs , ne perfuadera perfonne*
Un exemple , s'il peut en citer un , ne
fait pas la loi. Lijler, Nogue^ , Çhàncy ,
qui ont commenté le même ouvrage
avant lui , ne penfent pas comme lui ,
Se ils attribuent une partie du danger
à PaflfoiblifTement que laiffent lescon-
vulfîons. Le coït, ait^ogue^y eft une
convulfîon y il difpofe les nerfs aux
mouvements convulfîfs ; Se la plus lé-
gère occafion les fait naître (2).
(t) Neuropathia, 1. i , y. 37 j.
(2.; Sctt. $,aph,iç>.
8 8 l'Onanisme,
Jé A.Borelli^ l'un des premiers créa^
teurs de la Phyfiologie 5 ne les avoir pas
envifagéscornmeM. Gorter: il eft pofï-
tif fur cer article ; cet acte eft accompagné,
d'une, efpece d'affection convulfve , qui
porte tes plus rudes atteintes au cerveau
& à tout le genre nerveux (i j.
M. Senac arrribue positivement aux
nerfs les foibleftes qui fuivent le coït.
La caufe la plus vraifemblable de la
fyncope qui furvient quand un abfcès
s'ouvre dans l'intérieur de l'abdomen :
ctfl 3 dit-il ? l'action des nerfs qui Je met-
tent alors en jeu. Cela ejl confirmé par
l'abattement ou par la fyncope qui fuivent
Veffu(ïon du fperme ; car ce neft quaux
nerf qu'on peut imputer cette défaillant
ce(i).
M. Lewis (3) attribue plus a cette
caufe qu'à l'autre , tout comme San-
ciorius.
Dès qu'il y a convulfion ^ le genre
nerveux fe trouve dans un état de
tenfion , ou 5 plus exa&ement , dans
un degré d'adtion extraordinaire ^ dont
la fuite néceftaire eft un relâchement
( 1 ) De motu animal. 1. 2 , c. 1 2 , prop. 1 70.
(i) Traité du coeur, 1, 3 , c. 12. J. 3. p. 5 }9>
(î)Aphor. 4, p. 6.
l'Onanisme. $9
exceflif. Tout organe , qu'on a monté
au-deflus de fon ron , retombe au-
deflous : par- là même, les fondions
qui en dépendent fe font nécessaire-
ment mal y & comme les nerfs in-
fluent fur toutes , il n'en eft point
qui n'éprouve quelque dérangement,
quand ils font afFoiblis
Une raifon qui contribue aufîi à l'af-
foiblifïèment du genre nerveux , c'eft
l'augmentation de la quantité du fang
dans le cerveau pendant l'a&e véné-
rien , augmentation bien démontrée,
& qui eft allée plufieurs fois jufqu'à
produire l'apoplexie ; Ton en trouve
plusieurs exemples dans les obferva-
teurs , & Hoffman rapporte celui d'un
foldat , qui fe livrant à cet a6le avec
fureur, mourut apoplectique dans h
coït même ; l'on trouva le cerveau
plein de fang. C'eft par cette même
augmentation de fang 5 qu'on explique
pourquoi ces excès produifent la ma-
nie (1). Cette quantité de fang , diften-
dant les nerfs , les affoiblit } ils réfiftent
moins aux impreftions > & c'eft ce qui
fait leur foiblefTe.
(1) De morb. à mm. yener. J, 17*
pé l'Onanisme,
En réfléchitfant fur les eftets de ces
deux caufes , l'évacuation de la femence
& les mouvements convulfifs , il eft aifé
d'expliquer les'défordres qui doivent
en réfulter dans l'économie animale.
L'on peut les ranger fous trois clafles ;
la dépravation des digeftions , Faffoi-
blifTement du cerveau & du genre ner-
veux , le dérangement de la tranfpi-
ration. L'on verra qu'il n'eft aucune ma-
ladie chronique , qu'on ne puiflfe dé-
duire de cette triple caufe.
Le relâchement, dans lequel ces ex-
cès jettent , dérange les fonctions de
tous les organes , dit un des auteurs qui
a le mieux écrit fur la Diététique ; &
la digeftion , la coârion , la rranfpifa-
tion , les autres évacuations ne fe font
plus comme il faut : d'où il téfttlte une
diminution fenfible des forces , de la
mémoire, & même de l'entendement j
un obfcurcilfement dans la vue , tous
les maux de nerfs , toutes les efpeces
dégoutte ou de rhumatifme3 une foi-
blefle étonnante dans le dos, la con-
fomption, la foibleffe des organes de
la génération , des urines fanglantes ,
un dérangement dans l'appétit , des
maux de tête & un grand nombre d'au-
l'Onanisme. yt
très maladies , qu'il eft inutile Je dé*
tailler ici ; en un mot rien n'abrège
autant la vie que l'abus des plaifirs de
l'amour (1).
i°. L'eftomac eft la partie qui fe
reflent la première de toutes les cau-
(es qui affoiblifTent , & cela , parce que
c'eft celle dont les fonctions deman-
dent la plus grande perfedion dans l'or-
gane. La plus grande partie des autres
font autant paffives qu'adives ; l'efto-
mac eft prefqu'entieremet adif } auiîi ,
dès que fes forces diminuent 5 fes fon-
dions fe dérangent : vérité d'obferva-
rions , qui , jointe à la fuivante & à la
variété des impreffions premières , Se
fouvent fâcheufes , que ce qu'on avale
produit fur ce vifeere , rend raifon de
la fréquence 5 de la bizarrerie & de
l'opiniâtreté de fes maladies. Il eft ,
de toutes les parties du Corps , l'une de
celles qui reçoit le plus grand nombre
de nerfs , & dans laquelle, par-là mê-
me , il fe diftribue une plus grande
quantité d'efprits animaux. Ce qui
aflfoiblit l'adion des uns , & diminue
la quantité, ou altère la qualité des au-
(i) Lynch guide to health , p. 3°*«
$2 l' O N A N I S M E.
très 5 doit donc diminuer la force de
ce viicere plus que d'aucun autre ; c'eft
ce qui arrive dans les excès vénériens.
L'importance de la fon&ion, à laquelle
il eft deftiné , fait que dès qu'elle fe
fait moins bien , toutes les autres s'en
repentent.
Hujus cnim validus firmat ténor omnia membra :
At centra ejufdem franguntur cun&a dolore (i).
Dès que les digeftions fe font im-
parfaitement 5 les humeurs prennent
un caradtere de crudité , qui les rend
impropres à toutes leurs destinations ;
mais qui empêche fur-tout la nutri-
tion, dont dépend la réparation des
forces. Il iuffit , pour s'apurer de l'in-
fluence générale de l'eftomâc , d'ob-
ferver l'état d'une perfonne , qui éprou-
ve une digeftion laborieufe : les for-
ces fe perdent dans quelques minutes #T
un mal-aife général rend la foiblelTe
plus à charge 'y les organes des fens
s'émouflfent , l'ame même n'exerce, fes
facultés qu'imparfaitement } la mémoi-
re 5 èc fur-tout l'imagination , paroif-
fent anéanties ; rien en un mot > ne
(i)Q. Serenus Samm,
l* Onanisme. 95
rapproche plus un homme cTefprit d'un
fot , qu'une digeftion pénible.
Une belle obfervation rapportée par
M. Payva, Médecin Portugais , habi-
tué à Rome ., répand un grand jour fur
raflfbibliflTement prodigieux dans lequel
les excès de ce genre jettent l'eftomac.
Quand les defirs vénériens, dit- il >font
montés che^ les jeunes gens à leur plus
haut degré , ils éprouvent une efpece de
fenfation agréable à l'orifice de Feflomac ;
mais s ils Jatisfont ces dejîrs avec trop
£ impétuofité 6* au-dzlà de leurs forces
ils éprouvent dans ce même endroit une
fenfation extrêmement dêf agréable & fà-
çheufe quils ne peuvent pas exprimer ;
& ils payent bien chèrement leurs excès
par la maigreur > le marafme &c. dans
lef quels ils tombent ( 1 ).
Aretèe avoir déjà connu cette vérité
(2) , & M. Boerhaave emploie les mê-
mes expreflîons que M. Payva : il
(1) în tencigine ardentifïîraâ jnvenum ineft quid
grati in ore ventticuli j in concubitum fi ruant falacif-
fïmi , & ultra vires tendant opus , tune in oreventricu-
li manet illuci ingratifïlmum amarumejue quod expri-
mere nequeunc : pœnas & luunt, & poenitenciâ dolent :
hinc macies , marafmus , &c. G. R. De Payva. De
arre&u atrabilario mirachiali, &c. p. 17.
(i) De morb. chronic. 1. 1 , c. 6 , ftomachus d#-
le&ationis triftitteque princepseft.
c>4 i/O NANISME.
ajoute que ce fentiment douloureux fe
diflîpe , à mefure qu'ils reprennent
leurs forces (i) : il confirme la même
cîiofe ailleurs , en y joignant une règle
de pratique très-utile ; c'eft que quand
il furvient des accès d'épilepfîe , après
des excès vénériens , il faut penfer à
fortifier les nerfs de Peftomac (2).
2°. La foibleiïe du genre nerveux ,
qui difpofe à tous les accidents para-
lytiques & fpafmodiques,eft produite,
comme je l'ai déjà dit , par les mouve-
ments convulfifs qui accompagnent Fé-
miflïon y en fécond lieu , par le vice
des digeftions : dès qu'elles pèchent,
les nerfs s'en reflfentent, 8c s'en reflTen-
tent d'autant plus que le fluide qui les
pénètre étant le dernier ouvrage de
ïa coction 3 celui qui fuppofe la plus
parfaite , quand elle eft altérée, il eft
celui des fluides animaux , qui en eft
îe plus fenfiblement affe&é ; celui fur
lequel la crudité des humeurs a le plus
d'influence. Enfin , ce qui augmente
cet affoibliiTcment , c'eft l'évacuation
d'une humeur analogue aux efprits ani-
(i) De morb. nervor. p. 454-
(i; Ibid. p. 807.
l'Onanisme, 5>j
maux , & qu'à raifon de cette analo-
gie , on ne peut point évacuer , fans
diminuer la torce du genre nerveux ,
dont les doutes modeftes de quelques
grands hommes , qui n'ofent affirmer
en phyfique , que ce dont la vérité
tombe fous leurs fens5 &lesobje&ions
de quelques phyfiologiftes fubalternes
ou fyftématiques, ne m'empêchent pas
d'attribuer la force à ces efprits. D'ail-
leurs , indépendamment du dommage
qui réfulte de cette évacuation , relati-
ve ment à la quantité d'efprits animaux ,
elle nuit > en ce qu'elle prive les vaif-
feaux de ce léger aiguillonnement que
produit le fperme repompé , & qui
contribue fî fort à la codion. Elle nuit
donc , &c en fouftraifant une partie
d'efprits animaux > ou au moins d'une
humeur très - précieufe , & en dimi-
nuant la codtion , fans laquelle ces ef-
prits ne font préparés qu'imparfaite-
ment &c infuffifamment.
Il y a , entre les maladies de l'efto-
mac & celles des nerfs , un cercle vi-
cieux. Les premières font naître les fé-
condes } &c celles-ci une fois formées 3
contribuent infiniment à les augmei>
€j(y l'Onanisme,
ter. Quand l'obfervation journalière
ne le prouverok pas , la feule infpe-
dàcrn anatomique de Peftomac fuffi-
roit pour en convaincre. La quantité
de nerfs , qui s'y diftribuent , démontre
combien ils font néceftaires à fes fon-
ctions y & combien par- là même , elles
doivent être dérangées , quand ils ne
font pas en bon état.
3°. Enfin , la tranfpiratïon fe fait
moins bien : Sanciorius a même déter-
miné la quantité dont elle diminuoit;
& cette évacuation , la plus confidé-
rable de toutes , ne peut pas être fup-
primée qu'il n'en refaite promptement
une foule de fymptômes différents.
L'on comprend aifément qu'il îa'eft
point de maladies qui ne puiifent être
produites par cette triple caufe. Je
n'entrerai pas dans l'explication de
tous les fymptômes particuliers j ce
détail prolongerait trop ce petit ou-
vrage , ôc n'intérefferoit que les Mé-
decins auxquels il eft inutile : l'on
peut voir ce qu'en dit M. Gorter (i).
M. Clifton Wintringham a très-bien
détaillé les dangers de cette évacuation
(i) De perfpirat. c, 17 , $. S , 12 , & aph.
relativement
L5 O N A N I S M E, 97
relativement aux goutteux , & fon ex-
plication mérite d'être lue ( i).
Feu M. Gun^ius (i) , enlevé à la Mé-
decine à la fleur de fon âge > a donne une
explication méchanique très ingénieufe
des inconvénients de ces excès relati-
vement à la refpiration ; il parle dans
cet endroit d'un homme qui s'étoit
attiré par -là une toux continuelle,
fymptôme que j'ai vu chez un jeune
homme qui mourut victime de l'ona-
nifme. Il étoit venu à Montpellier
pour faire {es études ; fes excès dans
cette infamie le jetterent dans Téti-
fïe , & je me rappelle que fa toux étoit
fi forte & il continuelle , que tous fes
voifins en étoient incommodés. On le
faigna fréquemment dans la vue , fans
doute > d'abréger fes foufFrances. Une
confultation lui ordonna d'aller pren-
dre les bouillons de tortue chez lui ( il
étoit , fi je ne me trompe , Dauphinois )
& lui promit une guérifon complette j
il mourut deux heures après.
Ce qu'on comprend le moins aifé
(i) The Works of chelate Clifcon WintringHAM
t. 2 ,p, Ss ,&c.
(i) Commenc, in lib. de humoribus , p. 128.
9 3 l'Ona N I S M E.
mène , ou plutôt ce qu'on ne comprend
point du tout, c'eft cet affoiblilfement
prodigieux des facultés de Pâme. La fo-
lution de ce problême tient à la que-
ftion infoluble pour nous , de l'in-
fluence des deux fubftances Tune fur
l'autre , & nous fommes réduits à i'ob-
fervation des phénomènes. Nous igno-
rons , & la nature de Pefprit & celle du
corps ^ mais nous fçavons que cqs deux
parties de l'homme font intimement
unies , que tous les changements que
lùine éprouve font repentis par l'au-
tre : une circulation un peu plus ou
moins vîte , un fang un peu plus ou
moins épais , quelques onces d'ali-
ments de plus ou de moins, la même
quantité d'un aliment plutôt que d'un
autre , une taffe de café au lieu d'un
peu de vin , un fommeil plus ou moins
long ou tranquille , une felle un peu
plus ou moins abondante , une trans-
piration trop forte ou trop foible ,
changent du tout au tout notre façon
de voir &c de juger les objets : d'une
heure à l'autre , les révolutions de la
machine nous font fentir &c penfer
différemment , 8c nous font y à leur
l'On a n i s m e. 99
gré , de nouveaux principes des vices
&C des vertus ; tant font vrais les vers
du premier fatyrique moderne.
Tour, fuivant l'intellect , change d'ordre & de rang :
Ainfl c'eft la nature 6c l'humeur des perfonncs ,
Et non la qualité , qui rend les chofes bonnes.
C'eft- un mal bien étrange au cerveau des humains(i)*
Tant eft exadt le tableau que Lucrèce
a tracé de cette union intime.
— — Gigni pariter cum corpore , Se una
Crefcere fentimus , pariterque fenefeerc mentem ;
Nain velut infîrmo pueri , teneroque vagantur
Corpore ; û*c animifequitur fententia tennis,
Inde ubi robuftis adolevit viribus astas,
Coniilium quoquemajus , & audior eft animi vifis
Poft ubi jam validis quaffàtu'ft viribus xvi
Corpus , & obtuiîs ceciderunt viribus artus ;
Claudicat ingenium , délirât linguaque , menfque 9
Omnia deficiunt , arque uno tempore défunt.
Quin etiam morbis in corporis avius errât
Sa?pe animus, démentit enim , deljtaque fatur. (i).
L'obfervation nous apprend égale-
ment que , de toutes les maladies , il
n'y en a point qui affe&ent Pâme plus
(i) Régnier, fatyrc5.
(^) Denatui&erum , 1» 4 , y. 44*.
Eij
îoo l'Onanisme.
prompremenr que celles du genre ner-
veux : les épiieptiques qui , au bout de
quelques années , tombent prefqu'ordi-
nairement dans l'imbécillité , en four-
nirent une trifte preuve, qui, en mê-
me temps , nous apprend qu'il n'eft
point étonnant fi des a£tes , qui , com-
me on l'a dit plus haut, font toujours
légèrement épiieptiques , produifent
cet afFoibliffement du cerveau, & ,
par-là même , des facultés.
L'affoiblilfement du cerveau & du
genre nerveux eft fuivi de celui des
fens; & cela eft naturel. Sanctorius y
Hoffmann , & quelques autres , ont
cherché à expliquer pourquoi la vue
fouffroit plus particulièrement : mais
leurs raifons , qui font vraies , ne me
paroiffent pas fuffifantes. Les prin-
cipales, &c celles qui font particuliè-
res à cet organe , font la multitude
des parties qui compofent l'œil , &
qui j étant toutes fufceptibles de dif-
férents vices , le rendent infiniment
plus fujet à des dérangements que les
autres. Les nerfs, en fécond lieu , fer-
vent ici à plufieurs ufages , & font en
très-grand nombre. Enfin cet afflux
d'humeurs fur cette partie pendant le
lO nanisme. ioï
temps de l'acte , afflux dont la fcintil-
lation , qu'on apperçoit alors dans les
yeux des animaux , forme une preuve
fenfîble , produit dans les vaifTeaux
d'abord une foiblefle, & enfuite des
engorgements , dont la perte de la vue
eft une fuite nécetfaire.
Il eft aifé a&uellementde répondre a
la queftion propofée plus haut ; pour-
quoi les eunuques', qui n'ont point de
femence , ne font- ils pas expofés aux
maladies que nous venons de décrire ?
Il y en a deux raifons très-fuffifan-
tes* La première , c'eft que s'ils ne
retirent pas les avantages que produit
cette liqueur , quand elle a été prépa-
rée & repompée j d'un autre côté ils
ne perdent point cette partie précieufe
du fans defcinée à devenir femence.
Ils n'éprouvent pas ces changements ,
qui font dûs à la femence préparée , 8c
que j'ai indiqués plus haut ; mais ils
ne doivent pas non plus être expoiés
aux maux qui viennent de la priva-
tion de cette humeur non préparée.
L'on pourroit , fî l'on veut me per-
mettre d'employer les termes des mé-
taphyficiens , diftinguer la femence en
femence à faire y fenun in potentia ; c'eft:
Eiij
ioi l'Ona^isml
cette partie précieufe des humeurs 0
que les tefticules féparent : Se femence
faite , femen in actu. Si la première ne
fe fépare pas, la machine manque des
fecours qu'elle retire de la femence
préparée, & n'éprouve point les chan-
gements qui en dépendent , mais elle
ne s'appauvrit pas \ elle n'acquiert pas 3
mais elle ne perd pas } on refte dans
l'état d'enfance. Quand la femence fe
fépare & s'évacue , c'eft alors une pri-
vation , un appauvriffement réel. La
féconde raifon, c'eft que les eunuques
n'éprouvent point ce fpafme, auquel
j'ai attribué une grande partie des maux
qui fuivent ces excès.
Les accidents qu'éprouvent les fem-
mes s'expliquent tout comme ceux des
hommes. L'humeur qu'elles perdent
étant moins précieufe , moins travail-
lée, que le fperme de l'homme, fa
perte ne les affoiblit peut-être pas aufli
promptement ; mais quand elles vont
jufqu'à l'excès , le genre nerveux étant
plus foible chez elles , & naturelle-
ment plus difpofé au fpafme , les acci-
dents font violents. Des excès fubits
les jettent dans des accidents analogues
à celui d'un- jeune homme dont j'ai
l'Onanisme, ioj
parlé plus haut > pag. 47 , & j'ai été le
témoin d'un trifte fpe&acle en ce gen-
re. En 1746 , une fille âgée de vingt-
trois ans , défia fix Dragons Efpagnols 5
& foutint leurs aflauts pendant toute
une nuit dans une maifon aux portes
de Montpellier. Le matin on l'appor-
ta en ville mourante : elle expira le
foir , baignée dans fon fang 5 qui ruif-
feloit de la matrice. Il eut été mtéref-
fant de s'alïurer fi cette hémorrhagie
étoit la fuite de quelque blefluf e , ou
ii elle ne dépendoit que de la dilata-
tion des vaiflfeaux , produite par l'a-
éfcion augmentée de cet organe.
SECTION VIII.
Caufcs de danger , particulières à la
majlurbation.
'on a vu plus haut , que la maflur-
bation étoit plus pernicieufe que les
excès avec les femmes. Ceux qui font
intervenir par -tout une providence
particulière , établiront que la raifon
en efl: une volonté fpéciaîe de Dieu ,
pour punir ce crime. Perfuadé que les
E iv
L
IG4 l'Onanisme,
corps ont été aftreints , dès leur créa-
tion , à des loix qui en régiflent né-
ceflairement tous les mouvements 3 &
dont la Divinité ne change fécono-
mie 5 que dans un petit nombre de cas
réfervés , je ne voudrois avoir recours
aux caufes miraculeufes , que quand
on trouve uneoppofition évidence avec
les caufes phyfiques. Ce n'eft point le
cas ici : tout peut très bien s'expliquer
par les loix de la méchanique du corps ,
ou parcelles de fon union avec l'ame.
Cette habitude de recourir aux caufes
furnaturelles a déjà été combattue par
Hippocrate , qui, en parlant d'une ma-
ladie que les Scythes attribuoient à
une punition particulière de Dieu ,
Fait cette belle réflexion : // efl vrai que
cette maladie vient de Dieu , mais elle
en vient comme toutes les autres ; elles
nen viennent pas plus les unes que les au-
tres 3 parce que toutes font une fuite des
loix de la nature , qui régit tout (i ).
Sanclorius 5 dans fes obfervations ,
nous fournit une première caufe de ce
danger particulier. Un coït modéré efl
utile , dit -il > quand il efl folliclû par
(i)Deaere, loris fc aquis. Foisius, p. i?}.
i' Onanisme, 105
la nature : quand il eft follicité par t ima-
gination 5 il ajfbiblit toutes les facultés
de Came , & J'ur- tout la mémoire ( 1 ).
Il eft aifé d'expliquer pourquoi. La
nature, dans L'état de fancé , n'infpire
des defîrs, que quand les véficules fé-
minales font remplies d'une quantité
de liqueur , qui a acquis un degré d'é-
paifïîfrement qui en rend la reforbtion
plus difficile \ &c cela dénote que fon
évacuation n'affoiblira pas le corps
fenfiblement. Mais telle eft l'organifa-
tion des parties génitales , que leur
adtion &c les defirs qui la fuivent font
mis en jeu , non feulement par la pré-
fence d'une humeur féminale furabon-
dante , mais que l'imagination a auflî
beaucoup d'influence fur ces parties ;
elle peut , en s'oceupant des defirs , les
mettre dans cet état qui les produit >
de le defir conduit à l'a&e , qui eft d'au-
tant plus pernicieux qu'il étoit moins
nécefîaire. Il en eft de l'organe de ce
befoin 3 comme de ceux de tous les
autres , qui ne font mis en jeu à propos ,
que quand ils le font par la nature,
La faim & la foif indiquent le befoin
Ev
io6 i/O nanisme.
de prendre des aliments Se de la boif-
fon : fi l'on en prend plus que ces fen-
fations n'en exigent , le furplus nuit
au corps & i'affoiblit. Le befoin d'aller
à la felle & d'uriner font également
marqués par de certaines conditions
phyfîques} mais la mauvaife habitude
peut (î fort pervertir la constitution
des organes , que la néceifité de ces
évacuations cette d'être dépendante de
la quantité des matières à évacuer. L'on
s'afîujettit à des befoins fans befoin ;
& tel eft le cas des mafturbateurs. C'eft
l'imagination , l'habitude , & non pas
la nature , qui les follicitent. Ils fou-
ftraifent à la nature ce qui lui eft né-
ceflaire , & ce dont, par -Là même,
elle fe gardoit bien de fe défaire. En-
fin ? en conféquence de cette loi de
l'économie animale, que les humeurs
fe portent là où il y a irritation , il fe
fait au bout d'un certain temps un
afflux continuel d'humeurs fur ces par-
ties : il arrive ce tmHippocfau avoir
déjà obfervé , quand un homme exerce le
coït : Us veines féminales fe dilatent &
attirent lafemence (î ).
(î) Denaturapueri', text. il , FoEs.p. 141
l'Onanisme. 107
On peut remarquer ici que l'ona-
nifme a un danger particulier pour les
enfants avant le temps de la puberté :
il n'eft pas commun, heureufement ,
de trouver des monftres de l'un ou de
l'autre fexe, qui en abufent avant
cette époque , mais il ne l'eft que trop
qu'ils abufent d'eux-mêmes ; un grand
nombre de circonftances les éloignent
d'un commerce débauché ou le modè-
rent ; une débauche folitaire ne trou-
ve point d'obftacle & n'a point de bor-
nes.
Une féconde caufe ? c'eft l'empire
que cette manœuvre odieufe prend
fur les fens , & qui eft bien peint dans
VOnania Anglols. Cette impudlcite 9 dit-
il , na pas plutôt fubjugué le cœur ,
quelle pourfuit le criminel par- tout ; elle
s'en faljit , & l'occupe en tout temps &
en tout lieu : au milieu des occupations
les plus férleufes , des actes de Religion
même , il ejl en proie aux dejîrs & aux
idées lafclves qui ne V abandonnent ja-
mais (1). Rien n'affoiblit autant, que
(ï) Pag. 17. L'on trouve un très-beau morceau fur!*
force ôc les dangers des habicudes voîuprucufes dans le
nouveau Traité de M. Pujatti , ProfcfTeur à Padoue ,
Se célèbre dès long-temps par d'excellents ouvrages,
Dtviclu febricitantium , p. 60.
E vj ■
ic8 l'Onanisml
cette tenlîon continuelle de l'efprit ,
toujours occupé clu même objet. Le
mafturbateur , uniquement livré à {es
méditations ordurieres , éprouve à cet
égard les mêmes maux que l'homme
de lettres qui fixe les tiennes fur une
feule queflion } "& il eft rare que cet
excès ne nuife pas. Cette partie du
cerveau , quife trouve alors en aétion >
fait un effort qu'on pourrait comparer
à celui d'un mufcle long-temps & for-
tement tendu : il en réfulte , ou une
telle mobilité, qu'on ne peut plus ar-
rêter le jeu de cette partie, ni par là
même détourner l'ame de cette idée >
c'eft bien le cas des mafturbateurs; ou
une incapacité d'aârion. Epuifés enfin
par une fatigue continuelle , ces mala-
des tombent dans toutes les maladies
du cerveau , mélancholie , catalepfie >
épilepiie 3 imbécillité , perte des fens,
foiblefle du genre nerveux , Se une
foule de maux femblables (i). Cette
caufe fait un tort infini à plusieurs
jeunes gens, en ce que, lors même que
leurs facultés ne font pas encore étein-
tes , Tufage en eft perverti. Quelle que
fi) Voyez Gaubh Inftkutiones pathologie» J. 51^.
l' O N A N I S M E. I09
foie la vocation à laquelle ils fe vouent,
on ne réuffit à rien fans un degré d'at-
tention dont cette habitude perni-
cieufeles rend incapables. Parmi ceux
même qui ne fe vouent à rien ( cette
clafTe n'eft que trop nombreufe ) il en effc
qui n'y font pas propres; un air de dif-
traClîon , d'embarras , d'étourdilTe-
ment , n'en fait que des oififs deplai-
fants. Je pour rois en citer 3 que cette
incapacité de fe fixer , jointe à la dimi-
nution des facultés , a mis hors d'état
d'être jamais rien dans la fociété. Trifte
état qui met l'homme au-defïbus de la
brute, &c qui le rend à jufte titre l'ob-
jet du mépris , plus encore que de la
pitié de {es fembiables.
De ces deux premières caufes , il en
réfulte nécessairement une troisième ,
c'eft la fréquence même des aites *
Famé & le corps concourent , dès
qu'une fois l'habitude a pris un peu de
force , pour folliciter à ce crime.
L'ame , obfédée par les penfées im-
mondes , excite les mouvements laf-
cifs y &c fi elle eft diftraite quelques
moments par d'autres idées , les hu-
meurs acres, qui irritent les .organes
de la génération , la rappellent bien-
tio l'Onanisme.
tôt au bourbier. Que ces vérités cTob-
fervations feroient propres à arrêter
les jeunes gens ! s'ils pouvoient pré-
voir, qu'ici un premier faux pas en
entraîne un autre ; qu'ils font prefque
maîtrifés par la tentation j qu'à mefure
que les motifs de fédudfcion augmen-
tent , la raifon , qui devroit les conte-
nir , s'afFoiblira \ 8c qu'enfin, ils fe
trouveront en peu de temps , plongés
dans une mer de mifere , fans avoir
peut-être un bout de planche pour les
aider à s'en tirer. Si quelquefois les in-
firmités commençantes leur donnent
de forts avis , li le danger les effraie
pour quelques moments , la fureur les
replonge. L'on peut bien dire
Virtutem videant , intabefcantque reli&â. Pers.
Cependant le danger eft proche , & le
temps opportun de l'amendement eft
court.
Cinis & mânes & fabula fies :
Vive memor lethi ; filgit hora : hoc quod loquor
indc cit. Teks.
Pendant que j'étudiois en Philofo-
phie à GerieVel , temps dont le louve-
nir me fera cher le refte de mes jours,
l' Onanisme, i ii
un de mes condifciples étoit venu à cet
état horrible 5 qu'il n'étoit pas le maî-
tre de s'abftenir de ces abominations ,
même pendant le temps des leçons : il
n'attendit pas long - temps fon châti-
ment , Se il périt miférablement de
confomption , au bout de deux ans.
On trouve un faic femblable dans
YOnama{\). L'ingénieux Auteur, qui
a fourni l'extrait de l'édition latine de
cet ouvrage , dans l'excellent Journal
latin qui paroiflToit à Berne il y a quatre
ans , raconte , à propos de cette ob-
fervation , que tout un collège trom-
poit quelquefois par cette manœuvre ,
l'ennui , & cherchoit à éviter le fom-
îneil , que leur infpiroit les leçons
d'une métaphyfîque lcolaftique , qu'un
très vieux Profelîeur leur faifoit en
dormant (2) : mais cette hiftoriette me
paroît moins prouver ce que j'avance,
que l'horrible difïolution dans laquelle
les jeunes gens peuvent tomber.
Le même auteur vient de faire im-
primer , dans un ouvrage que je n'ai
pas l'avantage de pouvoir lire , mais
(l)P. 116.
(i) Excerptum*cotius Italien ôc Helvecicaditeraturse
yroann. 175? , c. 1 , p,?5.
112 L O N AN I S M E.
qu'un excellent Juge mec à côté des
meilleures productions de ce fiecle , ce
qui fuit. On a découvert, il y a quel-
ques années , dans une ville, qu'une
iociété entière de garnements de qua-
torze & quinze ans s'étoit réunie pour
la pratique de ce vice , &c tout une
école en eft encore infe&ée (i !.
La fanté d'un jeune Prince fe per-
doit journellement , fans qu'on pût en
découvrir la caufe. Son Chirurgien la
foupçonna , l'épia , & le furprit en fla-
grant délit. Il avoua qu'un de fes va-
lets - de - chambre l'avoit inftruit , &c
qu'il étoit retombé fouvent. L'habi-
tude étoit iî forte , que les confédéra-
tions les plus preiTantes , préfentées
avec force, ne purent pas la déraciner.
Le mal alloit en empirant ; {qs forces
fe perdoient journellement , & on ne
put le fauver qu'en le faifant garder
à vue jour & nuit , pendant plus de
huit mois.
Un malade me peignoit vivement
(x) De l'expérience , en allemand , par M. Zimmeh-
man , r i , p. 4C0. Je tire ce fragment de ceux que
fon amitié pour moi Ta engagé à tiaduire en ma fa-
veur j prefque cous les autres orneront un ouvrage qui
jae tardera pas'* fuivre celui-ci.
L O H A N I S M E. 3 1^
les difficultés de la vi&oire , dans une
de fes lettres. » Il faut bien des efforts ,
»> ce /fl/z/ y£j termes y pour vaincre Fha-
3> bitude qui nous e(t rappellée à cha-
« que inftant. Je vous l'avoue en rou-
» gisant , la vue d'un objet féminin 5
» quel qu'il foit , fait naître chez moi
» des deiîrs. Je n'ai pas même befoin
w de ce fecours } ma fale ame n'eft
« que trop portée à me repréfenter
» fans ceffe des objets de concupifcen-
33 ce. Cette paffion ne s'allume plus
» chez moi , il eft vrai , que je ne rap-
w pelle en même temps tous vos avis :
w je combats , mais ce combat même
» m'épuife. Si vous pouviez trouver
» le moyen de détourner mes penfées
» de cet objet , je crois que ma gué-
» rifon feroit bien proche «.
L'on a déjà vu dans l'extrait de
VOnania, que la réitération fréquente
avoit produit la fureur utérine chez
une femme. L'habitude de n'être oc-
cupée que d'une idée , rend incapable
d'en avoir d'autres ; elle prend l'em-
pire , &c règne defpotiquement. Des
organes fans cefTe irrités 5 contractent:
une difpofition morbifique qui devient
un aiguillon toujours préfent , indépen-
1*4 l'Onanisme. ,
dant de toute caufe externe, Il y a des
maladies des parties urinaires , qui
donnent une envie continuelle d'uri-
ner ; l'irritation réitérée des organes
de la génération 9 y produit une mala-
die analogue. Il n'eft point étonnant
fi le concours de ces deux caufes mo-
rale & phyfique , réunies 5 jette dans
cette horrible maladie. Que cette idée
eft propre à effrayer falutairement les
personnes chez lefquelles il y a encore
quelques veftiges de raifon & de pu-
deur !
Une quatrième caufe de l'épuife-
ment des mafturbateurs 5 c'eft qu'indé-
pendamment même des émiiîicns de
femence , la fréquence des éredions ,
quoiqu'imparfàites , dont ils fe plai-
gnent , les épuifent considérablement.
Toute partie qui eft dans un état de
tenfion , produit une dépenfe de for-
ces , & ils n'en ont point à perdre :
les efprits s'y portent en plus grande
abondance } ils fe difîîpent , ce qui af-
foiblit ; ils manquent aux autres fon-
ctions , qui , par-là même , fe font im-
parfaitement : le concours de ces deux
caufes a les fuites les plus dangereufes.
Un autre accident auquel cette qua-
l'Onanisme. 115
ttïeme caufe rend les mafturbateurs
f)lus fujets 5 c'eft une efpece de para-
yfîe des organes de la génération ,
d'où naifTent l'impuiflance , par le dé-
faut d'ére&ion , & la gonorrhée (impie ,
parce que les parties relâchées laiffent
échapper la véritable femence à me-
fure qu'elle arrive , & fuinter conti-
nuellement l'humeur que réparent les
proftates ? & qu'enfin toute la mem-
brane intérieure de l'urethre acquière
une difpofition catarrheufe , qui la dif-
pofe à fournir un écoulement de même
nature que celle des pertes blanches
des femmes : difpofition , pour le dire
en pafiant3 moins rare qu'on ne penfe ,
qui n'eft point bornée à la membrane
qui revêt les narines , la gorge , le
pouîmon , mais qui attaque fouvent
tous les viiieres creux • qu'on mécon-
noît, parce qu'on ne la foupçonne pas,
& qu'on traite mal, parce qu'on la mé-
connoît. 11 feroit aifé de trouver dans
les obfervateurs , des exemples de cette
maladie traitée pour une autre.
Un habile Chirurgien me parloit un
jour d'un homme qui , livré par une
efpece de goût fipgulier aux Vénus
du plus bas étage , &c ne les connoif-
ii£ l'Onanisml
fant guère que dans les coins des rues
& debout, tomba dans l'épuifemenc,
accompagné de maux de reins les plus
cruels , & d'une atrophie ou delTéche-
ment des cuiffes & des jambes , jointe
à une paralyfte de ces parties , qui pa-
roiftoit être une fuite de l'attitude
dans laquelle il s'étoit livré à fes fales
voluptés. Il mourut après avoir gardé
fïx mois le lit , dans un état égale-
ment propre à exciter la pitié & l'ef-
froi. Cette obfervation ne fournit-elle
pas une cinquième caufe des dangers
ordinairement particuliers à la maftur-
barion ? Quand on perd fes forces par
deux moyens à la fois , PafFoibli(Tement
augmente bien confidérabiement. Une
perfonne qui eft debout ou affife , a
befoin, pour fe maintenir dans ces fi-
tuations, fur-tout dans la première ,
de faire agir un grand nombre de muf-
cles ; & cette a&ion dilîipe les efprits
animaux. Les perfonnes foibles , qui
ne peuvent pas fe tenir un infhnt de-
bout fans éprouver une foibleife , les
malades qui ne peuvent pas être affis
fans éprouver le même accident , le
prouvent bien évidemment. Pour être
couché ou étendu , il ne faut point cet
t Onanisme 117
emploi de forces. L'on fent par -là
même , que le même a&e , dans les
unes ou les autres de ces attitudes y
produira bien plus d'afloibliffement
dans les premiers que dans le dernier
cas 5 & Sanclorius avoit déjà indiqué
le danger de cette attitude : ufus coïtâs
Jlando , Icedit ; nam mufculos & corum
utiUm perfpirationem diminnit.
D'autres obfervations bien confta-
rées fournifTent une fixieme caufe qui
paroîtra peut - être bien foible , mais
que des phyfîciens éclairés ne croiront
pas volontiers nulle. Tous les corps
vivants tranfpirent ; il s'ehxale à cha-
que inftant 3 par la moitié peut - être
des pores de notre peau , une humeur
extrêmement ténue, &c qui eft beau-
coup plus confidérable que toutes nos
autres évacuations. Dans le même
temps , une autre efpece de pores ad-
met une partie des fluides qui nous
environnent , & les porte dans nos
vaifleaux. Ce font des torrents invifibles ,
pour me fervir de Theureufe exprefîîon
de M. Senac > qui fortent de notre
corps 5 Ôc qui y entrent ( 1 ). Il eft dé-
(1) L'on peut voir la démonfhation de cette vérité
dans l'endroit a^ue je cite , 1. 3 , c, 3 , $. 7 j du Traité
ï l8 L O N A N I S M E.
montré que , dans quelques cas , cette
infpiration eft très - confidérable. Les
perfonnes fortes expirent plus } les
foibles , qui n'ont prefque point d'at-
mofpliere propre , infpirent davanta-
ge ; & cette partie expirée , ou cette
tranfpiration des perfonnes bien por-
tantes , contient quelque chofe de
nourricier & de fortifiant qui , infpiré
par une autre , contribue à lui donner
de la vigueur. Ce fonr ces obfervations
qui expliquent comment la jeune fille
qui couchoit avec David lui donnoit
des forces ; comment cette même ten-
tative a réuffi à d'autres vieillards , à
qui on l'a confeillé ; pourquoi cela
affoiblit la jeune perfonne 5 qui perd
fans rien recevoir , ou plutôt qui re-
çoit des exhaiaifons foibles , corrom-
pues 9 putrides , qui lui nuifent. L'on
rranfpire plus dans le temps du coït
que dans un autre 3 parce que la force
de la circulation eft augmentée. Cette
tranfpiration eft peut-être plus adtive ,
du cceur *, ouvrage qui n'auroit rien laide à deûrer , il
fon iliuftre auteur , en annonçant une féconde édirion ,
ne nous avoic pas appris qu'il pouvoir le rendre encore
plus parfait. Un grand homme peut fe furpalTer lui-
même , &: vo'u un point de perfection que les autteg
pp défirent même pas.
l' O N A N I S M £. II9
plus fpiritucufe que dans tout autre
temps y c'eft une perte réelle que Ton
fait 5 & qui a lieu , de quelque façon
que fe faffe Fcmiflion du fperme , puis-
qu'elle dépend de l'agitation qui Tac-
compagne. Dans le coït , elle eft ré-
ciproque , & alors l'un infpire ce que
l'autre expire. Cet échange eft mis hors
de doute par des obfervations sûres.
J'ai vu , il n'y a pas long-temps 9 un
homme qui n'avoit aucune gonorrhée ,
ni aucun fymptôme vérolique cutané y
donner la maladie vénérienne à une
femme qui , dans le même inftant , lui
rendoit la gale en échange. L'un , dans
ce cas , compenfe les pertes de l'autre.
Dans celui de la mafturbation ? le ma-
fturbateur perd & ne recouvre rien.
En obfervant l'effet des paillons , on
découvre unefeptieme différence entre
ceux qui fe livrent aux femmes , & les
mafturbateurs ; différence qui eft toute
au défavantage de ces derniers. La
joie qui tient à lame , <k qu'il faut bien
diftinguer de cette volupté purement
corporelle que l'homme partage avec
l'animal , & dont elle diffère du tout
au tout , cette joie 3 dis - je , aide les
digeftions , anime la circulation P favo-
no l' Onanisme.
rife toutes les fonctions , rétablit les
forces 5 les fondent. Si elle fe trouve
réunie avec les plaifîrs de l'amour ,
elle contribue à réparer ce qu'ils peu-
vent ôter de force } &c l'obfervation le
prouve. Sanclorius Ta remarqué. Apres
un coït exceffif, dit-il , avec une femme
quon aimoit & quon dejiroit , Von né-
prouve pas la lafftude qui devroit être la
fuite de cet excès > parce que la joie que
L'ame éprouve augmente la force du cœur 9
favorife Us fonctions , & répare ce quon
a perdu. C'eft fur ce principe que Ve-
nette 5 dans l'ouvrage duquel on trouve
un bon chapitre fur le danger des
plaifîrs de l'amour pouffes à l'excès y
établit que l'union avec une belle fem-
me épuife moins qu'avec une laide,.
La beauté a des charmes qui dilatent
notre cœur , & qui en multiplient les ef-
prits. Il faut croire, avec S. Chryfofiôme 9
que s excitant contre les loix de la nature ,
le crime ejl beaucoup plus grand de ce
côté-là que de l'autre. Et peut-on douter
que la nature n'ait attaché plus de
joie aux plaifîrs procurés par les moyens
qui font dans fes voies , qu'à ceux qui
y répugnent.
Une huitième ôc dernière caufe qui
augmente
i/ Onanisme, iii
augmente les dangers de la mafturba-
rion , c'eft l'horreur des regrecs dont
elle doit être fuivie , quand les maux
ont défdlé les yeux fur le crime & fut
f^s dangers.
Miferi quorum gaudia crimen habcct.
Foin des plaifirs , que le remords doit juivre*
Et s'il en eft qui foient dans ce cas 9
ce font les mafttirbateurs. Quand le
voile eft tombé , le tableau de leur
conduite fe préfente fous les faces les
plus hideufes : ils fe trouvent coupables
d'un crime dont la juftice divine ne
voulut pas furfeoir la punition , 8c
qu'elle punit fur-le champ de mort ;
d'un crime réputé très - grand crime
par les païens mêmes :
Hoc nihil e(Te putas : fcelus eft, mîhi erede, fecî
in gens
Quantum vix animo concipis ipfe tuo. Mart.
La honte qui les fuit augmente in-
finiment leur mifere. Tel eft le degré
de débordemens dans quelques en-
droits, que les débauches avec les fem-
mes n'y font prefque regardées que
F
m l'Onanisme.
comme un ufage > les plus coupables
fur cet article n'en font pas myftere ,
& ne fe doutent pas même qu'ils puif-
fent en être plus méprifés. Quel eft le
mafturbateur qui ofe avouer (on infa-
mie ? Et cette néceilîté de s'envelopper
des ombres du myftere ne doit-elle pas
être , à fes propres yeux , une preuve
du crime de ces adtes ? Combien n'en
eft-il pas qui ont péri pour n'avoir ja-
mais ofé révéler la caufe de leurs maux ?
On lit dans pîufieurs lettres de l'Ona-
ma 3 j 'aimerois mieux mourir que de pa-
raître devant vous après un tel aveu*
L'on eft en effet , &c l'on doit être in-
finiment plus porté à excufer celui qui ,
féduit par ce penchant que la nature a
gravé dans tous les cœurs, & dont elle
fe fert pour conferver Pefpece 5 n'a de
tort que celui de ne pas s'arrêter au
point limité par la loi , ou par la fanté j
c'eft un homme emporté par la paflîon
qui s'oublie : l'on eft bien plus porté à
le juftifier , que celui qui pèche en
violant toutes les loix, en renverfant
tous les fentiments, toutes les vues de
la nature. Sentant combien il devroit
être en horreur à la fociété , s'il en
l'Onanisme, 113
croit -connu , cette idée doit le bourre-
let fans ceflfe. // me femhle , me mar-
quoit un de ces criminels , dans la
même lettre dont j'ai cité un fragment
plus haut 3 que chacun lit fur mon vifage
l'infime caufe de mon mal ; & cette idée
me rend la 'compagnie infouunable. Ils
tombent dans la trifteffe & le défef-
poir 'y on en a vu des exemples dans la
quatrième fe&ion de cet ouvrage ; ôc
ils éprouvent tous les maux qu'entraî-
ne une trifteflfe foutenue , fans avoir,
ce qui eft affreux pour un criminel ,
aucun prétexte de juftification , aucun
motif de confolation. Et quels font
ces effets de la trifteflfe î Le relâche-
ment des fibres > le ralentiffement de
la circulation , Timperfedion des di-
geftions , le manque de nutrition , les
obftructions occafionnées par ces ref-
ferrements qui paroiflfent être l'effet le
plus particulier de la trifteflfe } cqs
épanchements d'humeurs y qui font
une fuite des refferrements } les couloirs
du foie fe ferment 5 dit M. de Senac ,
& la bile fe répand par tout le corps ;
les fpafmes , les convulfions , les pa-
ralyfîes , les douleurs 5 l'augmentation
1 14 i/ Onanisme.
de l'angoifTe à l'infini -y tous les acci-
dents qui peuvent être une fuite de
ceux-ci.
Il eft inutile de m'étendre davantage
fur les dangers particuliers à la maftur-
bation ; ils ne font que trop réels &
trop démontrés : je pa(Te aux moyens
de guérifon.
l'Onanisme. 125
ARTICLE III.
La Curation.
SECTION IX.
Moyens de guérifon propofès par les
autres Médecins,
Il ya quelques maladies dans les-
quelles on eft prefque fur du fuccès
des remèdes. Celles qui font les fuires
d(:s épuifemencs vénériens , & 3 à plus
force raifon de la mafturbation , n'en-
trent pas dans cette claflTe ; & le pro-
noftic qu'on peut en faire , quand elles
font parvenues à un certain degré , n'a
rien que d'effrayant. Hippocrate a an
nonce la mort. Cefl une miférable ma-
ladie 9 dit M. Boerhaave : je Vai
vu fouvent ; je n ai jamais pu la gué-
rir (1). M. van Swieten traita fans fue-
cès , pendant trois ans , le malade
(0 Leçons Air fes Inftituts, $. 776.
F iij
116 l'Onanisme,
dont il parle. J'ai vu mourir miséra-
blement de cette maladie. Il y a d'au-
tres malades que je n'ai pas même pu
foulager. Cependant ces exemples ne
doivent pas décourager ; l'on en a de
plus heureux. Il s'en trouve dans la
colle&ion de l'Onania , dans les ob-
servations des .Médecins : ma propre
pratique m'en a fourni quelques-uns.
Dans le même endroit où Hïppocrau
àowîiQ la defcription de la maladie ,
telle que je lai rapportée plus haut y
il indique la curation. » Quand le
» malade fe trouve dans cet état ?
» dit-il , faites - lui des fomentations
» par tout le corps , enfuite donnez-
35 lui un remède qui le falfe vomir j
» après cela un autre qui purge la tète ;
» enfuite un qui purge par en bas. li
» faut entreprendre cette cure ,fur-
» tout au printemps. Après ks purga-
» tifs Ton donne le petit lait , ou le
» laie d'âneffe ; après cela le lait de
» vache durant quarante jours. Pen-
»dant qu'il' boira le lait, il ne man-
3> géra point de viande , & on lui don-
•* nera le foir une bouillie de froment.
35 Après avoir fini Pufage du lait , on
w le nourrira des viandes les plus ten-
l' Onanisme. 127
» cires, en commençant par une petite
» quantité, & on le rengraiflfera par
» ce moyen. Il évitera pendant un an
» toute débauche , tout exercice vé-
33 nérien , & tout autre exercice im-
•* modéré 5 il fe bornera à des prome-
33 nades dans lefquelles il évitera le
» froid & le foleil ».
L'on voit qiiff ippocrate commence
la cure par un vomitif & par une pur-
gation : fon autorité pourroit faire
loi ; & cette loi , dans le plus grand
nombre des cas, feroit nuinble : il eft
aifé de fe retirer de cet embarras , en
remarquant qu'il n'ordonne la purga-
rion que dans la vue de détourner la
fluxion qu'il fuppofoit fe jetter de la
fête fur l'épine du dos , &c que dans un
autre endroit il met ceux qui font ma-
lades après des excès vénériens , dans
le catalogue des perfonnes auxquelles
il ne faut donner aucun purgatif ^ parce-
que non- feule ment ils ne peuvent leur faire
aucun bien , mais qu au contraire ils peu-
vent leur faire du mal (1). Ainfî c'eft
cette dernière règle qui doit être re-
gardée comme générale \ la première
(1) De ratione vi&ûs in morbis acùtis. Foes. p.
40 y. 406.
F iv
nS l'Onanismi.
forme une exception 5 & une exception
même qui paroit fondée fur une théo-
rie dont Terreur eft reconnue aujour-
d'hui 5 & qui ne doit, par-là même y
avoir aucune force.
On trouve dans la difTertation
&yHorfman , que j'ai déjà fouvent citée,
deux obfervations qui doivent rendre
très-circcnfpecfc fur lufage de Téméri-
que j je les rapporterai Tune & l'autre.
Un homme de cinquante ans s'étant
livré pendant long -temps à des excès
en femme , tomba dans la langueur ,
la maigreur ,'la confomption ; fa vue
diminua infenfiblement , enfin il ne
voyoit les objets que comme à travers
un nuage : ce fut à cette époque qu'il
prit un émétique , pour prévenir la
fièvre qu'il craignoit , après un long
ufage de viande de cochon fumée : le
remède lui fit enfler la tête , &c le ren-
dit totalement aveugle. Une proftituée
publique , qui éprouvoit une obfcur-
ciffement dans la vue toutes les fois
qu'elle avoit commerce avec un hom-
me , ayant pris un émétique > perdit
entièrement la vue (1).
(1) De raorbis à nimiâ yener. J. 14 5c z&»
L O N A N I S M E. 125
M. Boerhaave paroît avoir voulu
indiquer les difficultés de la guériibn
plutôt que les moyens de l'obtenir.
30 II y a peu d'efpérance de guérifon ;
» le lait palTe trop facilement } l'exer-
33 cice à cheval ne fait aucun bien à
33 ces fortes de malades , & ils fe plai-
» gnent que ces remèdes les affoiblif-
» fent ^ effectivement > l'exercice rend 5
x> dans l'erreur de leurs fonges , l'écou-
m lement de la femence plus aboii-
r> dant , Se leur ôte en même temps
« leurs forces, Lorfque le jour repa-
ya roît , ils ne quittent leurs lits que
» baignés de fueur , & affoiblis par le
35 fommeil même } ils ne peuvent fup*-
33 porter les aromatiques 5 dont les
» effets font auflî dangereux. La feule
33 reifource , dans ce cas , font les bons
» aliments , un exercice modéré du
33 corps , les bains des pieds , & les
» fridtions faites avec précaution (1) >?.
Parmi les confultations de ce grand
homme 5 que M. de Hallerz ajoutées à
l'édition qu'il en a procurée , il y en a
une pour un homme qui s'étoit rendu
"fout-à-fait inepte aux plaifirs de la-
(1 ) Inflic, de Med. t. 7 , p. 1 1 y .
1$Q L O N A N I S M Z.
mour. » Un homme de trente ans s'eit
*> iî fort affoiblt les organes de la eé-
55 neration , que ■ le fperme s'écoule
» toutes les fois qu'il a quelque coin-
« mencement d'érection , car elle n'eft
33 jamais complette(i) , & la femence
>5 n'eft point lancée avec force 5 mais
« elle s'écoule goutte à goutte, ce qui
» le rend impuififant } il a la mémoire ,
» Feftomac , les reins , les jambes tota-
lement affoiblis >£,
M. Boerhaave répondit : » Ces mâ-
r> ladies font toujours extrêmement
» difficiles à guérir; elles ne fe décla-
» rent prefque jamais que lorfque le
» corps affoibli fait que les remèdes
35 reftent fans effet. On peut eiïayer
» ce que produiront les fuivants : i°„
*> un régime fec &: léger , compofé
» d'oifeaux > de viande de bœuf, de
» mouton , de veau , de chevreau >
» rôtie plutôt que bouillie ; d'une pe-
so tite quantité de bierre excellente ;
j> de peu de vin , mais d'un vin très-
3) fortifiant. i°. Beaucoup d'exercice ,
(i)Ce fymptôme eft très-fréquent parmi les per-
fonnes qui fe font épuifées , & il contribue à entrerè-
nir répuifement ; la plus petite tentation produit un
commencement d'érettion , qui eil fuivi d'un écou*
kment.
l'Onanisme. î 3 i
«augmenté peu -à -peu jufqu'à corn-
33 mencement de laflitude 3 & toujours
>5 à jeun. 30. Des fri&ions , avec une
» flanelle parfumée de la fumée d'en-
55 cens , fur les reins , le bas-ventre , le
» pubis , les aines > le fcrotum , faites
35 régulièrement le foir & le matin.
3? 40. Il faut prendre de deux en deux
w heures , pendant*le jour , une demi-
» drachme de Popiat fuivant,
33 It/L. Terrce jupon, dr. IV. opcpanae.
» dr. V. eort. peruv. dr. VI. conf. ro-
» far. rubr. une. L oliban. dr. II. fucc.
» acac. une. Jf. fyrup. Kerm. q. f. f. L
» a. cond.
3> &c l'on boira par-deffus demi-once
s? du vin médicinal.
» 1JL. Rad earyophyll. mont. Pœn.
s3 mar. aa une. 1 eort. rad. cappar. ea-
53 mirife. aa une. 1. ff] lïgn. agalloeh*
>3 veri une. 1. vin. «ait. alb. libr. VI.
53 f. La. vin. mzd. 33
J'efpere , ajoutoit M. Bocrhaave 5
que le malade fera guéri , après en
avoir fait ufage deux mois. Mais il ne
voulut point s'en fervir, & il mourut
au bout de quelques femaines d'une
dyfenterie maligne. Quel eut été l'ef-
fet du remède ? C'eft ce qu'on ne peut
F vj
i yL l'Onanisme,
pas deviner. M. Zimrmrman m'a écrit ,
qu'il en avoit fait faire ufage à un ma-
lade , pendant deux mois, fans aucun
fuccès.
M. Hoffman indique les précautions
qu'il faut prendre , & les moyens qu'il
faut employer. » Il faut éviter tous les
*> remèdes qui ne conviennent pas aux
»perfonnes foibles, & qui peuvent
» afFoïblir un corps déjà énervé , tels
»> font tous les aitringents , ceux qui
a>font trop rafraîchiftants , les fatur-
»nms, les nitreux , les acides, 8c
» fur-tout les narcotiques ; ils nuifent
» tous dans les cas de cette efpece , &
» malheureufement on ne laifle pas
33 que d'en faire fouvent ufage.
y? Le but qu'on doit fe propofer,
» c'eft de rétablir les forces , & de
» rendre aux fibres le ton qu'elles ont
perdu. Les remèdes chauds , vola-
w tils 5 aromatiques , ceux qui ont
» une odeur forte & agréable , ne con-
*> viennent pas ici ; il ne faut que des
m aliments doux , & propres à répa-
*> rer cette fubftance nutritive gélati-
3> neufe , que les évacuations immo-
35 dérées ont détruite : tels font les
» bouillons forts de bœuf, de veau>
l'Onanisme, 13 3
*> de chapon , avec un peu de vin ,
»de fuc de citron, de îel , de noix
>? mufcade , & de doux de girofle. On
55 joint avec fuccès à cet ufage celui
« des remèdes qui favorifent la tranf-
» piration , & qui raniment le ton
35 languifTant des fibres.
Dans une autre confultation , pour
un mafturbateur , il ordonnoit de
prendre tous les matins une mefure
de lait d'ânelFe, coupé avec un tiers
d'eau de Setter.
Il feroit inutile de citer les précep-
tes ou les obfervations d'autres auteurs.
Je me contenterai de rapporter un cas
très- utile , tel qu'il fe trouve dans une
thefedeM. IVefi^prerni , qui renferme
quatorze obfervations toutes intéref-
fantes (1).
(1) C'eflîa feptieme obfervation. Cetre thefe , bien
digne d'être lue , fe trouve , avec un très grand nom-
bre d'autres petits ouvrages prefque tous excellents 3 Se
introuvables par-tout ailleurs ., dans la belle colie&ion
de tbefes pratiques , que M. Haller. , qui délire
l'avancement de la Médecine avec aurant de zèle que
de difeernement , s'elt donné la peine de publier fous
ce titre , Difputationes ad morkorum hiftoriam & cura.-
tionem facientes. Laufann. 17^8. Le nom de l'éditeur
eft le garant du mérite de l'ouvrage , qui va devenir
une des bafes des bibliothèques de pratique. La pièce
que je cite eit Stephani Weszpremi obftrvationts
medicx, Trajefti 1776, Voyez c. 6 , p. 804,
134 L* O N A N I S M E.
W. Conybearc , âge de trente ans y
avoit depuis fix ans la vue fi obfcurcie ,
fans aucun vice apparent dans l'œil ,
qu'il voyoit tous les objets comme à
travers d'un nuage épais. Il avoit été
fucceilivement dans les trois hôpitaux
les plus célèbres de Londres , S. Tho-
mas ? S . B arthelemi & S. Georges : en-
fin , il y a deux ans qu'il fe rendit dans
le nôtre. Par-tout 5 après les autres re-
mèdes , on avoit efTayé fi la falivation
mercurielle pourroit le guérir de cette
efpece de goutte fereine. Les Méde-
cins étoient laiTés , & le malade en-
tièrement découragé. L'interrogeant
en particulier , & avec beaucoup de
foin fur fa maladie 5 il me dit que ,
de temps en^temps , il fe fentoit mal
tout le long de l'épine du dos 5 fur-
touc quand il fe courboit pour prendre
quelque chofe my que fes jambes étoient
fifoibles, qu'il pouvoit à peine être de-
bout une minute fans s'appuyer 3 au-
trement les jambes lui trembloient 5 &
il avoit un vertige & un éblouiffement }
que fa mémoire étoit fi fort aftoiblie ,
que quelquefois il paroiffbit ftupide ;
&c je vis moi-même qu'il étoit extrê-
mement décharné. Tout cela me fit
i'Onanisml 135
fotipçonner que la goutte fereine pour-
roit bien n'être qu'un fymptome d'une
maladie plus fâcheufe , & que le ma-
lade étoit attaqué d'une véritable con-
fomption dorfale.
Je lefollicitai vivement à m'avouer,
s'il ne s'étoit jamais fouillé de l'abo-
minable crime d'Onan , qui détruit
entièrement les parties balfamiques du
fluide nerveux. Après bien des délais,
il avoua en rougi (Tant. Je lui ordonnai
de prendre le foir deux pilules mercu-
rielles , dont chacune contenoit fix
grains de mercure doux , & le lende-
main une once de fel purgatif, & de
réitérer quatre fois dans quinze jours.
Au bout de ce terme je le fis vivre,
fuivant l'ordonnance iïHippocrate dans
un cas femblable , uniquement de lai- -
tage pendant quarante jours. Dans le
même temps il fe faifoit frotter deux
ou trois fois par femaine , en fe cou-
chant. A la fin de cette cure il revint
de la campagne en beaucoup meilleur
état que quand il étoit parti. Je lui con-
feillai enfuite le bain froid pendant
trois femaines; il le prenoit à jeun,
à hait heures du matin, de deux jours
l'un. Pendant deux mois il prit deux
1^6 l* Onanisme.
fois par jour l'éle&uaire minéral & le
julep volatil , auxquels il joignoit les
fri&ions &c les bains de pied. Ces fe-
cours rétablirent fî bien fa famé , qu'il
vouloit reprendre l'exercice de fa pro-
fefîîon qui étoit la boulangerie ; mais
je lui confeillai de fe vouer à quel-
qu' autre , craignant que Tinfpiration
de la farine qui s'élève en pêtriiTanr
ne formât , dans un eftomac & dans
une poitrine encore foibles 3 une colle
dont les effets auroient pu être dange-
reux,
lA.Stehelin foulagea la malad2 don:
j'ai parlé , Jecl. z , p. 27 5 par des
bains fortifians , la teinture de Mars
de Ludovic* & des bouillons apéritifs.
Les principaux remèdes de ÏOnania
font des fecrets qu'il s'eft réfervés.
L'on voit en général , & cette obferva-
tioneft importante , qu il n'empioyoit
aucun évacuant , & que les roborants
feuls en étoient la .bafe , fous le nom
de teinture fortifiante , the flrenthening
tinclure , & de poudre prolifique 3 the
prolific powder. Ils agitfent fans que
leur a&ion produife aucun eftet fenfî-
ble ; mais , ce font les termes de l'au-
teur , ils tnrichijfcnt > ils fortifient , ils
l' O k a n i s m i* 137
nourrîjfent les parties génicales de l'un
& de l'autre fexe \ ils leur donnent
une nouvelle force ; ils favorifent la
génération de la femence ; ils relèvent
puiffamment les forces d'une nature
accablée (1) ; en un mot> comme tous
les fecrets , ils opèrent tout ce qu'on
leur demande. Il y a un troifieme re-
mède inconnu, fous le nom de potion
reftaurante, qui agit aufli très- effica-
cement ; & , en effet, fi Ton doit ajou-
ter foi à tous les témoignages qui dé-
pofent en faveur de ces remèdes , ils
ont fans doute beaucoup de vertu.
Outre ces trois arcanes , il donne quel-
ques formules ; l'une eft une potion
compofée d'ambre , d'aromates , & de
quelques autres remèdes de la même
clafFe y une féconde eft un Uniment
compofé d'huiles eflTentielles > de bau-
mes , de teintures acres : l'une ôc Tau»
tre de ces comportions me paroiffent
trop ftimulantesj & comme elles n'cnc
pour elles aucune expérience , j'en
omets la delcription : il en indique
deux autres qui paroiffent plus con-
venables*
(i)Onani , p. 177,
13 S l'Onanismî,
Décoction.
J/L. Flor jiecat. lamii (i) mpl. VI.
radie, cyper. & galang. aa une. II. rad.
biflort. une. I. rad. ofmund. régal, une.
II. flor. rof. rubr. mpl. IV. lehthyocoll.
une. III.
Seijfa tuf. mixt. cum aquee quart.
VIII. ad quaruz part, évaporât, co-
quant. pour en prendre tous les jours
un quart (2).
Injection*
^.Saccari Saturni^ vitriol, alb. alum.
rup. aa dr. 1. aq. chalyb., fabror. pint.
2. jf\ per dies dectm igné aren& dïge-
rantur : add. fpir. vin. eamphr. eoehl.
III.
On trouvera de très:fages vues , ap-
plicables à la maladie dont je traite ,
dans un livre qui vient de paroître 3
intitulé, Précis de médecine pratique ,
par M. Lieu rAuu, Médecin ' des En-
(1) Il ne déligne point I'efpece , ce ne peut être que
le lamium album white arckangei , ou le lamium ma*
culatum.
(1 ) Le quart Anglois eft la même mefure ^ue la pinte
de Paris.
l'Onanisme, 159
fants de France , qui , après s'erre fait
un nom diftingué parmi les Anatomif-
tes & les Phyhologiftes , vient de s'af-
furer par cet ouvrage , un des pre-
miers rangs parmi les Praticiens* Les
chapitres relatifs à la confomption
dorfale , font ceux qui ont pour titre y
calor morbofus , chaleur morbifique ;
maladie , pour le dire en pâlTant, très-
fréquente, dont perfonne n'avoit par-
lé , que l'on traite fouvent très-mal >
comme je m'en fuis plaint ailleurs , &
dont M. Lieutaud a développé le pre-
mier les fymptômes , la nature & le
traitement ; vires exkaujlœ , Pépuife-
mentj fkanœmia, qu'on peut tradui-
re le manque defang, chapitre très-in-
téreiTant , qui eft tout entier à l'Au-
teur.
M. Lewis dont je n'avols point pu
me procurer l'ouvrage avant Pimpref-
fîon de la première édition du mien ,
eft celui de tous qui s'eft le plus éten-
du fur la cure. J'ai eu le piaifir de voir
que nous étions parfaitement dans les
marnes idées , Se que nous employions
les mêmes remèdes , fur-tout le kina
& les bains froids } conformité qui me
paroît prouver en faveur de la métho-
^4° L O N A N I S M E.
de que nous avons fuivie l'un & l'autre.
Je ne rapporterai ici que les deux apho-
rifmes qui renferment la fubftance de
fa doctrine } je me fervirai de quel-
ques paflfages de l'explication qu'il y
ajoute , pour confirmer , dans la fe-
€fcion fuivante ? ma propre pratique.
» La cure de cette maladie > dit cet
» habile Médecin , dépend de deux
w articles } ce qu'il faut éviter & ce
?> qu'il faut faire : 8c les remèdes n'ont
» aucune efficace fi Ton n'apporte pas
» une grande attention à tout ce qui
^regarde les chofes non naturelles,
>* ou toutes les branches du régime,
"Un air foin eft de la plus grande
^importance. La diète doit être for-
*> tifiante fans échauffer. Le fommeil
99 ne doit pas être trop long, & il
35 faut dormir à des heures convena-
is blés. L'on doit prendre un exercice
j> modéré , fur - tout à cheval. Si les
» évacuations naturelles fe font irré-
3? gulierement , il faut les mettre dans
» l'ordre. Le malade doit chercher à
» fe diftraire par la compagnie , ou
» par les plaifirs innocents.
» Tous les remèdes doivent être
l' O n a n i s m e. 141
*> tirés de deux clafles , les balfami-
» ques Se les fortifiants ( t ) ».
Il recommande beaucoup, au lieu
de thé , qui eft toujours , dit-il , très-
nuifible aux nerfs, l'infufion de mé-
liife ou de menthe , en mettant dans
chaque taflfe une cuillerée d'une mix-
ture balfamique compofée de crème
& de jaunes d'oeufs battus enfemble
avec deux ou trois gouttes d'huile de
cannelle (i), ce qui fait une boiflon
dont le palais & l'eftomac s'accommo-
dent très-bien , comme j'ai eu occafîon.
de le remarquer moi-même ; &: ce re-
mède eft en effet véritablement balfa-
mique & fortifiant : mais je placerai
ici une remarque qui peut être utile ,
c'eft que M. Lewis indique parmi les
fortifiants qu'il confeille , les remèdes
tirés du plomb (3), &c je me fais un
devoir d'avertir , que malgré fon au-
torité , &: celle de quelques autres
Médecins refpectables > l'ufage inté-
rieur des préparations de plomb eft
un véritable poifon , de l'aveu prefque
(1) K Pra&ical EfTay. p. io , i f &: 34.
(i) Seft. 10 , p. 17. Robuifon confonipr. p. ?S»
(3) Ibid. p, x<S , 28,
142: l* Onanisme.
unanime de tous les Médecins ; j'en
ai vu les effets les plus triftes ; & l'im-
pudente imprudence des Charlatans ne
fournit que trop d'occafions d'en ob-
ferver de tels. Si dn veut le conferver ,
comme celui de quelques autres poi-
fons, qu'au moins l'adminiftration en
foit réfervée à ceux qui font en état
de connoître fes dangers & fes vertus ,
&c qu'on ne l'indique p^s fans précau-
tions dans des ouvrages deftinés au
Public.
Je finirai cette fedion par la mé-
thode que M. Stork emploie dans ces
maladies; elle eft très-fimple , & très-
efficace. En comparant toutes ces mé-
thodes on verra qu'elles font toutes
fondées fur les mêmes principes ;
qu'elles tendent au même but , &
qu'elles emploient des moyens très-
reffemblants les uns aux autres , con-
formité qui fait l'éloge de la métho-
de , & infpire de la confiance. » On
» commence , dit M. Stork , par les
» nourrir de bouillons fucculents. Le
» ris , les gruaux d'avoine 5 ceux d'or-
» ge cuirs avec du bouillon ou du lait 9
» & le lait font très-utiles ; mais il faut
»obferver d'en faire prendre peu de fou-
l'Onanisme. 145
» vent. Si l'eftomac étoit fî fortaffoi-
» bli , comme cela arrive quelquefois
*> quand la maladie a fait de grands
» progrès , qu'il ne pût pas même fou-
» tenir ces aliments fans de grandes
» angoiiîes , il faut donner une nour-
» rice au malade , ce qui en a quel-
le quefois tiré de l'état le plus fâcheux.
» On redonne de la force & de l'ac-
» tion aux fibres relâchées , par l'ufage
» d'un vin avec le fer , le kina & la
>y cannelle : dès que le malade , a aflfez
» de force pour fe promener, il lui e(t
» extrêmement utile d'aller dans un
» air de campagne très - pur 3 ou de
« montagne (1) ».
SECTION X.
Pratique de F Auteur.
IL y a quelques maladies dans lef-
quelles il eft difficile de démêler exa-
ctement la caufe , & par-là même de
déterminer l'indication , & de régler
le traitement , mais qui fe guéniTent
(1) Medicus anuuus, t, i , p. x\6.
144 XvO'N A N I S ME.
avec aflfez de facilité quand on eft par-
venu à ce point ; il n'en eft pas de mê-
me dans la confomption dorfale. L'on
fçait quelle eft la maladie j Ton en con-
noît la caufe : c'eft , comme le dit M.
Lewis ? une efpece particulière de con-
fomption , dont La caufe prochaine efi une
foibleffe générale des nerfs : l'indication
eft aifée à former j l'on ne peut pas
être partagé par-là même fur l'eflentiel
du traitement ; mais fouvent le meil-
leur traitement échoue ; c'eft une raifon
de plus pour en fixer les détails avec
exactitude. Le relâchement général des
fibres , la foibleffe du genre nerveux ,
l'altération des fluides font les caufes
du mal. Il dépend de PafFoiblifTement
de toutes les parties } il faut leur ren-
dre leur force , c'eft l'unique indica-
tion. Elle a fes fubdivifions tirées
des différentes parties afFoiblies } mais
comme les mêmes remèdes fervent à
Jes remplir toutes , il eft inutile de les
détailler ici } elles l'ont été dans le
cours de cet ouvrage.
Ceux qui ignorent parfaitement la
Médecine , & qui en parlent cepen-
dant plus que ceux qui la fçavent , croi-
ront qu'il eft fort aifé de remplir cette
indication ,
l'Onanisme. 145
indication, &: qu'avec de bons aliments
&c des cordiaux , dont nos boutiques
abondent, on fortifie bien aifément ;
de trilles expériences ont au contraire
appris aux plus grands Médecins que
rien n'étoit plus difficile.
// cfi bien aifé y dit M. Gorter , de
diminuer Us forces ; Von ri a prefqu aucun
Jecours pour les réparer ( 1 ). On le com-
prendra aifément (î Ton réfléchit que
les aliments <k les remèdes ne font
autre chofe que les inftruments dont
la nature fe fert pour s'entretenir ,
réparer fes pertes , & remédier aux
dérangements qui furviennent dans le
corps. Et qu'eft-ce que la nature ? L'ag-
grègat des forces du corps diflribuces
harmoniquement. C'eft la force vitale
diftribuée refpectivement dans les dif-
férentes parties. Quand les forces font
épuifées , c'eft donc la nature qui eft
en défaut ; c'eft l'architede ouvrier qui
ne fonctionne plus \ donnez -lui dos
matériaux tant que vous voudrez , il
eft hors d'état de les employer. Vous
pouvez l'enterrer avec fon bâtiment ,
(1 ) De pcrfpir. infenf. p. J04.
146 l'Onanisme.
fous la pierre , le bois & le mortier ,
fans qu'il fe répare un feul pouce de
muraille. Il en eft de même des mala-
dies qui dépendent de la deftru&ion
des forces \ les aliments ne réparent
point , & les remèdes n'agiflenc point.
J'ai vu des eftomacs iî affoiblis , que
les aliments n'y recevoient pas plus de
préparation que dans un vaiffeau de
bois y quelquefois ils s'y arrangent fui-
vant les loix de leurs gravités fpécifi-
ques ; &c quand enfin une nouvelle
dofe irrite Peftomac par fon poids, on
les voit reflortir fucceflîvement par un
léger effort , très - féparés les uns des
autres. D autres fois , par un plus long
féjour , ils s'y corrompent , & on les
vomit tels qu'ils feraient (î on les eût
lailfé gâter dans un baflin d'argent ou
de porcelaine. Que doit-on efpérer des
aliments dans des cas de cette efpece ?
L'épuifement n'eft pas auffi confîdé-
rable dans tous : il en eft dans lefquels
les forces ne font qu'affoiblies fans être
totalement détruites ; il refte alors
quelques reftburces dans les aliments ,
& même dans les remèdes. Ce qui refte
de la nature tire quelque parti des pre-
l'Onanisme. 147
miers ; Se les derniers doivent être de
ceux qu'on a remarqués propres à rani-
mer ce principe d'aétion vitale qui s'é-
teint : ce font les fecours étrangers ,
dont on aide Farchiteéfce , pour qu'il
puiffe travailler à ion ouvrage , en
dépenfant le moins poffible de fes for-
ces; c'eft, d'autres fois, le coup d'éperon
qu'on donne à un cheval foible , pour
qu'il fafle un effort dans un mauvais
pas. Mais qu'il faut d'habileté & de
prudence pour fçavoir juger d'un coup
d'œil la profondeur du bourbier , la
force de l'animal , &c les comparer ! Si
l'ouvrage eft au-deffus de (es forces,
ce coup d'éperon l'obligera, il eft vrai,
à un effort ; mais fi cet effort ne peut
pas le mettre au bon chemin , il ne
fera que l'épuifer totalement.
La foibleffe produite par la maftur-
bation offre une difficulté dans le choix
des remèdes fortifiants, qui ne fe pré-
fente pas dans d'autres cas ; c'eft qu'il
faut éviter avec le plus grand foin
ceux qui , en irritant , pourraient ré-
veiller l'aiguillon de la chair. C'eft une
loi de la méchanique animée , fi diffé-
rente de l'inanimée , & fi peu foumife
ci)
l'4l l'Onanism e.
aux mêmes régies , que quaad les
mouvements s'augmentent , l'augmen-
tation eft plus confidérable dans les
parties qui en font le plus fufceptibles:
ce font , chez les mafturbateurs , les
parties génitales ; c'eft donc dans ces
parties que l'effet des remèdes irritants
fe manifeftera le plus fenfiblement ; Se
les fuites dangereufes de cet effet ne
peuvent rendre trop circonfpedts fur
les moyens qu'on emploie. Quels peu-
vent-ils donc être ? C'eft ce que j'exa-
minerai après avoir détaillé le régime.
Je fuivrai , dans ce détail , la divifion
ordinaire des fix chofes non naturelles ,
l'air , les aliments , le fommeil , les
mouvements > les évacuations naturel-
les & les pallions.
Uaïr.
L'air a fur nous l'influence que l'eau
a fur les poifTons , & même une beau-
coup plus confidérable. Ceux qui fça-
vent à quel point cette première in-
fluence s'étend , qui n'ignorent pas que
les gourmets connoiffent non -feule-
ment la rivière > mais encore l'endroit
^Onanisme. 149
de la rivière où un poilïon a été pris >
& qu'ils diftinguent ^
. . . . i . Lupus hic , Tiberinus , an alto
Captus liiet ? pontefne inter ja&atus , an amnis
Oflia fub Tufci ?
Ceux-là , dis-je , fendront combien il
importe pour les malades de refpirer
un air plutôt qu'un autre. Ceux qui
font entrés une fois en leur vie dans
une chambre qu'on habite fans l'aérer my
ceux qui auront côtoyé <\qs marais dans
les chaleurs , habité dans des lieux bas
entourés d'éminences de tous côtés }
ceux qui auront pafTé d'une ville peu-
plée dans la campagne , qui auront
refpiré Pair au lever du foleii ou à
midi y avant ou après une pluie \ tous
ces gens -là, dis-je , comprendront
comment l'air peut influer fur la fanté.
Temperie cœli corpufque animufque juvatur. Ov 10.
Les foibles ont plus befoin du fe-
cours d'un air pur , que les autres ; c'efl
un remède qui agit , ( & c'eft peut être
le feui ) , fans le concours de la nature ,
fans employer fcs forces 5 il ert par-là
même de la plus grande importance de
G iij
IJO i/ O N A N IS M £.
ne pas le négliger. Celui qui convient
le mieux à une atonie générale , c'eft
un air fec & tempéré : un air humide,
un air trop chaud font pernicieux. Je
connois un malade de cette efpece que
les grandes chaleurs jettent dans un
épuifement total, & dont la fanté va-
rie en été , fuivant l'alternative des
jours plus ou moins chauds. Un air
trop froid eft beaucoup moins à crain-
dre , & cela doit néceflairement être
ainfi : la chaleur relâche les fibres déjà
trop lâches , 8c diffbut les humeurs
déjà trop fondues ; le froid , au con-
traire , remédie à ces deux maux.
Quand les Caribes font attaqués de
paralyfîe , à la faire de ces terribles
coliques convulfîves auxquelles ils font
fajets , lorfquon ne peut pas les en-
envoyer aux bains chauds qu'on trouve
dans le nord de la Jamaïque , on fe
contente de les envoyer dans quelque
endroit plus froid que leur pays y &:
ce feul changement d'air opère tou-
jours très - favorablement. Une autre
qualité effentielle de l'air , c'eft qu'il
ne foit point chargé de particules
nuifibles ; qu'il n'ait point perdu, par
fon féjour dans des lieux habités, cette
l'Onanisme. 151
efpece de qualité vivifiante qui en
fait toute l'efficace , & qu'on pourroic
appeller l'efprit vital , auffi néceflfaire
aux plantes qu'aux animaux : 8c tel eft
l'air qu'on refpire dans une campagne
bien aërée & jonchée d'herbes , d'ar-
bres & d'arbrifTeaux. Que le malade ,
dit ArètU (1 ), demeure auprès des prés,
des fontaines & des ruiflTeaux y les
exhalaifons qui en émanent, 8c la gaie-
té que ces objets infpirent , fortifient
l'ame, animent les forces , 8c rétablif-
fent la vie. L'air de la ville , fans cette
infpiré & expiré , continuellement rem-
pli d'une foule de vapeurs ou d'exha*
laifons infectes , réunit les deux in-
convénients d'avoir moins de cet efprit
vital , 8c d'être chargé de particules
nuiiîbles. Celui de la campagne poflTede
les deux qualités oppofées j c'eft un air
vierge > 8c un air imprégné de tout ce
qu'il y a de plus volatil , de plus agréa-
ble , de plus cordial dans les plantes ,
&c de la vapeur de la terre qui , elle-
même 5 eft très-falubre. Mais il feroit
inutile de fe choilîr une demeure dans
un bon air , fi on ne le refpiroit pas j
(i) De curât, acutor , I, x , e. 3 > p. 102.
Giv
151 L* Onanisme.
l'air des chambres , fî on ne le renou-
velle pas continuellement , eft à peu
près le même dans toutes : ce n'eft
prefque pas en changer que de pafler
d'une chambre fermée en ville dans
une chambre fermée à la campagne.
L'on ne jouit de toute la falubrité
d'une atmofphere faine qu'en pleins
champs. Si les infirmités ou la foihleffe
ne permettent pas de s'y tranfporter ,
l'on doit renouveller plufieurs fois par
jour l'air de la chambre , non pas en
ouvrant Amplement une porte ou une
fenêtre , ce qui le renouvelle peu ,
mais en faifant pafler dans la chambre
un torrent d'air frais , en ouvrant tout
à la fois dans deux ou trois endroits
oppofés. Il n'y a aucune maladie qui
n'exige cette précaution ; mais alors
il convient de fouftraire le malade à
une trop grande impreflion 5 ce qui eft
toujours très-aifé*
Il eft aufli extrêmement important
de refpirer l'air du matin : ceux qui
.s'en privent pour refter dans une at-
mofphere étouffée entre quatre ri-
deaux renoncent volontairement au
plus agréable & peut-être au plus forti-
fiant de tous les remèdes. La fraîcheur
^Onanisme. 155
de la nuit lui a rendu tout fon prin-
cipe vivifiant ; & la rofée qui s'éva-
pore peu-à peu , après s'être chargée
de tout le baume des fleurs fur les-
quelles elle a féjourné , le rend véri-
tablement médicamenteux. L'on nage
au milieu d'une elïence de plantes
qu'on infpire continuellement , <k
dont rien ne peut fuppléer le bon effet.
Le bien-être , la fraîcheur , la force ,
l'appétit qu'on fent pendant le refte du
jour , en eft une preuve à la portée de
tout le monde , plus forte que tout ce
que je pourrois ajouter. J'en ai vu en-
core très-récemment les effets les plus
fenfibles fur quelques perfonnes valé-
tudinaires , fur celles fur - tout qui
étoient hypocondriaques ; elles éprou-
voient > de la manière la plus marquée >
que fi elles humoient l'air au lever du
foleil , elles fe fentoient beaucoup plus
gaies le refte du jour ; & ceux qui le
pafToient avec elles n'auroient pas pu
fe tromper à cette marque fur l'heure
de leur lever. L'on fent combien cet
effet eft important pour les malades de
la confomption dorfale , qui font (i
fouvent hypocondriaques. Le retour
de la gaieté démontre feul d'une fa-
Gv
1 54 l' Onànism e.
çon invincible un amendement géné-
ral dans la fan té.
Les Aliments.
L'on doit être guidé dans le choix
des aliments, par ces deux règles : i°. ne
prendre que des aliments , qui , fous
un petit volume , contiennent beau-
coup de nourriture , & qui fe digèrent
aifément. C'eft Faphorifme de Sanclo-
rius : C dit us irnrnoderatus pofiulat ci! os
paucos & boni nutrimenti ( i ). z°. Eviter
tous ceux qui ont de l'âcreté. Il eft im-
portant de rendre à Peftomac toutes fes
Forces ; & rien ne détruit plus la force
des fibres animales qu'une extenfion
forcée 'y ainfi , iî l'on dilatoit l'eftomac
par la quantité des aliments , on l'af-
fbibliroit journellement : d'ailleurs ->
s'il eft trop rempli , les perfonnes foi-
blés éprouvent un état de mal-aife ,
d'angoifTe, de foiblelfe & de mélan-
colie , qui augmente tous leurs maux.
L'on prévient ces deux inconvénients 3
en choififlfant des aliments tels que je
les ai indiqués, & en n'en prenant que
(1) Se&. £,aph. i*.
l'Onanisme. ifj
peu à la fois 5 mais fréquemment. Il eft
eftentiel qu'ils puillent donner aifé-
ment ce qu'ils ont de nutritif. L'eftomac
n'eft pas en état de digérer ce qui fe
digère difficilement : fon adion extrê-
mement languiflTante , feroit totale-
ment détruite par des aliments , ou
trop durs , ou propres à diminuer fes
forces.
L'on peut , fur ces principes , for-
mer le catalogue de ceux qui convien-
nent dans ce cas , 6c de ceux qu'on
doit exclure. Dans la dernière claiïe
font toutes les viandes naturellement
dures & indigeftes 5 telles que celles
de cochon } toutes celles de vieilles bê-
tes ; celles que l'art a durci au moyen
du fel 8c de la fumée , préparation qui
les rend en même temps acres ; toutes
celles qui font trop grafTes ; les autres
graifTes quelconques , qui relâchent les
fibres de l'eftomac , diminuent l'adion
déjà trop foible des fucs digeftifs 5
reftent indigeftes , difpofent à des ob-
ftrudions , & acquièrent par leur fé-
jour , un caradere d'âcreté , qui , irri-
tant continuellement , donne de l'in-
quiétude > des douleurs ,, de l'infom-
nie y de î'angoifle , de la fièvre. Il rij
GvJ
1)6 L5 O N A N I S M E.
a rien , en un mot , dont les personnes
qui ne digèrent oas , doivent fe garder
avec plus de foin que des chofes gref-
fes. Les pâtes non fermentées , fur-tout
quand elles font pétries avec des graif-
fes, font une autre efpece d'aliment
très-fort au-deflus des forces d'un mau-
vais eftomac. Les herbes potagères ,
en produifant des gonflemens qui le
diftendent ^ & qui gênent en même
temps la circulation dans les parties
voifines , font également nuifibles } tels
font généralement toutes les efpeces de
choux , les légumes à cofle, & ceux qui
ont un goût & une odeur extrêmement
acres , dernière qualité qui les rend
nuifibles , indépendamment des fla-
tuofités.
Les fruits , qui font fi falutaires.dans
les maladies aiguës & inflammatoires ,
dans les obftru&ions , fur- tout dans
celles du foie & dans plufieurs autres
maladies, ne conviennent jamais dans
ces cas, ils afFoibliifent , ils relâchent ,
ils énervent les forces de l'eftomac ; ils
augmentent la difïolution du fang déjà
trop aqueux } mal digérés , ils fermen-
tent dans l'eftomac & dans les inteftins ,
Se cette fermentation développe une
l'Onanisme. 157
quantité étonnante dair , qui produit
des diftenfions énormes qui dérangent
abfolument le cours de la circulation,
J'ai vu cet effet être fi confidérabie
chez une femme , pour avoir mangé
trop de fruits rouges , vingt - quatre
jours après une couche très-heureufe ,
que le ventre étoit tendu au point de
devenir livide } elle étoit dans l'aflbu-
pifTement , & fon pouls prefqu'im-
perceptibie. Les fruits laiflent aufli
dans les premières voies , un principe
acide , propre à occafionner plusieurs
accidents fâcheux ; ainfi il faut prefque
entièrement s'en priver. Les jardinages
crus > le vinaigre , le verjus ont les
mêmes inconvénients > & méritent la
même exclusion.
Quoique le catalogue des aliments
défendus foit long > celui des aliments
permis l'eft encore davantage. Il com-
prend toutes les viandes d'animaux
jeunes , nourris dans de bons endroits y
& bien nourris : telles font fur- tout
celles de veau , de jeune mouton , de
jeune bœuf 5 de poulet, de pigeon , de
poulet d'inde, de perdreau. Les alouet-
tes , les grives 9 les cailles , les autres
gibiers > fans être abfolument intec-
ï 5 ^ L' O N A N I 5 M Ê.
dits , ont cependant des inconvénients
qui ne permettroient pas d'en faire un
ufage journalier. Le poifïbn eft dans
le même cas.
L'on doit non-feulement choifir les
viandes avec foin y il faut encore les
préparer convenablement. La meil-
leure façon , c'eft de les rôtir à un feu
doux qui conferve leur fuc , & qui ne
les defTeche pas j ou de les cuire lente-
ment dans leur propre jus. Celles
qu'on fait bouillir avec beaucoup d'eau
donnent au bouillon tout ce qu'elles
ont de fucculent , & reftent incapa-
bles de nourrir \ fouvent elles ne font
que des fibres charnues dénuées de
leurs fucs , & chargées d'eau , égale-
ment infïpides au goût , & indigènes à
l'eftomac. Il eft très-ordinaire de voir
des perfonnes foibles , fort éloignées
de tout foupçon de friandife , qui ne
peuvent point en manger fans fentir
que leur eftomac fouffre. Plus les vian-
des font tendres , moins elles foutien-
nent cette préparation , qu'on devroit
réferver , quant aux malades , pour ti-
rer des viandes dures ce qu elles ont
de nourrifTant.
Quelques foins qu'on donne à la
L' O N A N I S M E. 159
préparation de la viande , il eft des
perfonues qui ne peuvent pas la digé-
rer : on eft réduit a ne leur en donner
que le jus qu'on exprime après les avoir
fait médiocrement cuire ; mais com-
me il fe corromproit très-aifément , il
faut y joindre un peu de pain , & une
petite dofe de jus de citron , ou un
peu de vin : un tel mélange eft tout
ce qu'on peut employer de plus nour-
riffant. Quelques écreviffes cuites &
écrafées dans le bouillon en relèvent
le goût , & le rendent peut-être en-
core plus fortifiant ; mais elles ont le
double inconvénient d'être un peu
échauffantes , Se de rendre le bouil-
lon plus fufceptible d'une prompre
corruption } ainfi il faut être fur fes
gardes à ces deux égards. Le pain Se
le jardinage n'ont pas l'avantage de
réunir beaucoup de nourriture fous
un petit volume y mais leur ufage y
fur-tout celui du pain , eft abfolument
indifpenfable , pour prévenir , non-
feulement le dégoût que l'ufage d'un
régime tout animal ne manquerait pas
de produire 5 mais encore la putridité
qui en feroit une fuite , fi on ne le
mêloit pas de végétaux. Sans cette pré-
i£o l'Onanisme,
caution Ton verroic bientôt éclor re dans
les premières voies l'alcali fpontané , &
tous les défordres qu'il peut entraîner.
J'ai vu les plus grands accidents pro-
duits par ce régime , chez des perfon-
nes foibles à qui on l'avoit ordonné.
Un des fymptômes les plus ordinaires
eft l'altération : ils font obligés déboi-
re y & la boifîon les affoiblit ; d'ail-
leurs , elle fe mêle difficilement avec
les humeurs , parce que ce mélange
dépend de l'a&ion des vaiflfeaux , qui
eft très-languiflante ; & fi par un mal-
heur, très-ordinaire chez ceux qui ne
prennent que peu de mouvement ,
î'a6tion des reins diminue , les liqui-
des paflent dans le tiflu cellulaire , &
forment d'abord des œdèmes, Se enfin
des hydropifies de toutes les efpeces.
L'on prévient ces dangers en ma-
riant toujours le régime végétal avec
l'animal. Les meilleures herbes font
les racines tendres , & les herbes chi-
coracées , les cardes & les afperges. Il
y en a d'autres qui , quoique fort ten-
dres incommodent , parce qu'ils ra-
fraîchirent trop y ils amortirent la
force de l'eftomac.
Les graines farineufes , préparées 8c
î/O N A NI S ME* \6l
cuires en crème avec du bouillon de
viande , font un aliment qui n'eft
point à méprifer; il réunit ce qu'il y a
de plus nourriffant dans les deux règ-
nes & le mélange prévient le danger
de chaque aliment donné feul } le
bouillon empêche la farine de s'aigrir ,
la farine empêche le bouillon de pour-
rir. L'on s'apperçoit aifément , en li-
fanc les obfervateurs avec un peu de ré-
flexion , que les maladies font plus
malignes dans le nord de l'Europe que
dans fa partie moyenne : cela ne vien-
droit-il point de ce que l'on y mange
plus de viande & moins de végétaux ?
Ce que j'ai dit plus haut des fruits
n'empêche pas , quand Peftomac coiï-
ferve encore quelques forces , qu'on
ne puifTe de temps en temps s'en per-
mettre une petite quantité , des mieux
choifîs pour l'efpece 8c la maturité} les
f>lus aqueux font ceux qui conviennent,
e moins.
Les œufs font un aliment du genre
animal 3 & un aliment extrêmement
utile y ils fortifient beaucoup , de fe
digèrent aifément 5 moyennant qu'ils
ne foient que peu ou point cuits , car
j6i l'Onakisms,
dès que le blanc eft durci il ne fe
diftout plus; il devient pefant, indi-
gefte & ne répare pas ; c'eft alors l'ali-
ment des eftomacs qui digèrent trop ,
& non de ceux qui ne digèrent point.
La meilleure façon de les manger, c'eft
de les avaler en fortant de la poule
fans codtion , ou de les manger à la
coque après les avoir feulement plongé
trois ou quatre fois dans l'eau bouil-
lante y ou délayés dans du bouillon
chaud qui ne bouille pas.
Enfin une dernière efpece d'aliment
c'eft le lait ; il réunit toutes les qua-
lités qu'on defire ;il n'a aucun des in-
convénients qu'on craint. C'eft le plus
fimple , le plus facile à aflimiler , celui
qui répare le -plus promptement^ tour
préparé par la nature , on ne rifque
point de le gâter par la préparation
artificielle ; il nourrit comme le jus de
viande , & n'eft point fufceptible de
putridité ; il prévient l'altération ; il
tient lieu d'aliment & de boifïon ; il
entretient toutes les fecrétions ; il dif-
pofe à un fommeil tranquille ; en un
mot il eft propre A remplir toutes les
indications qui fe présentent dans ce
l* Onanisme. i£j
cas , & M. Lewis l'a vu produire les
meilleurs effets (i). Zacutus Luci-
tanus dut à fon ufage le rétabliffe-
ment d'un jeune homme , que des ex-
cès avec les femmes avoient jette dans
une fièvre lente , accompagnée d'une
chaleur brûlante , & d'une ardeur d'u-
rine qui l'avoit abfolument détruit, &C
l'avoir mis dans l'état d'un fquelete
(2). Pourquoi donc ne l'emploie-t-on
pas toujours , & ne le fubftitue-t-011
pas à tous les autres aliments ? par une
raifon qui lui eft particulière , qui en
dénature fouvent l'effet , & qui fait
qu'il en produit quelquefois un très-
différent de celui qu'on efpéroit &
qu'on avoir lieu d'attendre.
Cette raifon > c'eft l'efpece de dé-
eompofition à laquelle il efl: fujet. Si la
digeftion n'en eft pas prompte, s'il
féjourne trop long- temps dans l'efto-
mae , ou fi , fans y féjourner long-
temps , il y trouve des matières pro-
pres à hâter cette décomposition , il
éprouve les changements qlie nous lui
voyons fubir fous nos yeux : la partie:
(1) Pag. 17
(%) Zacut* LusiTAN. Prax, medic. admit* lib. i*
obf 70,
i^4 l'Onanisme.
butireufe , la caféeufe & la féreufe fe
féparent } le petit-lait occafionne quel-
quefois une diarrhée prompte > d'au-
trefois il paflfe par les voies urinaires
ou par la tranipiration fans nourrir j
les autres parties , fi elles reftent dans
l'eftomac , ne tardent pas à le mole-
fter , à occafionner des maladies , des
gonflements , des naufées , des coli-
ques ; fi l'on ne s'en fent pas incommo-
dé d'abord, c'eft qu'elles paflent par les
inteftins , où elles peuvent , il eft vrai >
féjourner un certain temps fans nuire
fenfiblement , mais elles y acquièrent
un âcreté finguliere , Se au bout d'un
certain temps elles produifent des ac-^
cidents que le délai n'a pas rendus
moins dangereux ; & Ton peut établir
comme une loi qui doit rendre extrê-
mement circonfpedt quand on ordonne
le lait dans des cas graves } que fi c'eft
l'aliment dont la digeftion eft la plus
aifée > c'eft aufli celui dont l'indige-
ftion eft la plus fâcheufe. L'on a vu
plus haut les difficultés que M. Boer-
haave trouvoit dans fon ufage \ mais
quelque grandes qu'elles foient , les
avantages qu'on peut en retirer font
affez coniidérables pour qu'on chet-
l'Onanisme. 165
che tous les moyens polîîbles de les
furmonter , & heureufement il y en a.
L'on peut les ranger fous deux clalfes ;
les attentions de régime ^ & les remè-
des. Je renverrai 1 examen de ceux-
ci à un des articles fuivants.
Les attentions du régime font, pre-
mièrement , le choix du lait : pour
quelque efpece qu'on fe détermine ,
la femelle qui le fournit doit être faine
& bien conduite. En fécond lieu , il
faut éviter , pendant qu'on le prend ,
tous les aliments qui peuvent l'aigrir 5
&c tels font tous les fruits 5 tant cruds
que cuits , & en général tout ce qui
a de l'acidité. Troisièmement , il faut
le prendre dans des temps fort éloi-
gnés des autres aliments ; il n'aime
aucun mélange : 40. n'en prendre que
peu à la fois } 5 °. avoir Feftomac , le
bas- ventre & les jambes extrêmement
au chaud , & fur- tout , 6°. ( fans cette
précaution toutes les autres feroienc
très-inutiles ) 5 fe modérer extrême-
ment fur la quantité des aliments mê-
me les mieux choifis. L'on ne doit ,
pendant qu'on prend le lait , donner
aucun travail à l'eftomac ; la plus pe-
tite furcharge , la plus légère indige-
i66 l'Onanisme,
(lion y laifle un principe de corru-
ption qui corrompe fur-le-champ le
lait , & du plus fain des aliments peut
faire un poiibn quelquefois violent >
& au moins toujours très-nuifible.
Quel lait mérite la préférence ? Pour
répondre à cette queftion , je n'entre-
rai point dans l'examen des différentes
fortes de lait ; ce feroit prolonger
mon ouvrage par un hors d'oeuvre ;
l'on a ià-deffus plusieurs fecours , &c
peut - être point de meilleur qu'une
Diflertation , aujourd'hui fort rare ,
de feu M. cTAppks 5 Do&eur en Mé-
decine , & ProfefTeur en Grec & en
Morale dans cette Académie (i). L'on
n'emploie prefque plus aujourd'hui
que celui de femme , d'âneffe , de chè-
vre &c de vache. Chacun a Ces quali-
tés différentes ; c'eft la comparaifon
de ces qualités & les indications qu'of-
fre la maladie qui doit déterminer le
<:hoix qu'on fait de l'un ou de l'autre*
Il y a peu de cas dans lefquels celui
de vache ne puilfe pas tenir lieu de
tous les autres. L'on croit générale-
( i ) TAAAKTOAOriAS Tcntamcn , 8cc.
Bafle 1707.
l' O N A N I S M E. iCj
ment celui de femme plus fortifiant , •
c'eft Tidée des plus grands maîtres ;
mais l'on appuie cette opinion fur un
fondement ruineux , qui eft l'ufage
qu'elle fait de viandes , fans réfléchir
que dans le même temps on donne la
préférence à celui d'une robufte pay-
fane qui nen mange point 5 ou du
moins très-peu , & qui ne vit que de
pain &c de végétaux. Je crois cepen-
dant qu'on pourrait TefTayer avec fuc-
cès ; les belles cures opérées par fon
ufage ne biffent aucun doute fur fon
efficace : mais il a un inconvénient
qui lui eft particulier , c'eft qu'il doit
être pris immédiatement au mamme-
lon qui le fournit ; c'eft une précaution
dont G alun a déjà connu la néceffité ,
& en fe moquant de ceux qui ne veu-
lent pas s'y aftreindre , il les renvoie
comme, des ânes au lait d'dnejfe : mais
le vafe n'exciteroit-il point des defirs
qu'on cherche à amortir , & ne feroit-
on point expofé à voir renouveller l'a-
venture du Prince dont Capivaccio
nous a confervé l'hiftoire ? On lui
donna deux nourrices ; le lait produi-
sit un fi bon effet , qu'il les mit à me-
168 l'Onanisme,
me de lui en fournir de plus frais au
bout de quelques mois , s'il fe trouvoic
en avoir befoin.
L'on croit que le lait d aneflfe eft le
plus analogue à celui de femme ; mais
qu'on me permette de le dire , c'effc
une afTertion d'opinions plus que d'ex-
périence. 11 eft le plus féreux, Se par-
là même le plus relâchant ; c'eft une
erreur funefte de le croire le plus for-
tifiant. Des obfervations journalières
démontrent le contraire , & prouvent
que non-feulement il n'eft pas le plus
efficace , mais que peut-être il I'eft le
moins. Je n'en ai pas toujours vu de
bons effets , ôc je ne fuis pas le feul :
il me ftmbU , m'écrivoit M. de Hal-
leRj que ce lait d'dnejfe fait rarement
ce quon lui demande, L'inutilité eft un
bien grand défaut dans un remède fur
lequel on fonde la guérifon des mala-
dies les plus graves. M. Hoffman le
confeilloit dans les cas où il y avoit
tout à la fois épuifement ou cupidi-
té (i).
Avant que de quitter ce qui regarde
(i)Ibid. $. 31.
les
l'Onanisme. 169
les aliments , je dois finir par le con-
feil & Horace , c'eft de ne pas faire des
mélanges.
Nam varia? res
Uc noceant homini credas , memor illiirs cfc.t *
Qua; fîmplex olim federic ^ at , limul affis
Mifcueriselixa , (îmul conchylia turdis ,
Dukia fe in bilem vcrteut , ftomachoque camulcum
Lenta feret pituita.
L'on fent , fans qu'il foit befoin
cTinfifter fur ce confeil , combien il eft
impoflible que des aliments très-diffé-
rents fubiifent dans le même temps
une digeftion parfaite. Ce mélange eft
une des caufes qui ruinent les fantés
les plus fortes 5 8c qui tuent les foibles *y
ils ne peuvent l'éviter avec trop de
foin.
Une autre attention également né-
celfaire , &c prefque également négli-
gée , c'eft une maftication exacte ; c'eft
un fecours dont les eftomacs les plus
vigoureux ne peuvent pas fe paflfer
long - temps fans décheoir fenfible-
ment , & fans lequel les foibles ne
font que la digeftion la plus impar-
faite.. 11 faut avoir beaucoup obfervé
pour s'imaginer jufqu'à quel point il
importe à la fanté de mâcher foigneu-
H
170 'i/ Onanisme.
fement. J'ai vu les maux d'eftomac
les plus rebelles , &c les langueurs les
plus invétérées fe difliper par cette
feule attention. J'ai vu d'un autre
coté desperfonnes bien portantes tom-
ber dans les infirmités , quand leurs
dents endommagées ne leur permet-
toient plus qu'une maftication impar-
faite , & ne recouvrer leur fanté que
quand , après la perte totale de leurs
dents , les gencives acquéroienr cette
dureté qui les met à même d'en faire
les fondions.
Tant de détails , tant de précautions
êc de privations font exprimés danSv
un vers de M. Procope.
Vivre félon nos loix , c'eit vivre miférable.
Mais peut- on trop payer la fanté ?
Qu'on eft bien dédommagé des facri-
fices qu'on lui fait , par le plaifîr d'en
jouir , par les agréments qu'elle répand
fur tous les moments de la vie. Sans la
fanté 3 dit Hippocrat£ , on n: peut
jouir cT aucun bien ; les honneurs , les
richeffzs & tous les autres avantages
font inutiles (i). D'ailleurs, ces facrifi-
(i) Dedixtaacuc.l. 3, c. 12 FocT. 368.
h O NANISME. Xyi
ces font bien moindres qu'on ne le
croit. Je puis citer plusieurs témoins
à qui dès les premiers jours > il n'en
a plus rien coûté de renoncer à la va-
riété & à la faveur des mets recherchés ,
pour fe remettre au régime fimple.
C'eit celui qu'indique la Nature ; &z
qui plaît aux organes bien conftitués.
Un palais fain , qui a toute la fenfî-
bilité qu'il doit avoir , ne peut goûter
que les mets fimples ; les compofés,
les apprêts lui font infoutenables , &
il trouve dans les aliments les moins
favoureux une faveur qui échappe aux
organes émou(Tés : ainiî ceux qui y
reviennent pour leur fanté , par raifon
6c avec quelque goût , doivent être
fûrs qu'à mefure qu'ils recouvreront
cette fanté , ils trouveront dans ces
aliments des délices qu'ils n'y foup-
çonnent pas. Une oreille fine démêle
cette légère différence entre deux tons
qui échappe à une oreille moins fen-
fible , il en eft de même des nerfs des
organes du goût : quand ils font exquis
ils apperçoivent les plus légères varié-
tés des faveurs 5 & ils y font fenfibles ;
les buveurs d'eau en trouvent qui les
flattent autant que le Falerne le plus
Hij
Ï-Jl L* O N ANISME.
exquis y Se d'autres qui ne valent pas
les vins de Brie. Enfin , quand on n'au-
roit pas refpérance de fuivre avec plai-
fîr un régime , ( il eft aifé de s'accom-
moder de celui que j'ai indiqué ) > la
fatisfaâtion de fentir qu'en s'y foumet-
tant on remplit un devoir, feroit un
tnotif bien prefTant, une récompenfe
bien flatteufe pour ceux qui connoif-
fent le prix du bien - être avec foi-
même.
Les boifïons font une partie du ré-
gime prefque auiîî importante que les
aliments,
L'on doit s'interdire toutes celles
qui peuvent augmenter la foibiefTe &
le relâchement , diminuer le peu de
forces digeftives qui relient , porter
de Tâcreté dans les humeurs , & difpo-
fer le genre nerveux à une mobilité
déjà trop confidérable. Toutes les eaux
chaudes ont le premier défaut j le thé
les réunit tous ; le café a les deux der-
niers , auffi l'on doit s'en priver avec
la plus grande rigueur. L'auteur d'un
ouvrage au-delïus des éloges , & dont
ceux qui s'intéreflTent pour les progrès
de la médecine attendent la continua-
tion avec la plus grande impatience ,
l5 Onanisme. 17 j
â fait du danger de ces liqueurs un
tableau bien propre à en dégoûter ceux
qui les prennent avec le plus de plai-
Les liqueurs fpiritueufes qui paroif-
fent au premier coup d'oeil pouvoir
convenir en ce qu'elles opèrent préci-
fément le contraire de l'eau chaude ,
dont réellement elles diminuent le
danger fi l'on y en joint une petite
quantité , ont d'autres grands inconvé-
nients qui doivent les faire rejetter ,
ou au moins restreindre à un ufage
extrêmement rare. Leur a&ion eft trop
violente & trop pafTagere ; elles irri-
tent plus qu'elles ne fortfient ; & fi
quelquefois elles fortifient , la foi-
blefte qui fuccede eft plus grande qu'a-
vant leur ufage ; elles donnent d'ail-
leurs aux papilles de Peftomac une
dureté qui leur ôte ce degré de fenfibi-
lité néceflaire pour avoir appétit , &
elles ôtent aux liqueurs digeftives ce
(1) M. Thierry , Auteur anonyme de la Médecine
expérimentale , p. 3 5 5 .
Quand on publie un ouvrage de ce prix , on ne
doit , ni croire qu'on fera long- temps inconnu , ni
craindre d'être dévoilé. Le moment où nous l'aurons
Complet fera une époque confidérable dans l'hiitoire
de la Médecine.
H iij
174 l'Onanisml
degré de fluidité qu elles doivent avoir
pour aider cette fenfation ; aufîi les bu-
veurs de liqueurs ne la connoiffent
point. Les perfonnes , dit l'Auteur illu-
ftre que je viens de citer , qui boivent
tous les jours des liqueurs après le repas >
dans la vue de remédier aux vices des di-
geflions 3 ne pourraient gueres mieux s y
prendre , fi elles voulaient venir à bout
du contraire & détruire les forces dige-
fiives.
La meilleure boiflon eft une eau de
fource très - pure , mêlée avec partie
égale d'un vin qui ne foit ni fumeux ,
ni acide ; le premier irrite fenfible-
ment le genre nerveux 5 & produit dans
les humeurs une raréfa&ion paflagere ,
dont l'effet eft de diftendre les vaif-
feaux pour les laiffer enfuite plus lâ-
ches ,.& d'augmenter la diflolution des
humeurs ; le fécond affoiblit les di-
geftions , irrite, & prociue des urines
trop abondantes qui épuifent les ma-
lades. Les meilleurs vins font ceux qui
ont moins d'efprits & de fel , plus de
terre & d'huile , ce qui forme ce qu'on
appelle les vins moelleux ; tels font
quelques vins rouges de Bourgogne >
du Rhône 3 de Neufchâtel > 6c un pe-
L' O N A N I S M E. 175
îit nombre dans ce pays ; les vieux vins
blancs de Grave , ceux de Pontac bien
choifis 5 les vins d'Efpagne , de Por-
tugal , ceux <\qs Canaries ; &c dans les
endroits où Ton peut en avoir , ceux
de Tokai , fupérieurs peut-être à tous
les vins du monde en falubritc comme
en agrément. Pour l'ufage ordinaire ii
n'en efl: point de préférables à ceux de
Neufchâtel.
Dans les endroits où Ton n'a pas de
bonne eau, on peut la corriger en la
filtrant, en la ferrant ou en y faifant
infufer quelques aromates agréables y
tels que la cannelle 3 l'anis , l'écorce
de citron.
La bierre ordinaire eft nuifible. Le
Mitm^ qui eft proprement un extrait
de grain auflî nourri (Tant que forti-
fiant , peut être d'un grand ufage ; ri-
che d'efprits , il ranime autant que le
vin , & nourrit davantage ; il peut
tenir lieu de boiflfon & d'aliments.
Parmi les boifïons utiles , l'on doit
ranger le chocolat , qui appartient peut-
être à plus jufte titre à la clafle des ali-
ments ; le cacao renferme en lui-même
beaucoup de fubftance nutritive , & le
mélange du fucre & des aromates pré-
Hiv
%*]6 l'Onanisme.
vient ce qu'il pourroit avoir de nuifible
comme huileux. Le chocolat au lait 9
dit M. Lewis > pris à une dofe qui ne
puijje pas Jiir charger l'ejlomac^ efl un ex-
cellent déjeuner pour les perfonnes en con-
fompiion. Je connois un enfant de trois
ans qui étoit au dernier degré de cette ma-
ladie , abandonne de fon Médecin y &
que fa mère rétablit en 7ie lui donnant
que du chocolat à petites dofes , mais
fouvent ; & il efl vrai quon jie peut trop
recommander cet aliment à quelques per-
fonnes foibles ( i ). Il en eft plufieurs
auxquelles il nuiroit infiniment.
Une attention générale , c'eft qu'on
doit éviter la quantité de boiflon quel-
conque y elle affoiblit les digeftions en
relâchant Teftomac, en noyant lesfucs
digeftifs , Se en précipitant les a'iments
avant qu'ils foient digérés ; elle relâ-
che toutes les parties , elle difTout les
humeurs , elle difpofe à des urines ou
à des fueurs qui épuifent. J'ai vu des
maladies produites par l'atonie , dimi-
nuer coniîdérablement fans autre fe-
cours que le retranchement d'une par-
tie de la boifïbn.
'vx)Tab. dorfal. f. p.
I5 O N AN I S M E. I77
Le fommeil.
Ce que l'on peut dire fur le fom-
meil fe réduit à trois articles ; fa du-
rée , le temps de le prendre , &; les
précautions néceflaires pour jouir d'un
fommeil tranquille.
Dès qu'on eft adulte , fept heures de
fommeil , ou tout au plus huit , fufïï-
fent à tout le monde ; il y a du danger
à dormir davantage , & à être plus
long-temps au lit } cela jette dans les
mêmes maux qu'un excès de repos. Si
quelqu'un pouvoit s'y livrer plus long-
temps , ce feroient ceux qui fe don-
nent beaucoup de mouvement 3 &
de mouvements vifs pendant le jour :
mais ce n'eft point ceux-là qui le font,
ce font au contraire ceux qui mènent la
vie la plus fédentaire : ainfi il ne faut
jamais pafTer ce terme , à moins qu'on
ne foit parvenu à ce point de foibleflfe
qui ne laifle pas les forces nécelTaires
pour être long-temps levé j en ce cas
il faut l'être le plus qu'il eft poffible.
Moins on dort , dit M. Lewis , plus le
fommeil efl doux & fortifie.
Hv
i-jî l'Onanism e.
Il eft démontre que l'air de la nuit
eft moins falutaire que celui du jour >
Se que les malades foibles font plus
fufceptibles de Tes influences le foir
que le matin ; il faut donc confacrer
au fommeilj pendant lequel nous fom-
mes bornés à une petite parcelle de
Fatmofphere qu'également nous ne
pouvons pas éviter de corrompre , le
temps où l'air eft le moins fain , & celui
où fufage d'un air moins fain nous
feroit plus nuifible 'y ainfi il faut fe
coucher de bonne heure , ôc fe lever
matin : c'eft un précepte fi connu 5 qu'il
y a peut-être de la trivialité à le rap-
peller ; mais il eft fi négligé , l'on pa-
roît en fentir Ci peu la conféquence ,
qui eft infiniment plus grande qu'on
ne croit, qu'il eft très -permis de le
fuppofer inconnu , & de le rappeller
en infiftant fur fon importance , fur-
tout pour les perfonnes valétudinaires.
Si ton fe couche a dix heures , & l'on
ne doit jamais fe coucher plus tard , ce
font les termes de M. Lewis , en doit
fe lever en été à quatre ou cinq heures ,
en hyver à jîx ou fept 11 efl abfolument
neceffaire , ajoute - t - il , de défendre
l' O M A N I S M E. ij\y
aux perfonnes atteintes de cette ma-
ladie , de fe laiÇfer aller à refier dans le
lit le matin. 11 voudroit meme qu'on
prît l'habitude de fe lever après fou
premier fommeil ^ & aflfure que quel-
que pénible que cette coutume pût
être dans les commencements , elle
deviendroit bientôt aifée &c agréable
(i). Plufieurs exemples prouvent la
falubrité de ce confeii. Il y a plufieurs
perfonnes valétudinaires qui fe feu-
tent très- bien au réveil du premier
fommeil doux & profond , & qui fe
trouvent dans un grand mal-aife 5 fi
elles fe laitfent aller à fe rendormir ;
elles font auffi fûres de palfer bien le
jour 5 fi , quelque heure qu'il foit ,
elles fe lèvent après ce premier fom-
meil , que de le patfer défagrcable*
ment fi elles fe livrent au fécond.
Le fommeil n'eft tranquille que
quand il n'y a aucune caufe d'irrita-
tion , ainfi l'on doit chercher à les
prévenir : trois attentions des plus
importantes font , i°. de n'être pas
dans un air chaud ? & de n'être ni
<i)Pag- 30.
Hvj
l8o i/O NINÏSM E.
trop ni trop peu couvert ; i°. de n'a-
voir pas froid aux pieds en fe couchant ,
accident très-ordinaire aux perfonnes
foibles , & qui leur nuit par plufîeurs
raifons } Ton doit à cet égard obfer-
ver exactement la règle d'HiPPocRA-
te , dormir dans un endroit frais , &
avoir foin de fe couvrir ( i ) ; & 3 °. ce
qui eft encore plus important , de n'a-
voir pas l'eftomac plein : rien au monde
ne trouble le fommeil , ne le rend
inquiet , douloureux, accablant , com-
me une digeftion pénible dans la nuit.
L'abattement , la foiblefTe , le dé-
goût, l'ennui, l'incapacité de penfer
& de s'occuper le lendemain en font
la fuite inévitable.
■ .Vides ut pallidus omnîs
Cœnâ defurgat dubiâ ? quin corpus onuftum
Hefternis vhiis animum quoque degravat unà ,
Atque aiEgit humo divine parciculam aura. Ho*.
Rien au contraire ne contribue plus
efficacement à procurer un fommeil
doux, tranquille, continu, & qui rac-
(i)Epidera.l. 6 , feft. 4 > aph, M.ïocf. 1x80-
l* Onanisme. i.Si
commode , qu'un fouper léger. La fraî-
cheur , l'agilité , la gaieté du lende-
main en font les fuite» nécelïaires.
Alrer, ubi di&o citiùs curata fopori
Membra dédit* vegetus ptaefcripta ad munia fur-
git. Ibi d9
Le temps du fommeil , dit avec bien
de la raifon M. Lewis , efl: celui de
la nutrition , ôc non de la digeftion 9
aulîî il exige dans fes malades la plus
grande fé vérité pour le fouper \ il leur
défend , ôc jamais défenfe plus légiti-
me , toute viande le foir ; il ne leur
permet qu'un peu de lait & quelques
tranches de pain 5 &c cela deux heures
avant que de fe coucher , afin que la
première digeftion foit finie avant que
de fe livrer au fommeil. Les Atlanus ,
qui ne connoilfoient point la diète ani-
male , qui ne mangeoient jamais rien
de ce qui avoit eu vie 3 étoient fameux
par la tranquillité de leur fommeil >
& ignoroient ce que c'eft que fonger»
iSl l' O N A N I S M £*
Les mouvements.
L'exercice eft d'une néceflîté abfo-
lue ; il coûte aux perfonnes foibles d'en
prendre , & fi elles ont du penchant à
la triftefie, il eft très- difficile de les
déterminer à fe mouvoir -jrien n'eft
cependant plus propre à augmenrer
tous les maux qui viennent de foi-
bleffe 5 que Pinadtion ; les fibres de
feftomac , des inteftins , des vaifleaux,
font lâches } les humeurs croupiffenr
par-tout , parce que les folides n'ont
pas la force de leur imprimer le mou-
vement nécefiaire ; il naît des ftafes,
des engorgements , des obftrudtions y
des épanchements ; la coétion , la nu-
trition y les fécretions ne fe font point ;
le fang refte aqueux 5 les forces dimi-
nuent , & tous les fymptômes du mal
augmentent. L'exercice prévient tous
ces maux en augmentant la force de
la circulation; toutes les fondions fe
font comme fi Ton avoit des forces
réelles ? & cette régularité dans les
fonctions ne tarde pas à en donner :
ainfi l'effet du mouvement eft de fup-
pléer les forces , &c de les rétablir. Un
l'Onanisme. 185
autre de fes avantages indépendant de
l'augmentation de circulation , c'eft
qu'il fait jouir d'un air toujours nou-
veau. Une perfonne , qui ne fe remue
point , gâte bientôt celui qui l'envi-
ronne , &c il lui nuit : une perfonne
en adtion en change continuellement.
Le mouvement peut fouvent tenir
lieu çle remèdes ; tous les remèdes du
monde ne peuvent pas tenir lieu de
mouvement.
La fatigue des premiers jours eft un
écueil contre lequel le foible courage
de plufieurs malades échoue j mais s'ils
avoient celui de furmonter ce premier
obftacle , ils fentiroie.it que c'eft véri-
tablement le cas où il ny a que les pre-
miers pas qui coûtent. J'ai été étonné
moi-même de voir à quel point ceux
qui n'avoient pas été rebutés acqué-
roient des forces par l'exercice. J'ai vu
des perfonnes , qui étoient fatiguées de
faire le tour d'un jardin, parvenir en
quelques femaines à faire jufqu'à deux
lieues de chemin , & fe trouver dans
le bien être au retour.
L'exercice à pied n'eft pas le feul
favorable j celui qu'on prend à che-
val vaut même beaucoup mieux pour
184 L* O N A N I S M E.
les perfonnes extrêmement foibles, ou
pour celles qui ont les vifceres du bas-
ventre , & la poitrine endommagés 5
dans une plus grande foibleffe encore >
celui d'une voiture eft à préférer y
pourvu qu'elle ne foit pas trop douce.
Quand la faifon ne permet pas de for-
tir , on doit fe donner du mouve-
ment dans la maifon, ou par quelque
occupation un peu pénible , ou par
quelque jeu d'exercice > tel que le vo-
lant qui exerce également tout le corps.
Le retour de l'appétit , du fommeil ,
de la gaieté font les fuites nécefTaires
du mouvement ; mais il faut avoir la
précaution de ne prendre jamais un
exercice un peu fort auffi-tôt après le
repas 5 & de ne pas manger quand on
a chaud après l'exercice \ on doit le
prendre avant le repas , & fe repo-
ser quelques moments avant que de
manger.
Les évacuations.
Les évacuations fe dérangent avec
les autres fondions , &: leur dérange-
ment augmente le défordre de la ma-
chine y il eft important d'y faire attcri-
L O N A N I S M E. I 8 J
tion afin d'y remédier de bonne heure.
Les évacuations qui exigent principa-
lement nos foins font les felles, les
urines , la tranfpiration & les cra-
chats. La meilleure façon de les main- .
tenir ou de les ramener au point où
elles doivent être , c'eft de s'aftrein-
dre aux préceptes que j'ai donnes fut
les autres objets du régime} quand
on eft exadfc , les évacuations > dont
le plus ouïe moins de régularité eft le
baromètre du meilleur ou du plus mau-
vais état des digeftions , fe font affez ré-
gulièrement. Celle qu'il eft le plus im-
portant de favorifer comme la plus
confidérable , c'eft la tranfpiration ,
qui fe dérange très - aifément chez
les perfonnes foibles. On l'aide en
faifant frotter la peau très- régulière-
ment avec une vergette ou une fla-
nelle ; quand elle eft très - languif-
fante , on n'a pas de plus fur moyen
pour la ranimer que d'avoir tout le
corps couvert immédiatement de lai-
ne. L'on doit éviter d'être trop habil-
lé , dans la crainte de fuer , ce qui
nuit toujours à la tranfpiration } les
couloirs forcés reftent plus foibles 5 Se
s'acquittent moins bien enfuite de
i86 l'Onanisme.
leurs fonctions ; Ton doit éviter de
l'être trop peu , ce qui arrête égale-
ment toute évacuation cutanée. La
partie , que tout le monde , & les
perfonnes foibles plus que les autres ,
doivent tenir le plus chaudement, c'eft
les pieds y Ton ne négligeroit pas cette
précaution fi aifée , ii l'on fçavoit à
quel point elle intérefTe la conferva-
tion de toute la machine. Le fréquent
froid des pieds difpofe aux maladies
chroniques les plus fâcheufes : il y a
un grand nombre de perfonnes foc
lefquelies il produit promptement de
mauvais eftets } mais ceux fur - tout ,.
qui font fujets à des maux de poitri-
ne , à des coliques ou à des obflru-
6tions , ne peuvent trop fe prémunir
contre ces dangers. Les facrificateurs ,
qui marchoient toujours à pieds nucîs
furies pavés du temple, étoient fou-
vent attaqués de violentes coliques.
La falive fe fépare quelquefois très-
abondamment chez les perfonnes foi-
bles } le relâchement des organes fali-
vaires les difpofe à cette copieufe fé-
ctetion 5 (i les malades la crachent con-
tinuellement il en réfulte deux maux ,
l'un qu'ils s'épuifeiit par cette évacua-
l'Onanisme. 187
non -, l'autre , que cette humeur fi ne »
ceflaire à l'ouvrage de la digeftion ,
qui , fans elle , ne s'opère qu'impar-
faitement , lui manque & la rend par-
là même pénible & mauvaife. J'ai fait
affez fentir les dangers d'une mauvaife
digeftion pour qu'il ne foit pas befoin
d'infifter plus long - temps fur ceux
d'une évacuation qui la rend telle , c'eft
par cette raifon que M. Lewis défend
abfolument à fes malades de fumer :
r la fumigation , entr'autres inconvé-
nients , difpofant à une falivation abon-
dante , par l'irritation qu'elle produit
fur les glandes, qui fournirent à cette
fécrecion.
L'infpiration qui fe fait d'une per-
fonne à l'autre , de dont j'ai parlé plus
haut , ne pourroit-elle pas être rappel-
lée ici comme moyen de curation.
Capivaccio avoit cru utile dé faire cou-
cher fon malade entre fes deux nour-
rices, & il eft très-vraifemblable que
l'infpiration de leur exfpiration contri-
bua peut-être autant que le lait à réta-
blir fes forces. Elidœus , contemporain
de Capivaccio , &C Précepteur de Foref-
tus , qui nous a confervé cette obfer-
i S 3 l'Onanisme,
vation (i) , confeilla à un jeune hom-
me qui éroit dans le marafme le lait
d'âneife , & de coucher avec fa nour-
rice qui étoit une femme extrêmement
faine & à la fleur de l'âge ; ce confeil
réufîit très-bien , & on ne difcontinua
que quand le malade avoua qu'il ne
pouvoit plus réfifter au penchant qui
le portoit à abufer de fes forces reve-
nues. On pourroit conferver un re-
mède utile, & en prévenir le danger
en ne mêlant pas les fexes.
Les pajjîons.
L'on a vu plus haut l'étroite union
de famé & du corps ; Ton a compris
combien le bien-être de la première
influoit fur le fécond ; Ton a vu les
fîniftres effets de la triftelTe } ainfi il
eft prefque inutile d'ajouter qu'on ne
peut trop éviter toutes les fenfations
difgracieufes de Pâme, &c qu'il eft de
la dernière conféquence de ne lui en
f>rocurer que d'agréables dans toutes
es maladies , & fur- tout dans celles
(i) Obfervat. U Curât. I. x , obferv. 10, t. i , p.
i il.
l'Onanisme 189
qui , comme la confomption dorfale ,
difpofent par elles-mêmes à la trifteffe,
trifteffe qui par un cercle vicieux les
augmente confïdérablement. Mais, &
c'eft une des difficultés du traitement ,
fouvent les malades fe complaifent à
ce fymptôme de leur mal , &c l'on ne
peut pas les déterminer à faire des ef-
forts pour le furmonter ; d'ailleurs il
ne faut pas fe faire illufion , & croire
qu'il n'y a qu'à ordonner d'être gai ,
pour qu'on le devienne; le rire ne fe
commande pas plus qu'il ne fe défend ,
& l'on eft aufîi peu maître de s'empê-
cher d'être trifte , que d'avoir un accès
de fièvre, ou une rage de dents. Tout
ce qu'on peut exiger des malades , c'eft
qu'ils fe prêtent aux remèdes contre la
trifteffe , comme ils fe prêteroient à
d'autres ; ces remèdes font moins la
compagnie dans ce cas ( nous avons vu
qu'elle leur déplaifoit par des raifons
particulières ) , que la variété des fitua~
tions. Le changement continuel des
objets forme une fuccefîïon d'idées qui
les diftrait , & c'eft ce qu'il leur faut.
Rien n'eft plus pernicieux aux perfon-
nes qui font portées à fe livrer à une
feule idée que le défœuvrement & Pi-
19° l'Onanisme,
na&ion. Rien n'eft fur-tout plus per-
nicieux à nos malades , Se ils ne peu-
vent éviter avec trop de foin Toinveté
& l'abandon à eux-mêmes. Les exer-
cices champêtres , les travaux de la
campagne les diftraifent plus puiflam-
ment que bien d'autres. M. Lewis veut
qu'on ne voie , s'il eft poflible , que
des objets de fon fexe;
Namnon ulîa magis vires induftria fîrmat
Quàm venerem ôc cœci ftimulos ayertere amoris.
Virg.
que les malades ne foient jamais ab-
folument feuls ; qu'on ne les laide
point fe livrer à leurs réflexions j qu'on
ne leur permette ni ledture, ni aucune
occupation d'efprit ; ce font autant
de caufes , dit-il, qui épuifent les ef-
prits , & qui retardent la cure. Je ne
penferois pas avec lui qu'on dût abfo-
lument leur interdire toute le&ure.
On doit leur défendre de lire long-
temps de fuite, ne fût-ce qu'à caufe
de la foibleiïe de leur vue } on doit
leur défendre toute leéhire qui de-
îrandercir de l'application ; on doit
leur interdire févérement toutes cel-
les qui pourroient rappeller à leur
l'Onanisme. i 9 i
fouvenir des idées , à leur imagina-
tion des objets , dont il feroit à fou-
haiter qu'ils perdiffent la mémoire ;
mais il en eft qui , fans fixer beaucoup
l'attention , &c fans pouvoir rappeller
des images dangereufes, les diftrai-
fent agréablement , & préviennent les
dangers terribles d'un ennui défœu-
vré.
Les remèdes.
Je fuivrai le même ordre, que dans
l'article précédent. J'indiquerai les re-
mèdes qu'on doit éviter avant que de
parler de ceux qu'on doit fuivre. J'ai
déjà indiqué une première clalfe de
ceux qu'on doit exclure •> ce font ceux
qui irritent , les remèdes chauds Se
volatils. Il y en a une féconde très-
oppofée , & également nuifîble , les
évacuants. J'ai déjà dit que les fueurs .,
la faiivaûon , les urines abondantes
épuifoient le malade. Je ne reparle-
rai pas de ces évacuations 5 l'on fenc
que tous les remèdes qui les excite-
roient doivent être bannis : il refte à
examiner la faignée , ôc les évacua-
tions des premières voies. L'indica-
tion étant de redonner des forces ,
\
•192, l' O nanisme.
pour juger s'ils conviennent, il ne s'agit
que de fçavoir 11 ces évacuations font
propres à la remplir. Je ferai court. Il
y a deux cas dans lefquels la faignée
rérablit les forces, dans les autres elle
les ôte ; ou quand on a trop de fang ,
<:e n'eft pas le cas des perfonnes en
confomption 3 ou quand le fang a ac-
quis une denfîté inflammatoire qui ,
le rendant impropre àfes ufages , dé-
truit promptement les forces ; c'eft la
maladie des gens vigoureux , de ceux
qui ont les fibres roides , & la circula-
tion forte : nos malades font précifé-
ment dans le cas contraire ; la faignée
ne peut que leur nuire. Toutes les gout-
tes de fang, dit. M. Gilchiust, font
précieufes aux perfonnes qui font en con-
fomption ; la force affimilante qui la ré-
pare efl détruite , & ils nen ont que ce
quil faut pour foutenir la circulation
très - foiblemeut (ij. M. Lobs , qui a
très-bien approprié les effets des éva-
cuations , eft pofitif. Dans les corps ^
dit-il y qui nom que la quantité de fang
néceffaire , fi on la diminue par les fai-
gnées ou par Us autres évacuations y on
{i) On fea voyage, p. X17.
diminue
Ij*Qh A nisme. 193
diminue les forces , on trouble les fécre-
tions , & on produit plujieurs maladies ( 1).
La façon dont M. Senac parle de la
faignée , lui donne encore plus fûre-
ment l'exclufion dans ce cas. Si la ma-
tière denfe ou rouge manque , les faignées
jont. inutiles ou pernicieufes ; on doit donc
les interdire aux corps exténués y dont le
fang ejl en petite quantité > ou a peu de
corifïftajicc ; quand il ne fort des vaiffeaux
au une liqueur qui à peine peut donner
de la couleur au linge ou à Veau (z).
L'on a vu que tel étoit l'état du fang
des mafturbateurs } & c'eft générale-
ment celui des perfonnes foibles 8c va-
létudinaires. Que ceux qui travaillent
a les guérir par la faignée, comparent
leur méthode à ce précepte fondé fur
la théorie la plus éclairée , & les ob~
fervations pratiques les plus nombreu-
fes & les mieux réfléchies } ce font les
bafes de l'ouvrage d'où je le tire , &
qu'ils jugent des fuccès auxquels ils
doivent s'attendre.
Les remèdes , qui évacuent les pre-
(1) Aletter shewiog what is the propter prépara-
tion of perlons for inoculation , §. 4.
(2) Traité du coeur ,It 4 , c. 1 , $• x , 1. 1 1 ,p..if.
1
194 l'Onanisme.
mieres voies , fortifient > quand il fe
trouve dans ces parties , ou des amas
de matières fi considérables , que par
leur maffe elles gênent les fondions
de tous les vifceres , ou quand il y a
dans l'eftomac & dans les premiers
inteftins des matières putrides dont
l'effet ordinaire eft une grande foi-
bleffe. Dans ces cas-là on peut em-
ployer les évacuants , ïî rien ne les
contr'indique , s'il n'y a point d'autres
moyens de débarrafïèr les premières
voies y ou s'il y a du danger à ne pas
les évacuer promptement. Ces trois
conditions fe trouvent rarement chez
les perfonnes qui font dans un état
de confomptionf chez lefquelles la
foibleffe & l'atonie des premières
voies eft une contr 'indication toujours
préfente aux purgatifs ou aux émeti-
ques. Il y a le plus fouvent un autre
moyen d'en procurer l'évacuation fue-
ceflive , c'eft d'employer les toniques
non aftringents , tels font un grand
nombre d'amers qui , en redonnant
du jeu aux organes , produifent le dou-
ble bon effet de digérer ce qui peut
l'être , & d'évacuer le fuperflu. 11 y a
enfin rarement du danger à ne pas les
l'Onanisme. 195
évacuer promptement ; ce danger a
lieu quelquefois dans les maladies ai-
guës ; l'âcretc des matières que la
chaleur augmente , 8c la prodigieufe
réaétion des fibres , peuvent occahon-
ner des fymptômes violents > qui n'ont
jamais lieu dans les maladies de lan-
gueur , dans lefquelles les évacuants
proprement dits ne font par-là même
jamais , à beaucoup près > aulîî nécef-
faires , 8c font , comme je l'ai dit
très-fouvent contr'indiqués. L'atonie,
le manque d'a6fcion font la caufe des
amas , quand il s^n fait ; qu'on les
vuide par un purgatif, l'effet eft dif-
iipé , mais la caufe qui l'a produit eft
confîdérablement augmentée ; Ton a à
réparer 8c le mal exiftant , 8c celui
que le remède a fait; fî l'on ne par-
vient pas à y remédier promptement ,
l'effet fe reproduit plus vite qu'aupa-
ravant *y 8c fi l'on fe laifFe aller à em-
ployer de nouveau les purgatifs , on
augmente une féconde fois le mal ;
l'on fait d'ailleurs contra&er aux intef-
tins une pareiTe qui les empêche de
faire leurs fondions ; l'on parvient au
point de ne plus avoir d'évacuation que
jc,6 l'Onanisme.
par art \ en un mot ^ les purgatifs ,
dans les embarras des premières voies
chez les perfonnes foibles , ne pro-
duifent une diminution dans l'effet
qu'en augmentant la eaufe ; ne foula-
gent pour le moment qu'en empirant
la maladie. L'on ne fuit cependant
que trop cette méthode ; les malades
Faiment 3 elle paroît plus prompte *
& efFe&ivement pourvu que la chute
des forces ne foit pas trop considéra-
ble 5 ils fe trouvent foulages pour peu
de jours -y le mal , il eft vrai 3 revient 5
mais on aime mieux l'attribuer à i'in-
fuHïfance qu'à l'opération du remède ,
auquel on s'affeélionne \ d'ailleurs les
malades font pour le foulagement pré-
fentj Se peu de Médecins ont le cou-
rage de s'y oppofer : il eft cependant
bien important , en Médecine comme
en morale > de fçavoir facrifier le pré-
fent à l'avenir } la négligence de cette
loi peuple le monde de malheureux
& de valétudinaires. Il feroit à fou-
haiter que l'on pût inculquer à tant
de Médecins &c à tant de malades le
beau morceau qu'on trouve dans la
pathologie de M. Gaubius , fur tous les
l'Onanisme. 197
maux que cet abus des purgatifs en-
traîne ( 1).
N'y a-t il point de cas, dira-t-on ,
dans lefquels les émétiques &r les pur-
gatifs puiffent être admis pour les ma-
lades dont je parle ? Sans doute il en
eft quelques-uns , mais très-rares ; &c
il faut bien de l'attention pour ne pas
fe laiîTer tromper aux fignes qui pa-
roifïent indiquer les évacuants 5 & qui
fouvent dépendent d'une caufe qu'on
doit attaquer par de tout autres remè-
des. Je n'entrerai point dans le détail
de ces diftin&ions , il feroit hors de
place ; & il me fuffit d'avoir averti que
les évacuants dévoient rarement avoir
lieu dans cette maladie. M. Lewis croit
qu'un émétique doux peut préparer
utilement les premières voies pour les
autres remèdes , mais il ne veut pas
qu'on aille au-delà: plufieurs cas m'ont
appris qu'on pouvoir & qu'on devoir
très-fouvent s'en paiTer; & j'ai rap-
porté plus haut deux observations de
M. Hoffman qui prouvent tout le dan-
ger de ce remède. Sans expérience le
feul bon fens perfuade qu'un remède ,
(ij . 484-
In,
i5>8 l'Onanisme,
qui donne des convulfîons 5 doit peu
convenir dans des maladies qui font
F 'effet de convulfions réitère es ; il eft
cependant vrai qu'il y a des circon-
ftances qui peuvent le rendre néeeflai-
re ; je l'ai employé depuis peu , & il
a opéré favorablement.
C'eft en combattant la caufe qu'on
détruit le mal^ pour peu qu'on en en-
levé chaque jour, on eft fur que l'effet
difparoîtra fans crainte de retour. Si
l'on n'agit que fur l'effet , le travail
de chaque jour eft non-feulement inu-
tile au jour fuivant 5 mais prefque tou-
jours nuifihle.
Après r.voir indiqué ce qu'on doit
éviter, que doit-on faire ? J'ai mar- -
que plus haut les caractères que doi-
vent avoir les remèdes } fortifier fans
irriter. Il en eft quelques-uns qui peu-
vent remplir ces deux indications ; ce-
pendant le catalogue n'en eft pas long ,
& les deux plus efficaces font , fans
contredit, U quinquina & les bains froids.
Le premier de ces remèdes eft , depuis
près d'un fiecle , regardé , indépen-
damment de fa vertu fébrifuge , com-
me l'un des plus puiffauts fortifiants ,
& comme calmant. Les Médecins mo~
l'Onanisme. 199
dénies les plus célèbres le regardent
comme fpécifique dans les maladies
des nerfs. L'on a vu qu'il entroic dans
l'ordonnance de M. Boerhaave rappor-
tée plus haut ; 8c M. Vandtrmondt
s'en efl: fervi avec beaucoup de fucccs
dans le traitement d'un jeune homme
que des débauches en femme avoiene
jette dans un état très-fâcheux (1). M.
Ltvris le préfère à tous les autres re-
mèdes , &c M. Suhclin , dans la lettre
dont j'ai déjà parlé plufieurs fois, die
qu'il ie croit le plus efficace de tous.
Vingt fiecles d'expériences exactes
8c raifonnées ont démontré que les
bains froids poflfédoient les mêmes
qualités. Le Dodeur Baynard en a
prouvé l'ufage plus particulièrement
dans les défordres produits par la mas-
turbation & les excès vénériens, fur-
tout dans un cas où , indépendamment
de PimpuiflTance 8c d'une gonorrhée
fimple , il y avoit une fi grande foi-
bleife , augmentée , il eft vrai , par les
faignées 8c les purgatifs , qu'on regar-
(1) Recueil périodique cTohfervations de MéJect-
ne , &c. t. 6 , p 1 6f. L'on trouve dans le fécond vc**
lume de ce même ouvrage la description d'une maladie
produite pat la même caufe qui mérite d'être lue.
Iiv
ioo l'Onanisme.
doit le malade comme au bord du
tombeau (i).
M. Lewis ne craint pas d'affirmer
encore plus positivement leur efficaci-
té : De tous Us remèdes , dit-il , foit in-
ternes ifoit externes yilny en a aucun qui
égale les bains froids. Ils rafraîchirent >
ils fortifient les nerfs > & ils aident la
tranfpiration plus efficacement qu aucun
remède intérieur ; bien ménagés ils font
plus efficaces dans la confomption dorfale
que tous les autres remedis pris enfem-
ble. (i) L'on doit même remarquer que
les bains froids ont , comme je l'ai
déjà dit de l'air , un avantage parti-
culier j c'eft que leur adtion dépend
moins de la réadtion , c'eft-à-dire des
forces de la nature , que celle des au-
tres remèdes j ceux-ci n'agitfent pres-
que que fur le vivant my les bains froids
donnent du reflTort même aux fibres
mortes.
L'union du quinquina & des bains
froids efl indiquée par la parité de
leurs vertus 5 ils opèrent les mêmes
(i)*YXP0AY2IA, or the hiftory of cold
bathing. p. 254 , 181.
(2.) p. 3*.
l'Onanisme. 201
effets; Se étant combinés ils guérififent
des maladies que tous les autres remè-
des n'auroient fait qu'empirer. Forti-
fiants , fédatifs , fébrifuges > ils redon-
nent les forces , diminuent la chaleur
fébrile & nerveufe , & calment les
mouvements irréguliers produits par
la difpofition fpafmodique du genre
nerveux. Ils remédient à la foibleiîe
de l'eftomac , 8c diffipent très-prom-
ptement les douleurs qui en font la
fuite. Ils redonnent de l'appétit ; ils
facilitent la digeftion & la nutrition ,
ils rétablirent toutes les fécretions , &
fur-tout la tranfpiration , ce qui les
rend fi efficaces dans toutes les mala-
dies catarrhales & cutanées ; en un
mot ils remédient à toutes les mala-
dies caufées par la foibleffe 3 pourvu
que le malade ne foit attaqué ni d'ob-
ftruétions indifTolubles , ni d'inflam-
mation , ni d'abfcès ou d'ulcères inter-
nes , conditions qui n'excluent , même
nécessairement ou prefque néceffaire-
ment , que les bains froids , mais qui
permettent fouvent le quinquina.
J'ai vu , il y a quelques années 5 un
étranger âgé de vingt-trois ou vingt-
quatre ans , qui, dès fa plus tendre
Iv
202 l Onanisme.
enfance 5 étoit tourmenté par des maux
de tête cruels , & prefqne continus , vu
Ja fréquence & la longueur des accès
qui etoient toujours accompagnes du-
ne perte totale de l'appétit. Le mat
avoir considérablement empiré par l'u-
fage des f ignées , des évacuants , des
eaux purgatives , des bains chauds ,
des bouillons , &c d'une foule d'autres
remèdes. Je lui ordonnai les bains
froids & le quinquina. Les accès devin-
rent en peu de jours plus foibles & beau-
coup moins fréquents : le malade au
bout d'un mois fe crut prefque radi-
calement guéri y la cefTation des remè-
des & la mauvaife faifon renouvelle-
rent les accès , mais infiniment moins
violemment qu'auparavant } il recom-
mença la même cure au printemps fui-
vant , & la maladie vint à être fi lé-
gère , qu'il crut n'avoir plusbefoin de
rien. Je fuis perfuadé que les mêmes
fecours réitérés une ou deux fois le
guériront radicalement.
Un homme de vingt-huit ans étoit
dé olé , depuis bien des années, par
une goutte irréguliere qui fe jettoit
toujours à la tête, & occalionnoit des
défordres effrayants fur le vifage y il
L'ON ANISM E. lOJ
avoir confulrc plufieurs Médecins 5 &c
e(Tayé des remèdes de plufieurs efpe-
ces , & depuis peu un vin médicinal
compofé des aromates les plus péné-
trants infufés dans le vin d'Efpagne ;
tous , ce îur-tout le dernier > avoient
augmenté le mal -y Ton avoit appliqué
des véficatoires aux jambes qui occa-
fioiinoient des fymptômes violents ; ce
fut à cette époque que je fus demandé.
Je lui conieillai une forte décodion de
quinquina & de camomille , qu'il con-
tinua pendant fix femaines , Se qui lui
redonna plus de fanté qu'il n'en avoit
eu depuis bien des années. Il feroit inu-
tile de rapporter un plus grand nom-
bre d'exemples , fur-tout étrangers k
la matière , pour prouver la vertu for-
tifiante de ces remèdes fi bien démon-
trée depuis long-temps , &c dont tout
indique l'ufage dans cette maladie ,
ufage dont les plus heureux fuccès ont
confirmé l'utilité.
Quand j'ai employé le quinquina en
forme liquide , j'ai ordonné la déco-
ction d'une once avec douze onces
d'eau , ou fuivant l'indication ? de vin
rouge > cuit pendant deux heures dans
un vailTeau bien fermé , pour en pieu-
ivj
204 l' O N A K I S M £.
dre trois onces trois fois par jour. Je
place les bains froids le foir , quand la
digeftion du diner eft entièrement fi-
nie ; ils contribuent à procurer un fom-
ineil tranquille. J'ai vu un jeune ma-
fturbateur qui pafïoit les nuits dans
rinfomnie la plus inquiète , & qui éroit
baigné tous les matins dans des fueurs
colliquatives } la nuit qui fuivit le
fixieme bain , il dormit cinq heures >
Se fe leva le matin fans fueur , & beau-
coup mieux.
Le mars eft un troifieme remède ,
trop employé dans tous les cas de foi-
blefTe 5 pour qu'il foit néceffaire d'infi-
fter fur fon efficacité comme fortifiant ;
comme il n'a rien d'irritant 3 il eft
extrêmement approprié à nos malades.
On le donne ou en fubftance , ou en
infufion ; mais la meilleure prépara-
tion ce font les eaux martiales prépa-
rées par la nature , &c fur- tout les eaux
de Spa, l'un des plus puiffanrs toniques
qu'on connoiffe , & un tonique qui ,
bien loin d'irriter > adoucit tout ce
que les humeurs peuvent avoir de trop
acre. Les gommes 5 la myrrhe , les
amers , les aromates les plus doux font
auffi d'ufage. Ce font les circonftances
l'Onanisme. 105
qui doivent décider fur le choix entre
ces différents remèdes. Les premiers
que j'ai indiqués méritent généralement
la préférence } mais il peut fe trouver
des cas qui en exigent d'autres 'y on
peut en général les choifir dans toute
la claffe des nervins, en prenant pour
bouifole dans ce choix les précautions
que j'ai indiquées plus haut. C'eft une
maladie de nerts , on doit la traiter
comme telle , & fouvent on l'a fait ,
& on a réufli fans en connoître la
caufe ; il eft vrai ? & des obfervations
inconteftables me l'ont démontré, que
l'ignorance de cette caufe , &c par-là
même la négligence des précautions
qu'elle exige , a d'autres fois rendus in-
fructueux les traitements les mieux in-
diqués en apparence , fans que les Mé-
decins puifent pénétrer la caufe de ce
peu de fuccès.
J'ordonnai au jeune homme 5 dont
le cas eft décrit dans un fragment de
{qs lettres (p. 35), des pilules , dont
la myrrhe faifoit la bafe , & une dé-
codtion avec le quinquina , qui eurent
le plus heureux fuccès (1). Je rnapper-
(1) R.Myrrh* eleti. une. Jf. gum. galban. e*tr, tri-
fol fikr. terr* Japon, aa. dr. IL Syr, cort, aur* q* f.f%
io6 l'Onanisme.
çois chaque jour , m'écrivoit-il feize
jours après avoir commencé ces remè-
des , du grand bien qu'ils me font ; mes
maux de tête ne font plus ni fi fréquents ,
ni fi violents ; je ne les ai plus que lorfque
je m'attache trop , Veflomac va mieux , je
ri ai plus que rarement les douleurs dans
les membres. Au bout d'un mois fa gué-
rifon fut complette , à cela près qu'il
n'avoit pas, & n'aura peut-être jamais
les forces qu'il auroit eues fans fa mau-
vaife conduite. L'échec , que la ma-
chine reçoit dans le temps de Taccroif-
fement a des confèquences qui ne fe
réparent poinr. Puiflfe cette vérité être
bien imprimée dans Fefprit des jeunes
gens ; elle a été depuis peu fortement
prêchée. La jeuneffe , dit M. Linn^eus y
efl un temps important pour fe former
une fantè robufle. Rien rfejl plus à crain-
dre que Vufage prématuré ou exceffif des
plaifîrs de i amour : il en naît des foi-
bleffes dans la vue , des vertiges , la di"
minution de ly appétit y & même Vaffoi-
hliffement de Vejprit & de la raifon. Un
pil. gr. ÎIU fept , Une heure avant le déjeuner , le dî -
ner 6c le fouper , avec trois onces de la boiffon. R.
cort. peruv une IL co-\ rai. canp. un:. /. cinnam.
acut. dr IL Limai. t\art. innoluL lax. un:. Jf. cu-m
43. font. lib. II. Jf. I. a. f. dtcotL
l'Onanisme. 207
corps énervé dans la jeunejfe rien revient
plus ; fa vieillcjfe ejl prompte & infirme v
& fa vie courte (1). Seize cents ans
avant ce grand Naturalifte , Plutarque 9
dans fon bel ouvrage fur l'éducation
des enfants , avoit recommandé la for-
mation de leur tempérament comme
une chofe extrêmement importante.
Von ne doit , dit-il , négliger aucun des
foins qui peuvent contribuer à f élégance
& à la force du corps ( les excès dont
je traite nuifent autant à Tune qu'à
l'autre ), car > ajoute-t-il, le fondement
d'une vieilleffe heureufe cefl une bonne
conflïtution dans la jeunejfe : la tem-
pérance & ta modération à cet âge
font un paffeport pour vieillir heureu-
fement.
À Pobfervation précédente , dont le
fuccès paroît dû au quinquina , j'en
joindrai une autre dans laquelle les
bains froids furent le principal remède.
Un jeune homme d'un tempérament bi-
lieux , inftruit au mal dès l'âge de dix
ans 3 avoit toujours été dès ce temps-là
0 ) Ce morceau eft tiré d'une Di (Ter rat ion de cet if-
luftre Naturalise > fur Us fondement s de la famé j voyes
Mercure Danoi y Juillet i ç8 , p. ?$•
(1) De puerorum infiitut* c» ro»
io8 l'Onanis m s.
foible , languififant , cacochyme ; il
avoit eu quelques maladies bilieufes
qui avoienc eu beaucoup de peine à
fe guérir , il étoit extrêmement mai-
gre , pâle > foible , trifte. Je lui ordon-
nai les bains froids , &c une poudre
avec la crème de tartre > la limaille &
très-peu de cannelle 5 dont il prenoit
trois fois par jour. Dans moins de fîx
femaines il acquit une force qu'il n'a-
voit jamais coniïu auparavant.
Un grand avantage des eaux de Spa
&du quinquina , c'eft que leur ufage
fait pafiTer le lait. Les eaux de Spa par-
tagent cet avantage avec quelques au-
tres eaux. L'on a vu plus haut que M.
Hoffhian ordonnoit le lait d'âneife avec
un tiers d'eau de Selter.. M. de la
Meitrie nous a confervé une belle ob-
fervation de M. Boerhaave. Ce Duc
aimable 3 je traduis mot à mot > s'étoit
mis hors du mariage ; je tai remis de-
dans par r ufage des eaux de Spa avec
le lait (1).
La foiblefTe de l'eftomac qui rend
la digeftion trop lente 5 les acides , le
(i) Supplément à l'ouvrage de Pénélope, ch. p. 1. $j.
Amabilis ille Dux fepofuera; extra rvutrimoaium 3 ego
illum repofui mua.
i'Onanism h.
peu d'aétivité de la bile , les engor-
gements dans les vifceres du bas-ven-
tre font les principales caufes qui em-
pêchent la digeftion du lait , & qui
n'en permettent pas l'ufage. Les eaux
qui remédient à toutes ces caufes , ne
peuvent qu'en faciliter la digeftion ;
& le quinquina, qui remplit les mê-
mes indications 5 doit auffi fe marier
très-bien au lait. L'on peut employer
ces remèdes , ou avant , pour préparer
les voies y ce qui eft prefque toujours
nécefTaire , ou en même temps.
Je rétablis parfaitement en 1753 un
étranger qui s'étoit tellement épuifé
avec une courtifane qu'il étoit incapa-
ble d'aucun ade de virilité } fon efto-
mac étoit auffi extrêmement afFoibli ;
Se le manque de nutrition & de fbttt-
meil l'avoient réduit à une grande
maigreur. A fix heures du matin il pre-
noit fix onces de décoéxion de quin-
quina , à laquelle on ajoutoitune cuille-
rée de vin de Canarie : une heure
après il prenoit dix onces de lait de
chèvre qu'on venoit de tirer, Se auquel
on ajoutoit un peu de fucre de une once
d'eau de fleur d'orange. 11 dinoit d'un
poulet rôti , froid , de pain &c d'un
1IO L O N A N I S M 1.
verre d'excellent vin de Bourgogne
avec autant d'eau. A fix heures du foir
il prenoit une féconde doCe de quin-
quina ; à fix heures & demi il entroit
dans un bain froid 5 dans lequel il ref-
toit dix minutes ; & au fortir duquel
il entroit dans fon lit. A huit heures il
reprenoit la même quantité de lait ; il
fe levoit depuis neuf jnfqu'à dix. Tel
fut l'effet de ces remèdes , qu'au bout
de huit jours il me cria avec beaucoup
de joie , quand j'entrai dans fa cham-
bre , qu'il avoit recouvré le Jigne exté-
rieur de la virilité , pour me fervir de
I'expreffion de M. de Buffbn. Au bout
d'un mois il avoit prefqu'entierement
repris fes premières forces.
Quelques poudres abforbantes ;
quelques cuillerées d'eau de menthe ;
fouvent la feule addition d'un peu de
fucre y quelques pilules avec l'extraie
de quinquina peuvent aulîi contribuer
à prévenir la dégénération du lait. L'on
pourroit aulîi employer cette gomme,
nouvellement introduite dans quel-
ques endroits d'Angleterre , fous le
nom de gummi rubrum Gambienfe , &c
fur laquelle on trouve une petite dif-
fertation dans l'excellente collection
l'Onanisme. nr
que publie la nouvelle Société cb Mé-
decins formée à Londres (i) 'y elle for-
tifie , & elle adoucit : ce font les deux
grandes indications dans les maladies
dont il eft que ft ron.
Enfin , fi quelque foin qu'on prît ^
il étoit impoffible de foutenir le lait r
on pour roi t e/Tayerle lait de beurre.)
je l'ai confeillé avec fucccs à un jeune
homme pour lequel un principe d'hy-
pocondrialgie me faifoit craindre le
lait entier. Les bilieux le boivent avec
plaifir , & s'en trouvent toujours bien ;
on doit le préférer au lait toutes les
fois qu'il y a beaucoup de chaleur, un
peu de fièvre , une difpofition éréfi-
pélateufe y &c il eft fur- tout d'un très-
grand ufage, quand les excès vénériens
produifent une fièvre aiguë, telle que
celle dont mourut Raphaël. Malgré la
foiblefTe , les toniques nuiroient ; la
faignée eft dangereufe } le fameux
Jonjlon , mort Baron de Ziebcndorf y
il y a plus de quatre- vingt ans , l'avoit
déjà défendue positivement dans ce
cas (1) \ les cures trop rafraîchifiantes
(i) Médical ©bfervations and inquiries. I. p. 36.
(i) In febrç ex vencre cavendum à vcnae fe&ione»
Syntagma 1. 1 y tic. 1 , c. u
m l'Onanisme,
ne réuffiffent pas , comme M. Vander-
monde le prouve , & comme je l'ai vu
moi-même \ mais le lait de beurre réuf-
fit très-bien , pourvu qu'il ne foit pas
trop gras. 11 calme , il délaie > il adou-
cit , il défaltere , il rafraîchit , & en
même temps il nourrit Se il fortifie ,
ce qui eft bien important dans ce cas >
dans lequel les forces fe perdent avec
une promptitude dont on n'a point
d'idée. M. Gilchrifl 5 qui ne fait pas
grand cas du lait dans l'éthifte 5 loue
extrêmement le lait de beurre dans la
même maladie (i).
Depuis la dernière édition de cet
Ouvrage , faite il y a fepe ans , j'ai
été confulté par olufieurs personnes
cnervees : quelques-unes ont ece entiè-
rement guéries ; un a(Tez grand nom-
bre considérablement foulagées ; d'au-
tres n'ont rien gagné; &c quand le mal
eft parvenu à un certain point , tout ce
qu'on peut efpérer c'eft que les remè-
des airctent les progrès du mal : j'ai
ignoré une partie des fuccès.
Le lait , dans prefque toutes ces
cures y a été l'aliment principal ; le
(i) On fea voyage, p. np
l' Onanisme- aij
quinquina, le fer, les eaux martiales &:
le bain froid ont été les remèdes. J'ai
mis quelques malades entièrement au
lait , d'autres n'en prenoient qu'une
ou deux fois par jour.
Le malade , dont j'ai détaillé la ma-
ladie dans la feétion V , où j'en ai
promis le traitement, ne vécut pen-
dant trois mois que de lait , de pain
bien cuit, d'un ou deux œufs fortant
du ventre de la poule , par jour , &
d'eau fraîche , au moment où on l'ap-
portoit de la fontaine. Il prenoit du
lait quatre fois par jour; deux fois au
fortir du pis , fans pain , deux fois
chauffé avec du pain. Le remède étoit
un opiat compofé de quinquina , de
conferve d'écorce d'orange , & de fi-
rop de menthe. Il avoit Teftomac cou-
vert avec un emplâtre aromatique j
on lui frottoit tout le corps avec une
flanelle tous les matins } il prenoit le
plus d'exercice qu'il pouvoit à pied Se
à cheval , & fur- tout il vivoit beau-
coup en plein air. Sa foiblefTe & {q$
maux de poitrine m'empêchèrent de
lui confeiller les bains froids à cette
époque. Le fuccès des remèdes fut tel ,
que les forces revinrent, l'eftomac fe
ZI4 l'Onanis me.
rétablit ; il pat au bout d'un mois faire
•une lieue de chemin à pied } les vomif-
fements ceflTerent entièrement ; les dou-
leurs de poitrine diminuèrent xoniî-
dérablement , &c il continue depuis
plus de trois ans à être dans un état
fort tolérable } il revint peu-à-peu aux
aliments ordinaires 3 parce qu'il fe
dégoûta du lait.
Les parties génitales font toujours
celles qui recouvrent le plus lentement
leurs forces , fouvent même elles ne les
recouvrent point 3 quoique le refte du
corps paroilfe avoir recouvré les tien-
nes ; l'on peut prédire à la lettre , dans
ce cas j que la partie qui a péché fera
celle qui mourra.
J'ai toujours trouvé plus de facilité
à guérir ceux qui fe font épuifés par
des grands excès en peu de temps , dans
l'âge fait > que ceux qui fe font épuifés
à la longue par des pollutions plus
rares , mais commencées dans la pre-
mière jeunefle , qui ont empêché leur
accroiiTement , &: ne leur ont jamais
•laifTé acquérir toutes leurs forces. On
peut envifager les premiers comme
ayant eu une maladie très violente qui
.a confumé toutes leurs forces j mais
l'Onanisme. % i t
les organes ayant acquis toute leur per-
fection , quoiqu'ils aient beaucoup
fouffert 5 la ceflation de la caufe , le
temps j le régime , les remèdes peu-
vent les rétablir. Les féconds n'ont
jamais laifTé former leur tempéra-
ment 5 comment fe rétablirai ent- ils ?
Il faudroit que l'arc opérât dans l'âge
de la maturité ce qu'ils ont empêché
la nature d'opérer dans l'enfance &
dans la puberté : on fent combien cet
efpoir eft chimérique } & les obferva-
tions me prouvent tous les jours que
les jeunes gens qui fe font livrés à cette
fouillure dans l'enfance , & à l'époque
du développement de la puberté -, épo-
que qui eft une crife de la nature , pour
laquelle toutes fes forces lui font né-
ceffaires , l'obfervation me prouve ,
dis je , que ces jeunes gens ne doivent
point efpérer d'être jamais vigoureux
& robuftes, & ils font très -heureux
quand ils peuvent jouir d'une fanté
médiocre , exempte de grandes mala-
dies & de douleurs.
Ceux qui ne fe repentent que
tard, dans un âge où la machine fe con-
ferve quand elle eft bien montée , mais
où elle ne répare que péniblement >
il 6 l'Onanisme,
ne doivent pas non plus avoir de gran-
des efpérances : au-defTus de quaran-
te ans il eft rare de rajeunir.
Quand j'ordonne le quinquina avec
du vin , je ne fais pas vivre unique-
ment de lait, mais je fais prendre le
remède le matin , &c du lait le foir.
J'ai trouvé quelques malades pour ief-
quels il a fallu changer cet ordre : le
vin pris le matin les faifoit conftam-
ment vomir.
Quand j'emploie les eaux minérales ,
j'en fais boire quelques bouteilles pu-
res avant que de les mêler avec du
lait.
Quand le mal eft invétéré il dégé-
nère ordinairement en cacochymie ,
& il faut commencer par la détruire
avant que travailler au rétabliffement
des forces : c'eft dans ce cas que les
évacuants font quelquefois indifpen-
fablement nécefTaires , &c opèrent très-
efficacement. Les fortifiants , les nour-
riflfants , le lait , ordonnés dans ces
circonftances , jettent dans une fièvre
lente , & le malade perd {es forces à
proportion de Tufage qu'il en fait.
Quand des excès prompts jettent
tout-à-coup dans des foiblelfes fi con-
fidérables >
l'Onanisme. 217
fidérables , qu'on a lieu de craindre pour
la vie du malade , il faut recourir aux
cordiaux a&ifs , donner du vin d'Ef-
pagne avec un peu de pain , des bouil-
lons fucculents avec des œufs frais 5 met-
tre le malade au lit , & lui appliquer
fur l'eftomac des flanelles trempées
dans du vin chauffé avec de la théria-
que.
Dans les cas où les excès vénériens
ont occafionné une fièvre aiguë , on ne
doit employer la faignée que quand
elle eft indiquée par la plénitude & la
dureté du pouls ; ôc il vaut mieux en
faire deux petites qu'une grande. La
décoétion blanche 5 de l'eau d'orge
avec un peu de lait , quelques prifes
denitre , des lavements avec une dé-
codîon de fleurs de bon- homme, quel-
ques bains de pieds tiedes , 8c pour
nourriture des bouillons de veau fari-
neux , font les remèdes véritablement
indiqués , &c ceux qui ont réufli très-
promptement dans les cas où je les ai
employés.
Les fymptômes demandent rarement
un traitement particulier , & ils ce-
dent au traitement général. On peut
cependant joindre quelquefois les for-
K
1 18 e'Onanis m e.
tifiancs externes aux fortifiants inter-
nes 5 quand on veut fortifier plus par-
ticulièrement une partie , ôc j'ai Sou-
vent confeillé , avec fuccès , des épi-
thèmes, ou des emplâtres aromatiques
fur Feftomac y Ôc il n'eft pas inutile
d'envelopper les tefticules dans une
fine flanelle trempée dans quelque li-
quide fortifiant, ôc de les foutenir par
l'ufage d'un fufpenfoire.
L'on peut placer ici ce que dit M.
Gorter. » J'ai quelquefois guéri la goût-
» te fereine occafionnée par des excès
» vénériens , en employant les forti-
55 fiants internes > ôc des poudres na-
» fales céphaliques qui 5 par l'irrita-
*> tion légère qu'elles produifoient 5
» déterminoient un plus grand afflux
«desefprits animaux fur le nerf opti-
» que(i).
Il feroit inutile d'entrer dans de
plus grands détails fur la cure ; quel-
qu'étendue que je leur donnaflTe , ils
ne pourroient jamais fervir à guider
les malades fans le fecours d'un Mé-
decin , pour lefquels ilsferoient inuti-
les. Je me fuis plus étendu fur le ré-
(i)De peifpir , infenfîb. p. 514» f i J»
l'O N AN I S M E. 2I9
gime , parce que , quand le mal n'a
pas fait de grands progrès, joint à la
ceiïation de la caufe , il peut feul opé-
rer la gucrifon , &c que chacun peut
s'y aftreindre fans aucun danger. Il
ne me refteroit pour terminer cette
partie , qu'à joindre la cure préferva-
toire ; j'ai ferai que cet article man-
quoit à la première édition de cet ou-
vrage , & que c'étoit un vuide effen-
tiel. Un homme célèbre dans la Ré-
publique des Lettres par {es ouvrages,
& plus refpedtable encore par fes ta-
lents , fes connoiiTances & fes qualités
perfonnelles , que par fon nom & par
les emplois qu'il remplit (I dignement
dans une des premières villes de Suif-
fe , M. Ifelin , Secrétaire d'Etat à Bafle,
{ il voudra bien me permettre de le
nommer ) , m'a fait fentir ce vuide
d'une manière bien polie. Je rappor-
terai le fragment de fa lettre avec d'au-
tant plus de plaifir , qu'il marque pré-
cifément ce qu'il faudroit faire. Je
jbuhaiterois , m'écrit- il, de voir de vo-
tre main un ouvrage dans lequel vous
expliquiez Us moyens les plus fur s & les
moins dangereux , par le/quels les pa-
rents P pendant le temps de l'éducation ,
l'Z.0 L O N A N I S M E.
6" les jeunes gens y lorfqu ils font aban-
donnés à leur propre conduite , pour-
voient le mieux fe prèferver de cette vio-
lence des defrs , qui les porte à des excès
dont naiffent des maladies fi horribles %
ou à des défordres qui troublent le bon-
heur de la fociété , & le leur propre. Je
ne doute pas qu'il ny ait une diète quifa-
vorife particulièrement la continence ; je
crois quun ouvrage qui nous Venfeigne-
voit y joint à la dejeription des maladies
produites par V impureté , vaudroit les
meilleurs traités de morale fur cette ma-
tière,
II a fans doute bien raifon ; rien ne
feroit plus important que cette addi-
tion qu il délire ; mais rien de plus
difficile en la féparant des autres par-
ties de l'éducation , non - feulement
médicinale, mais morale. Pour traiter
cet article à part , fi l'on vouloit le
traiter bien , il faudrait établir un
grand nombre de principes , qui pro-
longeraient beaucoup trop ce petit
ouvrage 3 Se qui lui font d'ailleurs
très-étrangers. Quelques préceptes gé-
néraux , ifolés des principes & des
divifions néceflfaires , non-feulement
ieroient peu utiles > mais pourraient
l'Onanisme. m
ttieme devenir dangereux • ainfi il vatit
mieux renvoyer ce traité , à faire par-
tie d'un plus confidérable fur les
moyens de former un bon tempéra-
ment , & de donner aux jeunes gens
une fanté ferme > matière qui , quoi-
. que traitée par d'habiles gens , n'efl
pas encore épuifée , tant s'en faut , &
fur laquelle il y a une foule de chofes
extrêmement importantes à ajouter ,
auffi bien que fur les maladies de cet
âge. Ainfi , malgré moi , je ne touche-
rai point ici cet article. Tout ce que je
puis dire, c'eft que l'oifiveté , l'ina-
ction > le trop long féjour au lit , un lit
trop mol , une diète fucculente, aro-
matique , falée , vineufe , les amis
fufpech , les ouvrages licencieux ,
étant les caufes les plus propres à
porter à ces excès , on ne peut les évi-
ter avec trop de foin. La diète e(t
fur-tout d'une extrême importance , &c
Ton n'y fait pas aflez d'attention. Ceux
qui élèvent les jeunes gens devraient
avoir préfente la belle obfervation de
S. Jérôme : Les forges de Vidcain , Us
volcans du Vèfuve & le mont Olympe ne
brillent pas de plus de jlammes y que les
jeunes gens nourris de mets fuccu lents &
Kiij
on l'Onanisme.
abreuves de vin. Menjot , l'un des Mé-
decins de Louis le grand 5 dès le mi-
lieu jufqu'à la fin du (iecle dernier ,
parle de femmes que l'excès d'hippo-
cras jetta dans une extafe vénérienne*
L'ufage du vin & des viandes eft d'au-
tant plus fâcheux , qu*en augmentant
la force des aiguillons de la chair , il
afFoiblit celle de la raifon , qui doit
leur réfifter. Le vin & les viandes hébe-
untTamt^ dit Plutarque dans fort
Traité du manger des viandes , ouvrage
qui devroit être généralement lu. Les
plus anciens Médecins avoient déjà
connu l'influence du régime fur les
mœurs \ ils avoient l'idée d'une Méde-
cine morale ; & Galkn nous a laiifé fur
cette matière un petit ouvrage, qui eft
peut-être ce que l'on a de mieux juf-
qu'à-préfent. L'on fera convaincu y
après l'avoir lu , de la réalité de fa
promette. » Que ceux qui nient que la
« différence des aliments rend les uns
» tempérants , les autres diftolus ; les
» uns chaftes , les autres incontinents ;
» les uns courageux > les autres pol-
» trons ; ceux-ci doux , ceux-là querel-
la leurs y d'autres modeftes , des der-
" niers prefomptueux , que ceux > dis-
l* Onanisme. 22
F
» je y qui nient cette vente viennent
35 vers moi , qu'ils fuivent mes con-
» feils pour le manger 5c pour le boi-
* re , je leur promets qu ils en reti-
» reront de grands fecourspour laphi-
w lofophie morale ; ils fendront au-
» gmenter les forces de leur ame 5 ils
» acquerront plus de génie , plus de
m mémoire , plus de prudence , plus
» de diligence. Je leur dirai auffi quel-
« les boi(ïbns , quels vents , quelle tem-
» pérature de l'air 5 quels pays ils doi-
»vent éviter, ou choifir (1) » Hippo-
cratc , Platon , Ariftotc^ Plutarque nous
avoient déjà laifTé de très-bonnes cho-
fes fur cette importante matière ; &
parmi les ouvrages qui nous reftent du
Pythagoricien Porphyre 3 ce zélé anti-
chrétien du troifîeme fiecle, il y en a
un de Vabjlinence des viandes y dans le-
quel il reproche à Firmus Cajlricius > à
qui il PadrefTe, d'avoir quitté la diète
végétale , quoiqu'il eût avoué qu'elle
étoit la plus propre à conferver la fan-
ée, & a faciliter l'étude de la philo-
fophie ; & il ajoute, depuis que vous
(t) Quod animi mores corporis temperamenta fe-
quantur, c. 9. Charterius, t. y , p. 457*
Kiv
224 L5 O N A M I S M E*
mangez de la viande , votre expérience
vous a appris que cet aveu étoir bien
fondé. Il y a de très- bonnes chofes
dans cet ouvrage.
Le préfervatifle plus efficace , le feul
infaillible, c'eft fans contredit celui
qu'indique le grand homme qui a le
mieux connu fes femblables, & toutes
leurs voies; qui a vu non- feulement
ce qu'ils (ont, mais ce qu'ils ont été,
ce qu'ils doivent être , & ce qu'ils
pourraient encore devenir ; qui les a
le plus véritablement aimés } qui a fait
les plus grands efforts en leur faveur ;
qui s'eft facritié pour eux , qui en
a été le plus cruellement perfécuté.
Veille^ avec foin fur le jeune homme ,
ne le laifje^ feul ni jour , ni nuit ; cou-
che^ tout au moins dans fa chambre. Des
qu'il aura contracte cette habitude % la
plus funefle a laquelle un jeune homme
puiffe être ajjujetti , il en portera juf-
quau tombeau les trijles effets ; il aura
toujours h corps & le cœur énervés. Je
renvoie à l'ouvrage même pour lire
tout ce qu'il y a d'excellent fur cette
matière (ij.
( i ) Voyez de l'Education , t. z » p, 13 t. t. 3 y p.
2.J5 , &c.
l'Onanisme. 22.5
La peinture du danger , quand on
s'eft livré au mal , eft peut-être le plus
puifïant motif de corre&ion ; c'eft un
tableau effrayant , bien propre à faire
reculer d'horreur. Rapprochons-en les
principaux traits. Un dépériffement
général de la machine } raffoihliife-
ment de tous les fcns corporels & de
toutes les facultés de Pâme > la perte
de l'imagination &c de la mémoire 5
l'imbécillité ,1e mépris, la honte, l'i-
gnominie qu'elle entraîne après loi ;
toutes les fondions troublées , fufpen-
dues,douloureufes; des maladies lon-
gues , fâcheufes , bizarres, dégoûtantes ;
des douleurs aiguës & toujours renaif-
fantes ; tous les maux de la vieilleffe
dans l'âge de la force } une ineptitude
à toutes les occupations pour lesquelles
l'homme eft né ; le rôle humiliant d'ê-
tre un poids inutile à la terre ; les
mortifications auxquelles il expofe jour-
nellement} le dégoût pour tous les
plaifirs honnêtes ; l'ennui ; l'averfion
des autres & de foi qui en eft la fuite j
l'horreur de la vie , la crainte de de-
venir fuïcide d'un moment à l'autre ;
l'angoiflTe pire que les douleurs } les
remords pires que l'angoiffe , remords
Kv
%i6 l'Onanisme.
qui , croiflant journellement, & pre-
nant fans doute une nouvelle force ,
quand lame n'eft plus aifoiblie par les
liens du corps , ferviront peut-être de
fupplice éternel 3 & de feu qui ne s'é-
teint point \ voila Fefquifle du fort ré-
ferré à ceux qui fe conduiront comme
s'ils ne le craignoient pas.
Avant que de quitter l'article du
traitement 2 je dois avertir les malades ,
( & cet avis regarde également tous
ceux qui ont des maladies chroniques ,
fur-tout quand elles font accompa-
gnées de foibleffe ) 5 qu'ils ne doivent
point efpérer que l'on puiife réparer
clans quelques jours des maux qui font
le produit des erreurs de quelques
années. Ils doivent s'attendre aux en-
nuis d'une cure longue , & s'aftrein-
dre fcrupuleufement à toutes les règles
du régime y fi quelquefois elles paroif-
fent minutieufes , c'eft parce qu'ils ne
font pas en état d'en fentir l'impor-
tance ; il faut qu'ils fe répètent fans
cefie, que l'ennui de la cure la plus
rigide eft fort inférieur à celui de la
maladie la plus légère. Qu'il me foit
{>ermis de le dire , fi Ton voit des ma-
adies curables qui ne guéri(fent poinc
l'Onanisme. 227
parce qu'elles font mal traitées , l'on en
voit aufli un grand nombre que Tin-
docilité du malade rend incurables ,
malgré les fecours les mieux indiqués
de la part du Médecin. Hippocrate
exigeoit , pour mieux s'alïurer du fuc-
cès , que le malade , le Médecin & les
affiftants firent également leur devoir :
fi ce concours étoit moins rare 5 les
ifïues heureufes feroient plus fréquen-
tes. Que le malade , dit Aretée > foit
courageux , & qu'il confpire avec le
Médecin contre la maladie (1). J'ai vu
les maladies les plus rebelles céder à
FétablifTement de cette harmonie ; Se
des obfervations très-récentes m'ont
démontré que la férocité même des
maladies cancéreufes cédoit à des cures
ordonnées peut-être avec quelque pru-
dence , mais fur-tout exécutées avec
une docilité & une régularité dont les
fuccès font l'éloge.
( 1 ) De diuc. morb. 1. i . pro'ém. p, 27»
0^gjf>
K vj
2.2.3 l'O nanisml
ARTICLE IV.
Maladies analogues.
SECTION XL
Z^ pollutions nocturnes.
J 'ai montré les dangers d'une éva-
cuation trop abondante de femence par
les excès vénériens Se par la mafturba-
tion y & j'ai dit au commencement de
cet ouvrage qu'elle fe perdoit aufïi par
les pollutions noélurnes dans des fon-
ges lafeifs , &c par cet écoulement con-
nu fous le nom de gonorrhée (impie ;
j'examinerai brièvement ces deux ma-
ladies.
Telles font les loix qui unifiTent Famé
au corps, que lors même que les fens
font enchaînés par le fommeil , elle
s'occupe des idées qu'ils lui ont tranf-
mifes pendant le jour.
Res , qti;e in vira ufurpant homines , cogitant > cu-
rant , vicient ,
Quxque aiunt vigilantes agiuntque , ea û cui in
(bmno accidunt ,
Minus mirum eit. Ace,
l'Onanisme. 219
Une autre loi Je cette union 3 c'eft
que fans troubler cet enchaînement des
autres fens , ou , pour ôter toute équi-
voque , fans leur rendre la fenfibilité
aux impreflîons externes , i'ame peut
dans le fommeil faire naître les mou-
vements néceflTaires à l'exécution des
volontés que les idées dont elle s'oc-
cupe lui fuggerent. Occupée d'idées
relatives aux plaifirs de l'amour 3 livrée
à des fonges lafeifs > les objets qu'elle
fe peint produifent fur les organes de
la génération les mêmes mouvements
qu'ils y auroient produits pendant la
veille 5 & l'a&e confomme physique-
ment 5 s'il fe confomme dans l'imagi-
nation. L'on fçait ce qui arriva à Horace
dans un des gîtes de fon voyage à
Brindes.
Hic ego mendaeem ftuluflïinus ufque puellam
Ad mediam not^eai exfpecfco : fomnus tamen aufext
Tntentum veneri : turn immundo fomnia vifu
Nocturnam veftem maculant, ventremque fupinum.
Ces organes 5 à leur tour , irrités les
premiers ne réveillent quelquefois que
l'imagination , & fufeitent des fonges
qui fe terminent comme-les précédents.
Ces principes fervent à expliquer les
•différentes efpeces de pollutions .
230 l'Onanisme,
La première eft celle qui vient d'une
furabondance de femence ; c'eft celle
des gens à la force de l'âge , qui font
fanguins , vigoureux , chartes. La cha-
leur du lit venant à raréfier les hu-
meurs 5 &la liqueur fpermatique étant
plus fufceptible de raréfaéHon qu'une
autre , les véficules irritées entraînent
l'imagination qui , dénuée des fecours
qui lui feroient voir l'illufîon , s'y li-
vre toute entière ; Fidée du coït en
produit l'effet dernier , l'éjaculation.
Dans ce cas cette évacuation n'eft point
une maladie , c'eft plutôt une crife fa-
vorable, un mouvement qui débarraffe
d'une humeur qui , trop abondante Se
trop retenue , pourrait nuire } & quoi-
que quelques Médecins , qui n'ajoutent
foi qu'à ce qu'ils ont vu , l'aient nié ,
il n'en eft pas moins vrai que cette li-
queur peut 5 par fon abondance , pro-
duire des maladies différentes du pria-
pifme ou de la fureur utérine.
Qu'on me permette une courte di-
greflîon fur cette queftion ; elle n'eft
pas étrangère à monfujet.
Galkn nous a confervé l'hiftoire
d'un homme Se d'une femme que l'ex-
cès de femence rendoit malades , Se
l'Omanisme. 23 1
qui furent çuéris en renonçant à la
continence qu'ils s'étoient impofée ( 1 ) j
& il regarde la rétention de cette hu-
meur comme capable de produire des
accidents très-fâcheux. J'ai vu à Mont-
pellier une obfervation femblable en
rout à celle de la femme dont ce grand
homme parle. Une veuve très-robufte,
âgée de près de quarante ans , qui avoit
joui très-fouvent , pendant long-temps ,
du phyfique de l'amour, & quienétoic
privée depuis quelques années , tom-
boit de temps en temps dans des ac-
cès hyftériques fi violents , qu'elle per-
doit l'ufage des fens; aucun remède
ne pouvoit difliper les accès ; on ne
pouvoit les faire finir que par de fortes
frictions des parties génitales, qui lui
procuroient un tremblement convulfif
fuivi d'une abondante éjaculation j ôc
dans le même inftant elle recouvroic
fes fens. L'on a publié depuis la pre-
mière édition de cet ouvrage trois ob~
fervations entièrement analogues , l'une
de M. Weber , Médecin à Waflrode,
dans l'éle&orat d'Hanovre , qui l'a
(t ) De loris afFeftis. I. S, 0 y, Charter , t. 7 , p>
5'^
i$i l'Onanisme.
inférée dans un recueil de très-bonnes
observations , qu'il publia fuccefiïve-
ment (i) ; les autres font de M. Bet-
beder , Médecin à Bordeaux & fe
trouvent dans le recueil que publia M.
Richard (i). Elles concourent à prou-
ver que les Médecins ne doivent pas
perdre entièrement de vue cette caufe
cle maux , puifqu'elle fe préfente quel-
quefois.
Zacutus Lujîtanus rapporte une ob-
fervation très-femblable. Une fille >
dit il y étoit dans un paroxyfme con-
vulfif très-violent } elle étoufFoit 9 fans
fentiment , fans connoiffance , avec
un tremblement général , les yeux
fenverfés, &c. tous les autres remè-
des étoient inutiles : je fis appliquer
un pefifaire acre qui produifît une abon-
(i) Chrift. Weber obfervationum meâtccrum faf-
ciculus alter . Cellis i 7 6 f , obferv. 10. Il finie a in fi i'hif-
toire de la maladie sûbdominis tandem mira ifia
contraftio cogitationem mini injiciebat, numne forfait
pariium genitalium friclio huic agrota eodem modo ac
viduœ Monfpelienfe , de qua ex. Tijfot mentionemfecit ,
in paroxyfmo conducat,& ecce.. mulzo citiàs acantea ad
ft redibat virgo, vividiorque erat. Totum autem cubi-
culum :am fœtido & hircino replebatur odore , ut vite
perferri pojfit , anufque fnUionem in œgrâ exercens de
UUo decedere deberer.
(2) Recueil d'obfervJtions de Médecine des Hôpi-
taux militaires , fait Se rédigé par M. Richard de
Haut£Sieb.cK , i«-4a. 1766 , t. 1 } p. 181.
l' O N A N I S M É. 13 3
dante évacuation fpermatique , & elle
recouvra fur-le-champ fes fens (1).
M. Hoffman nous a aulîi confervé l'his-
toire d'une Religieufe qu'on ne pou-
voir tirer du paroxyfme hyftérique
qu'en excitant la même évacuation 3
&c Zacutus 9 dans le même ouvrage
que je viens de citer , parle de deux
hommes auxquels la fuporeffion des
plaifirs de l'amour nuifit : l'un fut atta-
qué d'une tumeur à l'ombilic qu'au-
cun remède ne put diminuer > & que
le mariage diiîipa : l'autre , affoiblï
par fes débauches en ce genre , les
quitta tout- à-coup \ fix mois après il
eut des vertiges , & bientôt des atta-
ques de véritable épilepfie 3 qu'on at-
tribua à un vice de Teftomac : on le
traita par des ftomachiques qui aigri-
rent le mal , &c il mourut dans un vio-
lent accès. L'on trouva tout en bon
état dims le cadavre , excepté les véfi-
cules féminales & le candi déférent qui
étoient remplis d'un fperme verd 5 &c
ulcérés dans pluheurs endroits (i)«
Un Médecin , refpedabie par fon
(1) Prax. admirand. I. 11 9 obf. &J.
(1) Ibid. obf. ic<>. 110,
234 i/ O N À M I S M E.
fçavoir & par fon âge , qui a fuivi long-
temps les armées Autrichiennes en
Italie , m'a dit avoir remarqué , que
ceux des Soldats Allemands , qui né-
toient pas mariés , & qui vivoient fa-
gement étoient fouvent attaqués d'ac-
cès d'épilepfie , de priapifme 3 ou de
pollutions nocturnes ; accidents qui
venoient d'une fécretion plus abon-
dante de femence , & peut être de ce
que cette femence avoit plus d'âcreté ,
dans un pays plus chaud , & où la
diète eft plus fucculente.
L'on a du même Do&eur , Jacques 9
que j'ai cité dans le fécond article de
cet ouvrage , une thefe (i), dont M.
de la Meitric a donné la traduction (2) ,
dans laquelle il cite beaucoup de ma-
ladies produites par la privation des
plaifirs vénériens ; & M. de la Mcttric
en indique une autre , du D. Reneau-
me, fur la virginité dauflrale, donc
l'objet eft le même.
M. Zindel a publié à Baiîe , une dif-
fertation, dans laquelle il a recuelli
0) An ex negato veneris ufu morbi , 1712.
fx) Pénélope, 0 S , des qualités neceffaires au Mé-
iiccin«
l'O nanisme. 25c
les obfervations éparfes des maladies
produites par une trop grande chafteté
(1) ; & Ton peut placer ici ce que dit
M. de Sauvages des dangers de la cha-
fteté pour les femmes , au tempéra-
ment defquelles elle ne convient pas ;
elles font d'autant plus le: vidâmes de
leur feu , quelles cherchent à le cacher
plus foigneufement , & elles tombent
dans la triftefle , i'infomnie, le dé-
goût , la maigreur , les pollutions. Ii
ajoute une obfervation qui fournit
peut-être l'exemple de la plus rude
épreuve , à laquelle le tempérament
combattu ait jamais été expofé , c'eft
celle d'une jeune fille qui , dévorée par
fon feu y &c confervant fon ame pure
avec une force étonnante , étoit fujette
a des pollutions , même dans le temps
qu'elle gémilToir de fon malheur aux
pieds d'un Confeffeur décrépit ôc dé-
goûtant (2).
Une jeune femme qui êpoufe un vieux
mari y difoit une nouvelle mariée à
fon amie , ferait mieux de fe juter dans
la rivière avec une pierrz au coL
(1) Nicolaus ZindeliUS , de motbis ex cafticate ni-
mia orian^is. Bafïlea? , 1 745 •
{%) Npfolog. medic. c. 4 , p. 344»
1*6 L5 O N A N ï S U H.
Enfin , fans parler de quelques au-
tres , M. Gaubius met la continence
excefïive dans îa clafTe des caufes de
maladies. Il eft: rare, dit -il, qu'elle
produife quelques maux , on l'a vu
cependant dans quelques hommes nés
avec beaucoup de tempérament , &
qui forment beaucoup defemence , &
dans quelques femmes (i) \ il fait en-
fuite l'énumération de ces maux. L'on
ne doit donc point en nier Fexiftence ,
mais l'on peut en affirmer la rareté ,
fur- tout dans ce fiecle, qui paroît être
celui de la foiblefTe ; & l'on fe trompe
tous les jours , en attribuant indiftin-
6tement a cette caufe toutes les mala-
dies qui attaquent les personnes nu-
biles du fexe, & en leur confeillant le
mariage pour tout remède ; remède
fouvent mal indiqué & fouvent nui-
fible , parce qu'il ne peut pas détruire
les vices qui entrerenoient la maladie ,
& qu'il ne fait qu'ajouter aux maux
pafifés ceux que la groifeffe & les cou-
ches produifent ordinairement dans les
perfonnes languiifantes. Je reviens aux
pollutions.
(ï) Inflicutiones pathologie^ $. ^3.
L* O N À N I S M E. 2 37
L'on a vu que la première efpece ,
produire par une furaboncîance de fe-
mence qu'elle évacue , n'étoit pas un
mal en elle-même j mais elle peut le
devenir en revenant trop fréquem-
ment, & lors même qu'if n'y a plus
de furabondance nuifibie. J'ai déjà ob-
fervé qu'une évacuation difpoibit à
une fuivante 3 tant eft grande la force
de l'habitude , qui coniîfte en ce que
la réitération des mouvements les rend
plus faciles , & qu'ils fe produisent
par la plus légère caufe , obfervation
d'une grande utilité pour l'intelligence
de l'économie animale , fur laquelle
Galkn{i\ Se fur-tout M. Maty (2) ont
dit d'excellentes chofes , mais qui n'a
cependant pas encore été pleinement
(1) Galenus Iibro de çonfuetudinibus. Chanter ,
t. 6 , p >«i.
(1) M. Maty , difTertatio de confuecudinis efficacia
in corpus hurnaïuim , Leid. 1740. M- Putatif aufli
donné de -très-bonnes réflexions fur cette Matière dans
fon traité de La diète des fiévreux , p. $7 , &c. Les Mé-
taphysiciens qui paroi (Tent l'avoir mieux faille font ,
M Locke , Liïay, &c. !• *, '.c. 31. M. de Condillac ,
Traité des animaux , p. x , c. % & 9 j 5c l'Auteur ano-
nyme des Eléments de i'fycologie, c. 6j s 62 , 63 , 64.
Je connois un homme qui, ayant été éveillé, il y a
plus de vingt ans , à une heure après minuit , par le
bruit d'un incendie , s'eft constamment réveillé toutes
les nuits, dès cette époque, précifémenc à la même
jUeurje.
238 L* Q N A N I S M E.
traitée ; Se il en réfulte cet inconvé-
nient y c'eft que les évacuations en de-
viennent une fuite , indépendamment
du befoin y &c lots même qu'il n'exifte
pas. Alors elles font très-fâcheufes , &
elles ont tous les dangers de l'évacua-
tion exceflîve 3 procurée par d'autres
moyens. Satyrus 5 furnommé Gragropi-
lex , demeurant à Thafus , eut , dès
l'âge de vingt-cinq ans , de fréquentes
pollutions nocturnes j quelquefois mê-
me la femence s'écouloit pendant le
jour. Il mourut de confomption dans
fa trentième année (i).
M. Zimmermann me parle d'un
homme d'un très-beau génie , à qui les
pollutions avoient fait perdre toute
l'adtivité de fon efprit , & dont le corps
étoit exactement dans l'état décrit par
Boerkaave. L'on a vu , page 1 1 , les
maux que M. Hoffman obferva après
des pollutions. Les fymptômes les plus
ordinaires , quand le mal n'a pas fait
encore de bien grands progrès , c'eft
un accablement continuel 5 plus consi-
dérable le matin, & de vives douleurs
de reins. L'on me confulta , il ya quel-
(i)Epidcm, 1. 6 , f. S ,n. 5*1 F°ïs- «*>••
l'Onanisme. 2^9
ques mois, ponr un vigneron âgé de
cinquante ans, très-robufte aupara-
vant , & que des pollutions fréquentes
depuis trois ou quatre mois, avoient
fi prodigieufement affoibli , qu'il ne
pouvoit travailler que quelques heures
par jour , fouvent même il en étoit
empêché par des douleurs de reins qui
le retenoient au lit , & il maigriffoit
journellement. Je donnai quelques
confeils, dont j'ai ignoré l'exécution
& l'effet.
J'ai connu un homme devenu fourd
pendant quelques femaines , après un
long rhume négligé, qui , quand il
avoir une pollution nodturne , étoit
beaucoup plus fourd le lendemain ,
avec beaucoup de mal-aife j &c un au-
tre affoibli par plufieurs caufes,qui,
après la pollution 5 fe réveille dans un
fi grand accablement & un engourdif-
fement fi générai , qu'il eft comme pa-
ralytique pendant une heure, èc fort
abattu pendant plus de vingt-quatre.
L'on peut mettre dans cette pre-
mière claffe les pollution- de ceux qui
ayant été accoutumés à ie fréquentes
emiffions 5 les fufpendent tout-à-coup.
Telles étoient celles d'une femme dont
140 l'O n anïsme,
parle G alun ; elle étoit dans le veuvage
depuis quelque temps 5 & la rétention
A\x fperme lui procuroir des maladies
de l'utérus \ elle eut , dans le fommeil ,
d 3s mouvements des lombes , des bras
Se des jambes qui étoient convulfifs,
&qui furent accompagnés d'une émif-
fîon abondante de fperme épais, avec
la même fenfation que dans le coït (i).
Une danfeufe fut blelTée par hazard
près du fein gauche fort légèrement ;
le Chirurgien lui preferivit une diète
a(Tez févere , &c lui défendit les plai-
iîrs dont elle étoit en ufage de jouir
fouvent. La troifîeme nuit de cette pri-
vation , à laquelle elle fe fournit en
négligeant la diète ? elle eut une pol-
lution , qui revenant plufieurs fois tou-
tes les nuits fuivantes , la maigtifïoient
à vue d'oeil , & lui caufoient des vio-
lents maux de reins. La plaie ne laif-
foit pas que de guérir , & l'eût été
tout-à-fait fi elle s'éroit ménagée pour
les aliments & la boifion. Le Chirur-
gien ferme dans f^s principes , conti~
nuoit fon interdiction , la faignoit Se
la purgeoit. Ennuyée & afFoiblie , elle
(i)Defemine.l, i , ch- i, Cherté*., t. $ , p. **5«
laifla
l'Onanisme. 241
laiifa les remèdes , reprit fon ancien
train , la foiblefTe & les douleurs fe
diiîiperent bien vite.
Mais qu'on fe garde bien de con-
clure de cette observation l'inutilité
du précepte des plus grands maîtres en
chirurgie , qui, fondés fur d'autres ob-
fervations , interdifent févérement le
coït aux blefiTés $ il n'y a point de prati-
cien qui n'ait pùfe convaincre par foi-
même combien il leur eft nuifible.
J'en rapporterai un feul exemple dans
lequel la mafturbation fut mortelle 5 &
dont G. Fabrice de Hllden nous a con-
fervé Thifloire. Cofme Slctan avoir
coupé la main à un jeune homme qui
l'avoit eu meurtrie par un coup de
feu ; comme il le connoifToit très-ar-
dent , il lui défendit févérement tout
commerce avec fa femme > qu'il aver-
tit auffi du danger. Mais quand tous
les accidents furent diffipés, & que la
guérifon étoit en bon train , le ma-
lade fe fentant des defirs auxquels fa
femme ne voulut pas répondre , il fe
procura, fans coït , une émiffion de
femence , qui fut immédiatement fui-
vie de fièvre , de délire , de convul-
fions, & d'autres accidents violents >
L
142 l'Onanisme.
dont il mourut au bout de quatre
jours (i).
J'ai vu un jeune marié qui , fe jet-
tant étourdiment du fiege d'un cabrio-
let, tomba à côté j la roue de derrière
lui pafTa fur le pied , entre le talon ëc
la cheville } il n'eut ni fracture, ni
luxation , mais une forte contufion ; fe
trouvant bien au bout de cinq jours >
il fe conduisit comme s'il n'eût point
eu d'accident. Deux heures après, toute
la jambe enfla , avec des douleurs
inouïes , 8c une forte fièvre qui dura
près- de trente heures. Revenons.
Ce que j'ai dit au commencement de
c eue fe&ion , fur la liaifon entre les
rêves èc les idées dont l'ame s 'eft occu-
pée pendant le jour , fert à expliquer
pourquoi les mafturbateurs font fi fujets
aux pollutions nodurnes : leur ame ,
occupée pendant tout le jour d'idées
vénériennes , ie repréfente pendant la
nuit les mêmes objets , 6c le fonge laf-
tif eft fuivi d'une évacuation qui eft
toujours prête à fe faire quand les or-
ganes ont acquis un degré confidérable
d'irritabilité.
(i)0bfervat.Chhur§.cent. l« obf. lu
l'Onanisme. 24$
11 eft important de prévenir de
bonne heure les progrès de l'habitude ;
Se , quelle que foit la première caufe
des pollutions , de ne pas les laifTer in-
vétérer. Quand elles ont duré long-
temps elles fe guériffent très-difficile-
ment. // n'y a point de maladie , dit M.
Hoffman , qui tourmente plus les mala-
des , Gr donne plus de peines aux Méde-
cins , que les pollutions nocturnes qui ont
duré long-temps , & qui font devenues
habituelles , fur - tout fi elles reviennent
tous les jours. L'on emploie les meilleurs
remèdes prefque toujours inutilement 9
fouvent même ils font plus de mal que
de bien (1).
Tous les Médecins, qui ont écrit
fur cette maladie , en ont dit la guéri-
fon très-difficile, & tous les Médecins,
qui ont„eu occalîon de la traiter, l'ont
éprouvé eux-mêmes, & l'on ne doit
point en être furpris. A moins que l'on
ne pût ou redonner aux organes leur
force , & diminuer leur irritabilité
pendant le temps qui s'écoule entre
deux pollutions , ce qui eft impoflible ,
ou prévenir tout-à-coup le retour des
f 0 Conf. los.
244 i/ O N A N I S M E.
fonges lafcifs , ce qui n'eft pas plus
aifé , on doit être fur que la pollution
reviendra, & qu'elle détruira prefque
tout le bien que peut avoir opéré la
petite quantité de remède qu'on a em-
ployée depuis la dernière : on ne peut
donc gagner d'une pollution à l'autre
qu'un infiniment petit , & il faut en
accumuler un grand nombre avant que
d'obtenir un effet fenfible.
Cœlius Aurdianus a raflfemblé tout
ce que les anciens ont dit de mieux
fur le traitement. Il veut i°. que le
malade évite autant qu'il eft pofîible
toute idée vénérienne \ 20. qu'il foit
couché fur un lit de matière dure &c
rafraîchiflante } qu'il applique fur {qs
reins une mince plaque de plomb -y
qu'il applique fur toutes les parties qui
font le tîege delà maladie > des épon-
ges trempées dans de l'eau & du vinai-
gre , ou des cîiofes rafraîchiflantes ,
comme les balauftes , l'acacia , l'hypo-
cifte, le pyllium ; 30. qu'il ne faiTe
ufage que d'aliments & de boiflon qui
rafraîchiiïent & qui reflferrent. 11 lui
confeille 40. les fortifiants , 50. l'ufage
du bain froid , 6°. de ne jamais fe cou-
cher fur le dos , mais toujours fur le
l'Onanisme. 145
coté ou fur le ventre. Ce confeil eft
plein cle bonnes chofes ; mais voyons
pins diftin&ement qu'elle eft l'indica-
tion qui fe préfente. C'eft de dimi-
nuer la quantité de la femence ^ &c de
prévenir les rêves.
La diète & le régime général font
beaucoup plus propres à la remplir que
les remèdes. Les aliments les plus con-
venables font ceux qui font tirés du
règne végétal , les légumes & les fruits.
Parmi les viandes 5 celles qui contien-
nent le moins de fubftanee. Dans l'une
& l'autre claffe , il faut faire choix de
ceux qui n'ont aucune âcreté. L'on a
déjà vu plus haut l'influence de ce ré-
gime fur la tranquillité du fommeil ^
on ne peut trop le recommander aux
perfonnes affligées de pollutions noc-
turnes , à qui cette tranquillité eft (î
néçelTaire. Elles doivent fur- tout re-
noncer au fouper , ou au moins ne fou-
per que très-légérement j cette feule
attention contribue plus à opérer la
guérifon que cous les remèdes.
J'ai vu, il y a plusieurs années, un jeu-
ne homme qui avoit prefque toutes
les nuits une pollution nodturne > &
qui avoit déjà eu quelques accès de co-
L iij
1^6 l'Onanisme.
chemar. Un Chirurgien barbier lui or-
donna de boire en fe couchant quel-
ques verres d'eau chaude , qui lans di-
minuer les pollutions , augmentèrent
la dernière maladie ; les deux maux
fe réunirent & revinrent toutes les
nuits ; le phantôme du cochemar étoit
une femme qui occafionnoit en même
temps la pollution. Affoibli par cette
double maladie , & par la privation
d'un fommeil tranquille, ilmarchoit à
grands pas vers une confomption Je
lui ordonnai de ne prendre à fouper
qu'un peu de pain & quelques fruits
cruds, de fouper de bonne heure, &c
de prendre , en entrant au lit , un ver-
re d'eau fraîche avec quinze gouttes
de liqueur anodyne minérale d'Hoff-
man. Il ne tarda pas à reprendre un
fommeil tranquille > les deux maladies
fe dilîiperent entièrement , & il re-
couvra bientôt fes torces.
Les viandes indigeftes , les viandes
noires , fur-tout le foir , font un véri-
table poifon pour ce mal ; & , je le
répète , fi l'on ne prend pas le parti de
fouper très-peu & fans viande, les au-
tres remèdes ne font d'aucune utili-
té. Le vin, les liqueurs, le café nui-
l'Onanisme. 247
fent par plufïeurs endroits. La meil-
leure boiiîbn eft l'eau pure, fur cha-
que bouteille de laquelle on peut dif-
ioudre avec fuccès une dragme de ni -
tre. J'ai cependant vu , il n'y a pas
long-temps , un malade à qui le nitre
nuifoit , en lui procurant de plus fré-
quentes pollutions : j'attribuai cet effet
à deux caufes ; l'une , c'eft qu'il avoir
les nerfs très foibles , & dans ces tem-
péraments le nitre agit comme irri-
tant ; l'autre, c'eft qu'il augmentoit
considérablement les urines } la vefîie
fe rempliftoit plus promptement pen-
dant la nuit, & l'on fçait que laten-
fion de la veftie eft une des caufes dé-
terminantes des pollutions.
Le précepte , que donne Cœlïks
d'éviter les lits mous , eft de la plus
grande importance ; il n'y faut point
fouffrir de plume \ îa paille feroit de
beaucoup à préférer au crin, & j'ai vu
quelques malades qui fe font bien
trouvés de couvrir le matelas d'un
cuir. Le confeil de ne pas fe coucher
fur le dos eft également nécefïaire ;
cette fituation nuit en contribuant à
rendre le fommeil plus agité , &c en
échauffant davantage les parties géni-
Liv
248 i/ O N A N I S M £.
taies. Enfin comme Phabitude a ici
une très - grande influence , &c qu'il
importe de la rompre 5 l'obfervation
fuivante pourra fournir un moyen d'y
réuflïr. Je la tiens d'un Italien refpec-
table par fes vertus , & Pun des plus
excellents hommes que je me rappelle
d'avoir vus. 11 meconfultoit pour une
maladie très-différente } mais afin de
mieux m'inftruire il me fit toute Phif-
toire de fa fanté. Il avoit été incommo-
dé , cinq ans auparavant , de pollu-
tions fréquentes qui Pépuifoient tota-
lement. Il réfolut fortement le foir de
fe réveiller au premier moment où
une femme frapperoit fon imagina-
tion , & s'occupa long-temps de cette
idée avant que de s'endormir. Le remè-
de eut le plus heureux fuccès ; Pidée du
danger & la volonté de fe réveiller
unies étroitement la veille à Pidée
d'une femme , fe reproduifirent au
milieu du fommeil en même temps
que cette dernière } il fe réveilla à
temps y & cette précaution réitérée
pendant quelques foirs diiîipa le
mal. (1)
(i> J'ai vu des jeunes gens qui avant efTayS de fc
ïkilu verge le foir s'en font bien trouvés i il y en a
L* O N A N I S ME. 249
Mais que ces deux derniers cas n'in-
fpirent pas trop de fécunté , il en eft
contre lefquels les meilleurs remèdes
échouent ; celui que M. Haffman rap-
porte (1) en eft un exemple} & Ton
doit d'avance donner aux malades
l'avis qu'il donnoir au fien ; c'eft que >
fans une longue perfévérance dans
l'ufage des remèdes , on ne doit en
attendre aucun effet , ou plutôt , dans
ce cas où le régime eft l'eftentiel , ce
n'eft fouvent qu'en l'obfervant long-
temps qu on peut éprouver un toula-
gemenc fenfible. Si l'on emploie des
remèdes ils doivent être fondés fur la
même indication que le régime. Il n'y
a pas long-temps que j'ai vu une fai-
gnée aflez abondante emporter le mal.
Les poudres mtreufes , la limonade,
les efprits acides , les laits d'amandes
peuvent être d'ufage.
M. Hoffnan employa pour le ma-
fturbateur qui , après avoir quitté fes
infamies, tomba dans des pollutions ,
la poudre fuivante.
eu d'autres pour qui cet expédient a été inutile L'on
a l'obligation à M. Zit$-er , Médecin à Vinthretour,
d'avoir imaginé une machine dont il m'a envoyé un
modèle qui m'a parupiopre à remplit Ton but.
(1) Caf. 102.
Lv
2jo l'Onanu m ]F.
ç>. C. C. pphice ppati. ojjis fepice a a
une. S. fuecini cum inflillat. olci tartar.
per deliquium ppat. dr. II. cafear. dr. I.
dont il prenoit une dragme le foir avec
de l'eau de cerifes noires; le matin
les eaux de Selter & le lait \ pour boif-
ion une ptifane de fantal, de racines de
chine, de chicorée > de feorfonere &c
de cannelle. Moyennant ces feccurs^
& une diète convenable , le malade
guérit en quelques femaines. M. Zim-
mermann a guéri , par l'ufage de la
même poudre, des pollutions très-fré-
quentes yfuivies des langueurs ordinaires ,
£* qui avoient duré quelques années , che^
un jeune homme de vingt-un ans. Il n'eft
pas aifé d'expliquer comment cette
poudre, qui n'eft qu'un fimple abfor-
bant , fait du bien ; mais j'ai vu de
bons effets du camphre.
Une autre efpece de pollutions ,
ce font celles des hypochondriaques.
La circulation chez eux fe fait lente-
ment, fur-tout dans les veines du bas-
ventre ; par-là même les parties d'où
elles rapportent le fang font fouvent
engorgées ; les nerfs font aifement mis
en mouvement; leurs humeurs ont un
cara&ere d acreté très-propre à irrite i
l' O N A N I S M Es 15Î
leur fommeil eft ordinairement trou-
blé par des fonges : voila bien des rai-
fons de pollution ; auffi ils y font ex-
trêmement fujets. L'imagination , dit
M. Boerhaave produit Jouvent pen-
dant U fommeil des èmifflons de femence.
Les gens de lettres les plus affîdus > & les
rateleux -, font fujets à cet accident , &
V écoulement de la femence efl fouvent
fi confidèrable quils tombent dans Va-
trophie (1). Cette maladie a pour eux
des fuites d'autant plus fâcheufes qu'ils
ne fe livrent jamais à quelques excès
dans ce genre fans en être extrême-
ment incommodés. M. Fleming Ta heu-
reufement exprimé ;
Non veneri crebro licet unquam impunèlitare.
Il n'y a qu'un moyen de curation 9
c'eft d'attaquer la maladie principale.
L'on commence par détruire les engor-
gements, enfuite l'on emploie les bains
rroids , & cette falutaire écorce que
Dieu veuille nous conferver. C'eft alors
véritablement le cas de ces deux puif-
fants remèdes , auxquels on peut quel-
quefois allier le mars. Si les attentions
(1) Iu&iiut. $. 776.
L v j
1^1 L O N A N ï S M K,
fur le choix des aliments font nécef-
faires dans tous les cas , elles le font
plus particulièrement dans celui-ci.
Les hypochondriaques font générale-
ment très - mal les digeftions ; les
aliments mal digé'és produifent des
gonflements flatueux qui , troublant la
circulation, les difpofent aux pollu-
tions de deux façons: i°. en gênant le
Teour du fângdans les veines génita-
les; 2°. en troublant la tranquillité dit
fbmmeil , Se en difpofant par-là mê-
me aux rêves. L'on fent par là la rai-
ion de la défenfe que Pythagoh faifoit
à fes difcipLes de manger des aliments
flatueux ? qu'il regardoit avec raifon
comme nuifibl s , tant à la netteté &
à la force des fonctions de l'ame , qu'à
la chafteté. Outre les deux raifons que
j'en ai données, pourrois- je hazirder
d'en indiquer une troifieme , que j'ai
eu fortement lieu de foupçonner chez
deux ma ades ? C'eft l'expaniion de
l'air , dégagé dts fluides , dansles corps
caverneux 5 ce qui produifoit une érec-
tion 8c le prurit vénérien. Perfonne
n'ignore que toutes nos liqueurs font
imprégnées de ce fluide , mais que tant
qu'elles fontparfakemenr faines y il y
l5 Onanisme. ijj
eft comme incarcéré &c privé de toute
ckfticité. De grands Phyficiens a voient
cru qu'il n'y avoit que deux moyens
de la lui rendre ; un degré de chaleur
plus considérable qu'on ne l'obferve
jamais dans le corps animal , & la
putréfa&ion. Mais une foule d'obfer-
vations de maladies , produites par l'air
ainfi dilaté , ont prouvé qu indépen-
damment de ces deux caufes il y avoir
d'autres altérations dans les fluides qui
opéroientle même effet; &c ces altéra-
tions paroiffent plus fréquentes chez
les hypochondriaques : ainfî il n'eft
point étonnant que les corps- caver-
neux foient le fîege de ce développe-
ment d'air maladif ^ il n'y a au con-
traire point de partie qui paroiffe de-
voir y être plus expofée -y & fi l'on n'y
a pas fiic attention plutôt , c'eft vrai-
femblablement manque d'obfervateurs
plutôt que d'obfervations. Celles-ci
font fentir toute la néceiïïté d'éviter
ces aliments qui, plus chargés d'air
que les autres , incommodent &t par
celui qui s'en fépare dans les premiè-
res voies , & par celui qu'ils portent
dans le fang. Tout le monde fçait que
la bière nouvelle 3 qui eft extrême-
254 1*On AKÎSMfi.
ment flatueufe, occafïonne de violentes
érections y Se j'ai vu depuis la dernière
édition de cet ouvrage > que M, Thie-
ry y un des plus fçavants Médecins , &
des plus célèbres Praticiens de France,
a connu ces érections flatueufes.
L'on peut placer ici , comme ana-
logue à cette dernière efpece de pollu-
tion , &c attaquant principalement les
mélancholiques , une maladie qu'on
pourroit appeller fureur génitale ; elle
diffère du priapifme & du fatyriafis }
je la peindrai par une obfervation que
j'avois déjà publiée dans la première
édition latine de cet ouvrage , & omis
dans la françoife. Un homme âgé de
cinquante ans en étoit atteint depuis
plus de vingt-quatre , & dans ce long
terme il n'avoit pas pu fe paflTer vingt-
quatre heuresvde femme ou de l'hor-
rible Supplément de TOnanifme } & il
réitéroit ordinairement les aéles plu-
sieurs fois par jour. Le fperme étoit
acre , ftérile ; l'évacution tres-prompte.
Il avoit les nerfs excefîivement aflfoi-
blis , des accès de mélancholie 8c de
vapeurs très - violents , les facultés
abruties , l'ouïe tres-pefante , les yeux
extrêmement foibles : il eft mort dans
l'Onanisme. 25 j
l'état le plus trifte. Je ne lui ai jamais
confeillé de remèdes ; il en avoit pris
un grand nombre ; plufieurs ne lui
avoient rien fait } tous ceux qui étoient
chauds lui avoient nui ; le ieui quin-
quina infufé dans du vin, que lui avoit
ordonné M. Alblnus > Tavoit foulage;
& l'autorité de ce grand Médecin eft
un nouveau témoignage bien refpec-
table en faveur de ce remède. On
trouve parmi les confultations de M.
Hoffman un cas à peu près femblable ^
le prurit vénérien étoit prefque con-
tinuel , & l'âme oc le corps étoienc
également énervés (1).
SECTION XII.
Gonorrkée fimple.
JLj A Gonorrhée , dit Galien qui ne
connoiflfoit que la (impie , efi un écou-
lement de femence fans érection. Plufîeurs
auteurs de tous les fiecles en parlent,
ôc Moïfe , le plus ancien de tous. L'on
( 1) Confuk. centt i & 3 > oper. t. 3 , p. 214*
1^6 HUMANISME.
trouve dans les obfervarions d'Tfippo-
crate l'exemple d'un montagnard ,
dont la maladie paroît avoir été un
marafme , & qui avoir un écoulement
involontaire d urine & de femence (i).
M. Boerhaave paroît cependant^ mettre
cette maladie au nombre des chofes
douteufes. On lit, dit-il, dans quel-
ques livres de médecine , que la femence
s'efl quelquefois écoulée fans qu on fait
fende. Mais cette maladie doit être très-
rare , & je nefçache pas que la femence
fe foit écoulée fans que que chatouillement y
ou ce net oit pas delà vraie femence fé-
parée dans les tejlicules , & accumulée
dans les véficules féminaires , quoique
f aie vu la liqueur des prof aies s* écoukr\ 2).
Cette autorité eft fans doute bien ref-
pedable ; mais outre que M. Boerhaa-
ve ne décide point pofitivement , il a
contre lui tous les Médecins \ & pour
ne point fortir de fon école , l'un de
fes plus îliuftres difciples , M. Gau-
bius , admet l'évacuation de femence
fans fen'ation. Mes propres obferva-
tions ne me laifTent pas douter de
(1) rpid. 1. 6 , f. 3 , n°. 13, Fois i 173.
(i) Ibid, LaMETTKH , t. 7, p. 114.
L'UN ANISM E. 2y7
l'exiftence de Tune & de l'autre mala-
die. J'ai vu des hommes qui, après
une gonorrhée virulente , après des
excès vénériens > ou des mafturbations ,
avoient un écoulement continuel par
la verge , mais qui ne les rendoit pas
incapables d'ére&ion & d'éjaculation :
ils fe plaignoient même qu'une feule
éjaculation les affoibliflToit plus qu'un
écoulement de quelques femaines 5
preuve évidente que la liqueur de ces
deux évacuations n'étoit pas la même ,
& que celle qui fort par la gonorrhée
ne vient que des proftates , de quel-
ques autres glandes qui entourent i'u-
rethre , des follicules répandues dans
toute fa longueur , ou enfin des vaif-
féaux exhalants dilatés. J'en ai vu
d'autres qui avoient , comme les pre-*
miers > un écoulement qui les alfoi-
bliiïoit beaucoup plus > qui les rendoit
incapables de tout prurit vénérien , de
toute ére&ion , & par - là même de
toute éjaculation , quoique les tefticu-
les ne parurent point hors d'état de
faire leurs fondions. Il me paroît dé-
montré que dans ces derniers la vraie
femence tefticulaire s'écouloit fans
fenfation. Et quand on connoît la
258 l'Onanisme,
ftructure des parties génitales, Ton le
perfuadera aifément que la première
maladie doit être beaucoup plus fré-
quente que la dernière , mais Ton
comprendra très -bien l'exiftence de
celle-ci. Les auteurs exacts ont appel-
lé gonorrhée vraie celle dans laquelle
ils ont cru que la matière de l'écoule-
ment étoit la vraie femence, & l'autre
gonorrhée bâtarde ou catarrhale. M. Mor ■
gœgni , dont le fuffrage eft d'un fi grand
poids , admet l'écoulement de l'une
&de l'autre humeur , $c il me fembîe
qu'on ne peut pas le révoquer en
doute fi).
Les dangers de cet écoulement font
très-confidérables; Ton a vu, p. 7 , le
tableau qixArétée en fait : comment ,
dit-il au même endroit , ne feroiton
pas foible , quand ce qui fait la force de
la vie fe perd continuellement. La feule
femence ejl ce qui fait la force de l hom-
me. Celfe 5 qui vivoit avant Aritci ,
dit pofitivement que l'écoulement de
femence fans fenfation vénérienne me-
né à la confomption (2). Jean } fils de
(0 De fedib. & cv)C. morbor, epift. 44 , §. 16.
(1) Ds Meiicina l. 4 , c. zi ,
l'Onanisme. 259
Zacharie , plus connu fous le nom
d'Acluarius , dans l'ouvrage qu'il com-
pofa en faveur de PAmbàïïadeur que
l'Empereur de Conftantinople en-
voyoit dans le Nord , penfe comme
les auteurs que j'ai déjà cités* Si l'é-
coulement de femence qui fe fait fans érec-
tion & fans fenfation dure quelque temps y
il produit né clairement la confompùon
& la mort 5 parce que la partie la plus bal-
fornique des humeurs , 6* tes efprits ani-
maux fe dïfjîpent ( 1 ).
Les Auteurs les plus modernes pen~
fent comme les anciens. Tout le corps
maigrit , dit Sennert 5 & fur- tout le
dos ; les malades deviennent foibles %
fecs , pales ; ils ïanguijfent ; ils ont des
douleurs de reins ; les yeux fe creufent(i).
M. Boerhaave range cette gonorrhée
parmi les caufes de la paralyfîe ; 6c
l'on remarquera que dans cet endroit
il admet la gonorrhée de véritable fe-
mence. » La paralyfie , dit-il , qui
55 vient de la gonorrhée , efl: incura-
» ble parce que le corps eft épui-
( 1 ) Medicus , fîve de mechodo medendi. 1. i 9 c. t z «
(z) Praxis medica. 1, 3 , part. 5? , fedt. i, c. 4.
160 l'Onani s m e.
«fé (i) ». Ou trouve dans une très-
bonne diiïertation de M. Koempf des
obfervations fort intéreirantes(i).
Cette maladie peut dépendre de
plufieurs caufes éloignées. La caufe
prochaine eft prefque toujours com-
binée d'un vice dans les liqueurs qui
s'écoulent , qui font trop ténues &
fouvent trop acres , Se d'un grand re-
lâchement des parties. Le vice des li-
queurs dénote un défaut d'élaboration
qui dépend d'une foiblefTe générale,
qui exige les toniques que la foiblef-
fe des organes indique auffi } les cir-
conftances concourantes décident fur
le choix. Il feroit hors de place d'en-
trer ici dans tous ces détails , fur lef-
quels on trouvera de bonnes chofes
dans plufieurs auteurs 3 & fur -tout
dans Senncrt , l'auteur du meilleur
abrégé de médecine pratique qu'on ait.
(i) De morb. nervor. p. 71/7. Cet ouvrage , recueilli
de fes leçons depuis i7?o jufques à 1735 , & poité*
rieur par-là même , de quelques années , aux leçons
recueillies par M. de Haller , prouve que m. Boek-
haave avoir changé de fentim-n. fui la poiTîbilicé de
la gonorrhée vraiment féminale , c\. Ton fçait que ce
grand homme écoir toujomsprêt à abjurer les ancien-
nes idées pour en adopter de nouvelles , dès qu'il ètoic
convaincu qu'elles croient plus juiïes
(2) G L. Koempf de niotbis ex atrophia. Basl. 1756.
L O N A N I S M E. Z6 I
Les mêmes remèdes , indiqués dans
Le courant de cet ouvrage contre les
autres fuites de la pollution , le font
contre celle-ci } le bain froid , le quin-
quina , le mars , les autres robo-
rants (i). M. Boerhaave difque l'hépa-
tique produit d'excellents effets , ( egre-
g'ios fane prœflat ufus ) dans la gonor-
rhee invétérée qui dépend du relâche-
ment des organes (*). Quelquefois
pour détourner la tendance que l'ha-
bitude donne aux humeurs fur la mê-
me partie 5 on peut commencer par
quelques laxatifs : il y a même de
grands Médecins qui leur ont attribué
une efficacité prefque fpécifique con-
tre cette maladie ; l'expérience , plus
encore que la raifon , m'a prouvé le
contraire. Et ceux qui fe donneront la
peine de lire les auteurs que j'ai noni-
(i) Je crois cependant devoir avertir que quoique
les fortifiants foient les remèdes le plus généralement
indiqués dans ce cas , il y a fouvent des exceptions >
j'ai vu de ces maux très-invétérés , dont la longueur
dépendoit de l'état continuel de légère phîogofe ,
dans lequel ces organes fe trouvoient , 8c j'ai guéri
les malades par l'ufage des delayaots les plus doux,
genre de cure que j'ai fouvent employé avec le même
fuccès dans les maladies de Turethre les plus fâcheu •
fes , & les plus rebelles, fur lefquelies je m'étendrai
■peut être davantage quelque jour.
(i) Hiiloria pianurum , &c. p. SU
Zijl L O N A N I S M E.
sues plus haut , verront qu'ils n'ordon-
nent rien de laxatif.
Aciuarius ordonne des chofes qui for-
tifient fans échauffer ( i ).
Arétée , qui veut qu'on y remédie
inceffamment, vu le danger dont elle
menace , n'ordonne que des fortifiants ,
î'abftinence des plaifîrs de l'amour , &c
le bain froid (i).
Celfe 5 des ouvrages duquel l'un &
l'autre ont profité , ordonne des fri-
ctions , & fur- tout le bain d'eau extrê-
mement froide • ( natationefque quàm fri-
gidifjîmœ ) ; il veut que tout ce qu'on
mange & qu'on boit on le prenne froid ;
qu'on évite tous les aliments qui peu-
vent engendrer des crudités , des vents ,
& augmenter Tâcreté de la femence.
Fernel ordonne des aliments fuccii-
lents , aifés à digérer , & des éleétuai-
res reftaurants (3).
Si la promeffe de Langius , qui ofoit
Jurer que Us purgatifs & la diète guéri-
roient ente maladie^ eft vraie, ce ne peut
être que dans le cas où elle feroit pro-
(1) Ibid I- 4, c. 8.
(3) Oper. omn. p. f<*4«
h O N A N I S M E. l6$
duite par une mauvaife diète qui au-
roit donné lieu à des obftru&ions dans
le bas-ventre , & fait dégénérer toutes
les humeurs , fans que les folides euf-
fent encore reçu d'atteintes bien con-
fidérables ; & il n'a eu en vue que ce
cas , car s'ils avoient reçu une atteinte
un peu confidérable 5 les purgatifs de-
vroient nécessairement être aidés par
les roborants. Telle étoit la gonorrhée
cjue Régis obferva , Se dont Craanen
nous a confervé le détail. Un homme 7
dit -il , d'un tempérament pituiteux ,
ayant fait long- temps ufage d'aliments
humectants 9 fut attaqué d'un écoulement
d'une humeur aqueufe , crue , vifqueufc y
qui for toit fans fentiment. Il maigriffoit ,
j es yeux fe cav oient , il perdoit tous les
jours fes forces. Régis commença par les
purgatifs pour évacuer ces humeurs pitui-
teufes ; enfuite il lui ordonna les forti-
fiants , &c des aliments defTéchants ;
enfin fi cela ne fufïïfoit pas , il confeil-
loit un cauftique à chaque jambe (i).
Mais cette méthode des purgatifs ne
peut jamais convenir quand cette ma-
(i) Voyez J. 7m Makgeti , Bibliothcca medico-
pra&ica. t. z , p. 6i$.
2^4 l'Onakism £.
iadie eft la fuite des excès vénériens ,
<$c qu'elle dépend , comme die Sen-
NhRT , de la foiblejje que les véficules
féminales ont contractée par les alterna-
tives fi fréquentes de réplétion & d'ina*
ni don.
Le détail de quelques cas fera mieux
faifir la véritable curation.
Timée en fournit un qui ne peut être
mieux placé qu'ici. Un jeune homme ,
dit- il , étudiant en Droit , d'un tempéra-
ment fanguin , Je polluoit manuellement
deux ou trois fois par jour , & quelque-
fois plus jouvent: il tomba dans une go-
norrhée , accompagnée d'une foïbleffe de
tout le corps. Je regardai la gonorrhée
comme une juite du relâchement occa-
jîonné dans les vaiffeaux féminaux y & la
foiblejje dépendoit de la fréquente ejfu-
fon de femence 5 qui avoit diffipé la cha-
leur naturelle , amaffé des crudités , léfé
le genre nerveux > abruti Came , affoibli
tout le corps. Il lui ordonna un vin for-
tifiant avec les aftringents & les aro-
matiques infufés dans le gros vin rouge \
un opiat de même nature ., & un on-
guent compofé d'huile de rofes , de
maftic , de nitre, de bol d'arménie,
de terre ïigillée , de balauftes & de cire
blanche.
l'Onanisme, 1&5
blanche. Le malade fut guéri au bout
d'un mois de ce mal honteux , & je £ aver-
tis de s'abflenir à l'avenir de cette in-
fâme débauche , & defefouvenir de la me-
nace de /'Eternel , qui exclut les mois
du Royaume des deux. Cor 1 , c. £. (1).
Un des meilleurs Médecins que nous
ayons en Suifle 5 me marque M. Zim-
MERMAN , M. G. M. WEPFLR de
Schaffoufe 5 dont l'autorité ne peut être
que d'un très- grand poids , affure avoir
guéri un écoulement continuel defemence ,
fidte de la maflurbation , par le fecours
de la teinture de mars de Ludovtci.
M. Weslin y de Zurçach y ma confirmé
la même chofe fur fa propre expérience.
Pour moi , ajoute mon ami ,yV n'en ai
pas vu dïauffi bons effets.
M. le ProfefTeur Stehelin parie d'un
homme lettré qui étoit affligé d'une
effufion involontaire de femence , fans
idées vénériennes , Se qu'il a guérie par
l'ufage d'un vin avec le mars & le
quinquina. Les remèdes 5 de entr'autres
les eaux de Swalbach , & la douche
d'eau froide fur le pubis & le périnée ,
n'eurent pas les mêmes fuccès chez un
(i) Ibid. p. 614.
M
i66 l'Omanis m i.
jeune homme qui s'étoit attiré ce mal
par la mafturbation. Il ajoute que M.
le Do&eur Bongars 3 fameux Praticien
à Mafeyck , a guéri deux perfonnes
attaquées d'une débilité des véficules
féminales, en leur faifant prendre trois
fois par jour huit à dix gouttes de lauda-
num liquide de Sydenham dans une
taife de vin de Pontac > 6c en leur fai-
fant boire une décodtion de falfepa-
reille. M, Stehdin remarque, que quoi-
que l'opium foit un remède contraire
aux indications , il a cependant été
confeillé par Ettmuller contre tcjacu-
lation trop prompte qui dépend d'une
femence trop fpiritueufe. Qu'il me foit
permis d'ajouter , qu'en examinant at-
tentivement le confeil de ce fameux
Praticien , & en comparant la nature
du mal , dans certains cas , avec les
effets de l'opium, on concevra aifément
que ce remède peut quelquefois être
utile , mais non pas dans le cas dans
lequel il le confeillé. Il diftingue avec
beaucoup de foin les différentes efpe-
ces d'écoulement , il affigne les cau-
fes & le traitement de chaque efpe-
ce } 8c paffant enfuite à l'éjaculation
qui vient dès le commencement de
L O N A N I S M E. l6j
l'érection , nimis citam , il en donne
deux caufes ; i°. le relâchement àzs
véfîcules féminales ; i°. une liqueur
féminale trop bouillante , trop fpiri-
tueufe & trop abondante } c'eft dans
ce cas qu'il ordonne l'opium (i). Mais
à quel titre î L'opium , dont la vertu
aphrodifîaque eft fî bien démontrée ,
vertu qii Ettmuler lui-même indique, &
dans fon petit ouvrage fur ce remède ,
& dans l'endroit même où il donne ce
confeil , ne peut qu'augmenter la cau-
ie de la maladie , & par-là même en
aggraver les fymptômes. Les cas où
il eft utile , c'eft au contraire quand
les humeurs font crues 3 ténues , aqueu-
£es , 8c les nerfs en même temps ex-
ceffivement mobiles. L'on fçait qu'il
remédie à ces différents accidents ,
qu'il fufpend l'irritabilité , & qu'il
arrête toutes les évacuations , excep-
té latranfpiration. Mais > on ne peut
trop le redire, l'on doit être atten-
tif à ne l'ordonner qu'à propos , fans
quoi il deviendroit nuifible. M. TraL-
les , dans fon excellent ouvrage fur ce
remède , nous' fournit une obferva-
tion , &c l'on en trouve de fembla-
(a) Colleg. praft. fpeciale. ci, t. i , p. 455-
Mij
±6% l'Onanisme,
blés ailleurs , qui doit nous obliger à
beaucoup de circonfpe&ion. Un hom-
me , dit-il, qui , dès fa jeunefTe , avok
eu du penchant aux pollutions , ce qui
l'avoit rendu extrêmement foible , ne
prenoit jamais de l'opium > foit pour
modérer une toux ou une diarrhée ,
ou dans queîqu'autre but 5 qu'il n'eût
pendant la nuit y ôc à fon grand dom-
mage , des fcnges lafcifs accompagnés
d'une émiiîion fpermatique(i). Qu'on
me permette une réflexion qui fe pré-
fente naturellement , c'eft que l'erreur
à'Ettmulkr prouve bien évidemment y
i°. combien une théorie exaéxe a d'in-
fluence fur la pratique qui 5 fans fon
fecours , ne peut être que très-fouvent
faufle & erronée y i°. combien par-là
même un homme ? qui réunit l'une &c
l'autre , doit avoir d'avantages fur ce-
lui qui n'eft guidé que par quelques
obfervations , ou qui fe livre aune
théorie fyftématique \ enfin ,3°. com-
bien la lecture des meilleurs auteurs
de pratique , qui ont été dénués de
cette théorie exacte due à notre fiecle5
peut tromper ceux qui 5 en les lifant ,
(1) Ufus opii falubris Ôc noxius. p. 131*
l'Onanisme. 16?
ne peuvent avoir qu'une foi implici-
te , & qui ignorent ces principes , qui
doivent fervir de pierre de touche >
pourdifcerner en médecine ce qui eft
de bon ou de mauvais aloi.
Je finirai par deux de mes obferva-
tions ; un plus grand nombre feroit
fuperflu.
Un jeune homme de vingt ans, qui
avoit eu le malheur de fe polluer , étoit
attaqué depuis deux mois d'un écoule-
ment muqueux continuel , & de pol-
lutions nocturnes > de temps en temps ,
accompagnées d'un épuifement confi-
dérable ^ il avoit de fréquents de vio-
lents maux d'eftomac ; il fe fentoit la
poitrine extrêmement foible , &c fuoit
très-aifément } je lui ordonnai l'opiat
fuivant.
j^l. Condit. rofar. rubr. une. III. con-
clue anthos. cor t. peruv. au une. I. maf-
tiecs dr. IL cath. dr, L olei. cinnam*
gtt. III. Jtrup. cort. aur. q. f. f. eUciuar.
Jblid.
Il en prenoit un quart d'once deux
fois par jour. Au bout de trois femai-
nes il fe trouva bien à tous égards ; &
l'écoulement n'avoir plus lieu qu'après
les pollutions noéturnes > qui étoient
270 l'Onanisme.
beaucoup moins fréquentes ; la conti-
nuation du même remède , pendant
quinze jours , le remit tout-à fait.
Deux époux étrangers , que je n'ai
jamais connus , attaqués prefque dans
le même temps, & bien fûrs qu'il n'y
avoit point de virus , d'un écoulement
accompagné de foiblelfe & de douleurs
tout le long de l'épine du dos , ne pou-
voient accufer que des excès conju-
gaux ; l'écoulement étoit beaucoup
plus confidérable chez le mari. Ils
avoient effayé différents remèdes très-
inutilement , & entr'autres des pilu-
les mercurieiles qui avoient augmen-
té l'écoulement } ils me firent consul-
ter. Je leur ordonnai les bains froids 9
un vin de quinquina , d'acier & de
fleurs de rofes rouges } ils prirent ré-
gulièrement le remède j c'étoit dans
l'été de 1758 j les pluies continuelles
rendoient l'ufage des bains de rivière
très-difficile ; la femme n'en prit que
deux ou trois , le mari une douzaine ;
au bout de cinq femaines ils me firent
dire qu'ils étoient prefque totalement
rétablis ; j'ordonnai la continuation
jufques à parfaite guérifon , qui ne
tarda pas.
l'Onanisml 171
Ces fuccès heureux ne peuvent point
fervir à fonder un pronoftic général &
favorable ; cette maladie eft le plus fou-
vent extrêmement rebelle, quelquefois
même incurable. Je n'en donnerai
qu'un feul exemple, mais démonftra-
tif. Un des plus grands Praticiens qu'il
y ait aujourd'hui en Europe, & qui en-
richit la Médecine par des ouvrages
tous excellents , eft affligé, depuis plus
de quinze ans , d'une gonorrhée (Im-
pie , que tout fon art &c celui de quel-
ques autres Médecins qu'il a confultés
n'ont pu difîiper } cette trifte incom-
modité le confume*peu à peu , & fait
craindre de le perdre long-temps avant
le terme auquel il feroit à fouhaiter
qu'il parvînt , & auquel il pourroit
parvenir dans le cours ordinaire des
chofes.
ïl seroit inutile de m'étendre
davantage ; j'ai tâché de ne rien omet-
tre de ce qui peut ouvrir les yeux des
jeunes gens fur les horreurs de l'abyfme
qu'ils fe préparent. J'ai indiqué les
moyens les plus propres à remédier
aux maux qu'ils fe font attirés ; je finis
par réitérer ce que j'ai déjà dit dans le
1-J1 L5 O N A N I S M Ë.
cours de cet ouvrage, que^ Quelques
cures heureufes ne fervent pas à leur
faire illufion : le mieux guéri recouvre
difficilement fa première vigueur ,
& ne conferve une fanté payable qu'à
force de ménagement \ le nombre de
ceux qui reftent dans la langueur eft
décuple de ceux qui guérilTent ; & quel*
ques exemples de gens, ou qui n'a-
voient été que peu malades , ou chez
lefquels un tempérament plus vigou-
reux a pu fe relever plus aifément 3 ne
doivent point être regardés comme
faifant une règle générale.
■" Non benè ripas crcditur ;
Ipfe arieseliam nunc vellera ficcat.
F i N,
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